ISRAEL Gantz accuse Netanyahu d’avoir autorisé seul la vente de sous-marins à l’Egypte

Gantz accuse Netanyahu d’avoir autorisé seul la vente de sous-marins à l’Egypte

Le chef de Kakhol lavan raille le Premier ministre qui dit que la vente était si secrète que même le ministre de la Défense ou le chef de l’armée ne devaient pas en être informés

Benny Gantz à la Conférence internationale sur la sécurité à Munich, Allemagne, le dimanche 17 février 2019. (AP/Matthias Schrader)

Benny Gantz à la Conférence internationale sur la sécurité à Munich, Allemagne, le dimanche 17 février 2019. (AP/Matthias Schrader)

L’ancien chef de Tsahal Benny Gantz a rejeté les affirmations du Premier ministre Benjamin Netanyahu selon lesquelles les chefs de la sécurité n’avaient pas besoin d’être au courant d’une vente de sous-marins allemands à l’Égypte, après que le Premier ministre eut accordé une – très rare – interview pour défendre sa décision de les tenir dans l’ignorance.

Au cours d’une interview rare et polémique sur la Douzième chaîne, Netanyahu a accusé ses principaux rivaux politiques de « calomnie » contre lui et a déclaré qu’ils essayaient de le forcer à divulguer des secrets d’État du fait qu’Israël ne s’était pas opposé au contrat passé en 2014 et 2015.

« Celui qui avait besoin de savoir, savait », a dit M. Netanyahu, ajoutant que le ministre de la Défense de l’époque, Moshe Yaalon, qui est maintenant candidat à la Knesset avec le parti Kakhol lavan de Gantz, n’en faisait pas partie.

« Est-ce que vous vous écoutez ? Entendez-vous ce que vous dites ? » a demandé Gantz de façon rhétorique dans une vidéo publiée samedi soir pour contester ces propos. « Dire que la vente de sous-marins est une décision personnelle du Premier ministre sans consultation avec le ministre de la Défense ? Sans consulter le chef de Tsahal ? »

Gantz, qui était à la tête de l’armée au moment de la vente, et son parti ont fait des soupçons au sujet des liens de Netanyahu avec les ventes de sous-marins un élément central de leur campagne, y compris des allégations selon lesquelles le Premier ministre en aurait personnellement profité par le biais d’actions qu’il détenait auparavant dans une société qui fournissait le constructeur de sous-marins allemand ThyssenKrupp

Plusieurs des anciens collaborateurs de Netanyahu font face à d’éventuelles accusations de corruption dans une affaire entourant la décision d’Israël d’acheter des sous-marins, bien que lui-même ne fasse pas partie des suspects.

M. Gantz, qui a demandé la mise sur pied d’une commission d’enquête pour enquêter sur les soupçons d’un conflit d’intérêts dans l’achat de sous-marins israéliens, a également demandé samedi une enquête sur l’autorisation par Netanyahu de la vente de sous-marins à l’Égypte.

« Vous m’avez confié des choses beaucoup plus secrètes », a déclaré Gantz. « S’agit-il d’une décision diplomatique stratégique où le pays est censé se fier au Premier ministre pour consulter les personnes qu’il veut et décider ce qu’il veut ? Mais décider seul ? De ne consulter personne ? »

Yaalon lui-même s’est dit « choqué » par l’interview de Netanyahu, affirmant qu’elle contredisait les précédents propos que le Premier ministre lui-même avait tenus.

« Il semblait paniqué [lors de l’interview] et continue de s’emmêler dans ses mensonges », a déclaré M. Yaalon à la radio militaire dimanche matin. « Le Premier ministre avait nié, lors de conversations avec moi, avoir autorisé l’achat du sous-marin égyptien. La première fois qu’il l’a reconnu, c’était hier, lors de son interview. Quel est ce comportement consistant à cacher [des informations] au ministre de la Défense ? »

Le numéro 4 de Kakhol lavan, Gabi Ashkenazi – ancien chef d’état-major de l’armée tout comme Gantz et Yaalon – a exprimé un sentiment similaire dans une interview à la radio de l’armée : « Netanyahu était obligé de consulter les experts professionnels. C’est gênant de le découvrir après qu’il a nié son implication. C’était très simple de dire : « Oui, je l’ai approuvé ».

Selon un reportage de 2017 de la Treizième chaîne d’information, Netanyahu a donné son feu vert à la vente malgré les objections des hauts responsables de la sécurité qui ont exprimé leurs inquiétudes concernant la fourniture de sous-marins de pointe à l’Égypte.

Netanyahu a refusé à plusieurs reprises lorsqu’on lui a demandé samedi soir d’expliquer sa décision d’approuver la vente.

L’Allemagne n’exige pas l’approbation d’Israël pour une telle vente, mais l’avait néanmoins demandée, en raison de la relation spéciale qui existe entre les deux nations, selon un conseiller de la chancelière Angela Merkel. Les Etats-Unis et certains autres alliés ne vendront des armes avancées qu’à des pays du Moyen-Orient qui sont soit à une génération antérieure de celles qui sont vendues à Israël, ou procédera d’abord à la vente à Jérusalem, afin de protéger l’État juif dans tout conflit futur.

Dans l’interview accordée samedi à la Douzième chaîne, Netanyahu a déclaré que la nature des informations qui l’avaient amené à approuver la vente était si secrète qu’il n’en a parlé à personne d’autre que le procureur général et ses proches collaborateurs, ainsi que ses conseillers en sécurité nationale Yaakov Amidror et Yaakov Nagel.

« Dans l’État d’Israël, il y a des secrets que seuls le Premier ministre et un petit nombre connaissent », a-t-il fait remarquer.

Selon un reportage diffusé la semaine dernière par la Treizième chaîne d’information, Amos Gilad, ancien directeur du Bureau des affaires politico-militaires du ministère de la Défense, s’est rendu en Allemagne en 2015 pour faire pression contre la vente, mais la chancellerie allemande a appris que Netanyahu avait personnellement approuvé cette vente sans en informer personne.

Yaalon a déclaré la semaine dernière que Netanyahu pourrait être jugé pour trahison pour l’approbation de l’achat du sous-marin par l’Egypte. Le chef du gouvernement a annoncé qu’il intenterait un procès pour diffamation contre Yaalon après sa déclaration.

Le Premier ministre a fait savoir samedi que l’Égypte aurait de toute façon acheté le sous-marin à un autre pays et qu’il n’avait autorisé la vente que pour des raisons de sécurité. Il a nié que lien avec des intérêts financiers ou des parts, qualifiant cette allégation « d’effroyable calomnie ».