#Israel Netanyahu, un escroc ? Peut-être. Une menace pour la démocratie ? Hélas, oui

Netanyahu, un escroc ? Peut-être. Une menace pour la démocratie ? Hélas, oui

Les accusations contre Netanyahu sont graves. Plus grave encore, son agressivité envers ses rivaux, les médias, la police et la justice, alors qu’il se bat pour garder le pouvoir

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se prépare à faire une déclaration à la Knesset, le 19 décembre 2018. (MENAHEM KAHANA / AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se prépare à faire une déclaration à la Knesset, le 19 décembre 2018. (MENAHEM KAHANA / AFP)

Malgré le torrent de reportages sur les allégations de corruption auxquelles est confronté le Premier ministre Benjamin Netanyahu, la gravité de ses crimes présumés n’est pas toujours clairement comprise. La gravité des dégâts qu’il inflige délibérément à la démocratie israélienne alors qu’il cherche à se soustraire aux poursuites pénales et à empêcher sa chute du pouvoir non plus.

Le Premier ministre israélien, qui s’exprime de façon spectaculaire dans ses fréquentes apparitions télévisées en direct pour défendre sa cause, décrit les charges contre lui comme « un château de cartes » d’accusations faibles, portées par des partis d’opposition qui cherchent à nuire au pays, gonflées par certains médias qui partagent le programme de l’opposition et jalousent ses succès, des enquêtes menées par une police partiale et malhonnête, supervisée par un ministère public politisé et dirigée par un procureur général faible et incompétent qui partage le projet de la gauche.

Un nombre stupéfiant d’Israéliens, 42 % d’après un sondage publié vendredi, croit l’affirmation du Premier ministre selon laquelle Avichai Mandelblit, le procureur général nommé par Netanyahu et le principal juriste d’Israël, a effectivement capitulé devant les pressions de la gauche et les médias pour annoncer son intention de porter plainte alors que, selon Netanyahu, il n’y avait aucune raison qu’il y réponde. La grande complexité des allégations présentées par Mandelblit jeudi page après page, dans un document détaillé de 57 pages, semble avoir laissé beaucoup d’autres personnes, y compris des journalistes, dans la difficulté à saisir ce qui se trouve au cœur des questions posées.

Deux années d’enquête méticuleuse, menée par la police et supervisée par le ministère public, ont produit les preuves dévastatrices d’une campagne prolongée du Premier ministre pour subvertir une grande partie des médias libres d’Israël et de son intervention illicite au profit des magnats des médias.

Il est tout à fait légitime pour un suspect criminel d’affirmer son innocence. Il est irresponsable et dangereux, en tant que Premier ministre, de chercher, ce faisant, à affaiblir la confiance du public dans les institutions de la démocratie. Mais c’est précisément ce que Netanyahu a fait.

En plus de contester la substance des allégations, le Premier ministre travaille stratégiquement pour saper ses accusateurs. Il est tout à fait légitime qu’un suspect criminel, qu’il s’agisse d’un citoyen ordinaire ou d’un Premier ministre, affirme son innocence et expose sa version des faits. Il est toutefois irresponsable et dangereux, en tant que Premier ministre, de chercher, ce faisant, à discréditer et affaiblir la confiance du public dans les institutions démocratiques. Mais c’est précisément ce que Netanyahu a fait – en fait, c’est ce qu’il fait, avec une insouciance de plus en plus grande.

La version de Netanyahu

Dans la première des trois affaires contre lui, le Premier ministre soutient qu’il a reçu des cigares et du champagne d’un vieil ami, qu’il a aidé, car il avait réalisé un important travail de renseignement pour Israël, à obtenir un visa américain. Quel genre de Premier ministre aurait agi différemment, demande-t-il, insistant sur le fait qu’il n’y avait pas de contre-partie illicite.

Dans la deuxième des trois affaires, le Premier ministre fait valoir qu’il a eu des discussions franches et honnêtes avec l’éditeur du journal le plus vendu du pays et du site d’information le plus lu du pays. Loin de conclure un accord de contrepartie illicite avec l’éditeur pour entraver économiquement une publication rivale en lui promettant une couverture favorable, il a voté contre un projet de loi qui aurait fait avancer cet arrangement (qui n’a manifestement jamais abouti), alors que 43 députés qui ont voté pour n’ont jamais fait l’objet d’enquête.

Et dans la dernière des trois affaires, Benjamin Netanyahu prétend qu’il a été accusé à tort par d’anciens employés qui ont menti pour sauver leur peau, et par le procureur général malavisé, d’être intervenu dans le secteur des télécommunications en Israël au profit d’un ancien ami, en échange de sa couverture favorable sur un nouveau site Internet, alors même que cela n’eut jamais lieu. Il n’a pris aucune décision concernant cet ami homme d’affaires qui ne respectait pas les recommandations de ses hauts fonctionnaires, dit-il, et il a peut-être eu « deux articles et demi » positifs sur le site en question, qui lui a toujours été défavorable.

Présenté avec l’humiliation et la prestance de Netanyahu dans une succession d’émissions de télévision en direct, ce récit, combiné au mantra que le complot contre lui est destiné à le destituer, et à faire tomber son gouvernement – le gouvernement qui protège Israël des ennemis arabes à l’extérieur et parfois à l’intérieur, qui réchauffe les relations d’Israël avec les principaux acteurs mondiaux, qui assure le contrôle d’une économie israélienne prospère – s’est révélé assez persuasif, ce qui n’a rien d’étonnant.

Même au terme de cette semaine tumultueuse, les sondages indiquent que le chef du gouvernement pourrait encore gagner les élections du 9 avril. D’autant plus qu’une autre de ses preuves ostensibles selon lesquelles les forces malfaisantes ne reculeront devant rien pour l’avoir, c’est que tout cela atteint délibérément un sommet juste avant ces élections – pour mieux assurer sa défaite.

Les allégations spécifiques

Contrairement à la description soigneuse de victime de la gauche, des menteurs et des imbéciles dans les hautes sphères que le Premier ministre fait de lui-même, les allégations racontent une toute autre histoire. Et si elles atteignent leur paroxysme dans les semaines fiévreuses qui précèdent le scrutin, c’est une conséquence de sa décision d’avancer les élections par rapport à leur date initialement prévue en novembre.