Les dirigeants de Djibouti accusés de détenir des biens mal acquis à Paris

Les dirigeants de Djibouti accusés de détenir des biens mal acquis à Paris

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Une enquête préliminaire, ouverte à la suite d’une plainte de l’association Sherpa, vise à vérifier si le clan Guelleh, au pouvoir à Djibouti, a acquis frauduleusement des biens immobiliers à Paris. Emmanuel Macron se rend bientôt à Djibouti.

Emmanuel Macron doit se rendre en République de Djibouti les 11 et 12 mars prochains. On peut déjà parier sans prendre de risques sur l’un des sujets délicats que le chef de l’État français sera bien obligé d’aborder lors de son tête-à-tête avec son homologue djiboutien : il s’agit des investigations sensibles menées depuis quelques mois dans son entourage par la justice française.

Le président tout-puissant de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh (au pouvoir depuis dix-neuf ans), ainsi que plusieurs de ses proches qui accaparent les postes clés dans ce petit pays africain à la grande importance stratégique sur le plan militaire, sont en effet visés par une enquête préliminaire ouverte par le Parquet national financier (PNF) à l’automne dernier et confiée aux policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF).

Cette enquête fait suite au dépôt, le 16 octobre dernier, d’une plainte pour « abus de biens sociaux, détournement de fonds publics, abus de confiance, corruption d’agents publics étrangers, recel, blanchiment et complicité », rédigée par l’avocate Apolline Cagnat pour le compte de l’association anticorruption Sherpa et du Collectif européen de la diaspora djiboutienne (CEDD).

Cette procédure vise l’entourage du président Ismaïl Omar Guelleh, notamment son épouse, sa fille aînée et son gendre ainsi que d’autres membres de la famille. Selon les termes de la plainte des deux associations, qui se fonde notamment sur des rapports officiels et des témoignages d’opposants, le clan Guelleh aurait, par le biais de sociétés civiles immobilières (SCI), acquis frauduleusement plusieurs biens immobiliers de grande valeur, sis à des adresses prestigieuses dans Paris (avenue Henri-Martin, boulevard de Courcelles, avenue Marceau…).

Des investissements représentant au bas mot plusieurs millions d’euros, et qui ne peuvent manifestement pas avoir été réalisés grâce au seul fruit du travail de la famille Guelleh à Djibouti, exposent les associations plaignantes.

Quelques immeubles où le clan Guelleh aurait investi ces dernières années. © M.D.Quelques immeubles où le clan Guelleh aurait investi ces dernières années. © M.D.

Le clan Guelleh aurait par ailleurs ouvert des comptes bancaires à la Bred Banque populaire, ainsi qu’à la Banque pour le commerce et l’industrie-mer Rouge (BCIMR, filiale de la Bred) et à la Bank of Africa-mer Rouge (BOA), qui auraient servi pour certaines des acquisitions immobilières litigieuses.La plainte de Sherpa et du CEDD expose que la responsabilité pénale de la BCIMR et celle de la Bred sont engagées, dans la mesure où ces banques auraient participé à des opérations frauduleuses, notamment l’attribution de prêts non remboursés au clan Guelleh – ce que dément la Bred. Le même raisonnement avait valu de grandes frayeurs à la Société générale dans le dossier des biens mal acquis des dirigeants de la Guinée-Équatoriale : la banque avait échappé à une mise en examen pour blanchiment, malgré un rapport de police très sévère sur son rôle.

Au fil des ans, le clan Guelleh s’est constitué un véritable empire à Djibouti. La famille dirige notamment la société Independant Construction Corp, qui gère des actifs dans le BTP et l’immobilier.

Les enfants et les frères et sœurs du président djiboutien sont par ailleurs présents ou actifs dans une myriade de sociétés locales ou étrangères (Guirreh Business Group, Medalmetal, Djibouti Steel Co, Goubet Trading Services, Gulf Transit & Transport Services, Okar Group, Dourdour, Oned, 77 Logistics and Risk Management PLC…), que ce soit dans les secteurs de la banque, des transports, de la logistique, de l’énergie, de l’import-export ou encore de l’acier.

Le clan tient tout. D’autres membres de la famille sont respectivement directeur d’Électricité de Djibouti, gouverneur de la Banque centrale djiboutienne, directeur de l’Aviation civile, secrétaire général de la Primature de Djibouti, responsable de la Chambre de commerce et d’industrie de Djibouti, etc.

Le président Ismaïl Omar Guelleh recevant Nicolas Sarkozy à Djibouti, en janvier 2010. © DRLe président Ismaïl Omar Guelleh recevant Nicolas Sarkozy à Djibouti, en janvier 2010. © DR

Les critiques récurrentes dénonçant un régime autoritaire et un clan qui pille les richesses du pays énervent au plus haut point le président Guelleh et sa garde rapprochée. En Belgique, le président du CEDD a ainsi fait l’objet de graves menaces, ce qui l’a conduit à déposer plainte récemment. En France, c’est le président en exil du Front pour la restauration de l’unité et la démocratie (FRUD) qui est menacé d’extradition par le régime de Djibouti (lire à ce sujet le blog Afrikarabia, hébergé par Mediapart).La forte présence militaire française à Djibouti et le rôle important qu’y ont les services français permettent à Ismaïl Omar Guelleh et à son entourage d’exercer régulièrement diverses pressions sur la France, comme on a déjà pu le mesurer dans l’enquête sur l’assassinat du magistrat Bernard Borrel, en 1995. Une affaire dans laquelle des membres du clan au pouvoir – dont l’actuel président Guelleh lui-même – sont fortement soupçonnés, et qui est toujours aux mains de deux juges d’instruction parisiens. L’enquête a d’abord été sabotée. Depuis qu’elle a redémarré, l’immunité du président Guelleh ralentit les investigations, et rend la tenue d’un éventuel procès incertaine.

Le témoin clé de cette affaire, Mohamed Alhoumekani, a été victime en 2013 d’une prise d’otage peu ordinaire. Interpellé, détenu, puis retenu au Yémen, sans raison légale, l’ancien militaire a vu se relayer des ministres, des intermédiaires, a parlé par téléphone au président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh lui-même, pour qu’il modifie, sous la contrainte, le témoignage qu’il avait livré aux juges français en 2000.

Ancien membre de la garde présidentielle djiboutienne, il avait surpris en 1995 le chef de cabinet d’alors, un certain Ismaïl Omar Guelleh, s’enquérir, dans le palais présidentiel vidé de ses occupants, de la disparition d’un juge qualifié de trop « fouineur » : Bernard Borrel, dont le corps avait été jeté dans la nuit au fond d’un ravin.

Sollicitée par Mediapart pour donner leur avis sur la plainte de Sherpa et du CEDD, l’ambassade de Djibouti à Paris n’a pas donné suite. Idem pour l’avocat Antoine Vey, associé du médiatique Éric Dupond-Moretti, qui défend la République de Djibouti dans cette procédure. MDupond-Moretti assurant lui-même la défense de plusieurs chefs d’État africains en délicatesse avec la justice française.

TOUS LES COMMENTAIRES

  • NOUVEAU
  • 06/03/2019 08:57
  • PAR 

Notre gouvernement à des fréquentations peu recommandable je me trompe ?Vous me direz que certain politiques et ou technocrates de notre pays sont aussi peu recommandable (copinage , affaire financières …) , je me trompe ?

Non, il va tout simplement aller boire un verre avec le president  au Palmier en Zinc pour conforter leur amitié, évidemment inébranlable ….

Est-ce que Benalla l’accompagne avec son coffre fort?

  • NOUVEAU
  • 06/03/2019 10:16
  • PAR 

oui même réflexion

dis moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es

des qu’ on parle d escrocs le nain fait parti du tableau

micron n est pas loin non plus

un vrai panier de crabes

 

  • NOUVEAU
  • 06/03/2019 10:47
  • PAR 

Amusant ! et les biens mal acquis de la françafrique depuis des décennies et ses chers dictateurs

Il y a une autre chose qu’il ne faut pas oublier  :

https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/11/12/affaire-borrel-ouverture-d-une-enquete-apres-la-destruction-de-scelles_4808371_3224.html

Seulement voilà, le 13 novembre 2015 est advenu.

  • NOUVEAU
  • 06/03/2019 10:57
  • PAR 

Djibouti tenant les français (comme le  fait le tchad avec la france),il serait très étonnant que  macron  aborde le sujet ,sauf peut être à trouver une solution comment enterrer la procédure judiciaire.

Ça on sait faire (Sarkozy nous l’a montré avec la Libye).

L’expression « biens mal acquis » dans le titre est déjà annonciatrice d’une enquête qui n’aboutira jamais. Les biens du rejeton Obiang, de Bongo et de tant d’autres ont-ils jamais été rendus aux peuples de ces prédateurs ?

Le deuxième paragraphe vient expliquer, si cela était nécessaire, que rien ne va se passer : « un petit pays à la grande importance stratégique sur le plan militaire ». Lire le reste ne présente plus grand intérêt, mais je suis peut-être trop pessimiste. Bon voyage Manu, et surtout passe à l’ombre, il fait chaud par là en ce moment.

Bonjour,

des décisions de justice dans plusieurs pays ont déjà condamné Teodoro Obiang, et des biens confisqués doivent être restitués à la Guinée équatoriale.

Cordialement,

M.D.

Avec cette phrase un peu plus loin le tableau est complet: « La forte présence militaire française à Djibouti et le rôle important qu’y ont les services français … »

Circulez, y a rien à voir.

Je commence à avoir peur pour Mohamed Kadamy, le président du FRUD réfugié en France. (https://blogs.mediapart.fr/afrikarabia/blog/270219/djibouti-l-opposition-accelere)

Très bien, tenez-moi informé du mode de restitution en temps utile. Car qui est la Guinée équatoriale, sinon papa Obiang? Les décisions de justice, dans ce domaine, sont souvent aussi efficaces et suivies d’effets que les résolutions des Nations unies.

@ des décisions de justice dans plusieurs pays ont déjà condamné Teodoro Obiang, et des biens confisqués doivent être restitués à la Guinée équatoriale.
Qui va faire appliquer ces décisions?

Rappel: haro des prédateurs sur William Bourdon ! 
qui veut la peau de William Bourdon?William Bourdon, président de l’association Sherpa : un avocat anticorruption visé par un mandat d’arrêt fantaisiste

 

 

Quand aurons nous des elus honnêtes,c’est a désespérer , les Sarkozy Balkany jamais condamnés ni emprisonnés Karachi la lybie des morts et aucun responsable, quelle mauvaise justice a plusieurs vitesse.madame Beloubet ministre de la justice faite votre travail svp

Et le juge Borrel ? Son affaire, elle en est où ? Un magistrat assassiné à Djibouti dont l’enquête est sabotée en France. Avec des magistrats pareils, on n’a pas besoin de dictateurs… Ceux qui gouvernent font matraquer et emprisonner les Français à tour de bras.

Sinon, rien n’empêche Sherpa de demander un mandat d’arrêt international contre les dirigeants de Djibouti qui ne sont pas nécessairement couverts par l’immunité diplomatique, laquelle n’exclut d’ailleurs pas les poursuites ni les perquisitions (cf. perquisition du consulat saoudien dans l’affaire Khassogui) dès lors qu’il y a violation de la loi du for.

Seule la personne du diplomate est protégée.

Si la « diplomatie » « étrangère » de ce déchet européen est dans les limbes merkelo-orbaniennes, celle de macron est en revanche très claire: en enfer.

S’ils n’étaient que les seuls …

Regardons aussi du côté de ceux qui viennent d’autres pays comme l’Algerie.

C’est en effet une sorte de « collision » entre les deux pouvoirs, d’autant plus inquiétante que « le président en exil du Front pour la restauration de l’unité et la démocratie (FRUD) est menacé d’extradition par le régime de Djibouti » comme vous le soulignez.

Je suis par ailleurs questionné par l’attitude du juge Tournaire qui a mis en examen, Mohamed Kadamy, et que j’ai essayé de partager dans mon billet

EN MARGE DE LA VISITE DE MACRON À DJIBOUTI: UN RÉFUGIÉ EXTRADÉ?

Au-delà de sa situation il s’agit, me semble-t-il de la mis en danger du droit d’asile dans ce pays.

  • NOUVEAU
  • 06/03/2019 21:09
  • PAR 

Bonsoir,

On comprend mieux l’animosité de Dupont-Moretti vis à vis de Médiapart…

Y a aussi l’afdaire Tron …

Pour moi des avocat comme Dupont – moretti et d’autres comme herzogue nuisent au bon fonctionnement de la justice de mon pays

Les avocats, comme les journalistes, ne doivent pas être empêchés de faire leur métier (et, quand ils le font bien, ils ne méritent pas de critique), même si les clients qu’ils défendent ne vous plaisent pas, même si les informations qu’ils révèlent ne vous plaisent pas.

Et en démocratie, ceci n’est pas négociable.

Au contraire, de bons avocats contraignent la justice à faire des efforts. Il n’y a rien de pire qu’un dossier sans avocat ou avec un avocat passif.

Cela garantit que la justice est bien rendue car le dossier a été véritablement débattu. La décision qui en résulte n’en est que plus légitime.

 

La France pseudo democratie affairiste d etat soutient les grandes dictatures pilleuses voleuses brutales …on a un vrai probleme de representativité et LREM n en est que la continuité decomplexée

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