#France #AshRévolution Gilets Jaunes À Bourges, «il faut que les choses bougent, et vite» ! Macron Démission !

À Bourges, «il faut que les choses bougent, et vite»

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Les récentes déclarations d’Emmanuel Macron (sur le « sens de l’effort ») et de Christophe Castaner (sur la liberté de manifester) n’ont pas découragé les « gilets jaunes », qui ont défilé à Paris et dans toute la France en nombre sensiblement similaire à la semaine dernière. Pour la première fois depuis le 17 novembre, un appel avait été lancé pour que les « gilets jaunes » convergent ailleurs qu’à Paris. Reportage dans la préfecture du Cher, où plus de 6 000 personnes étaient au rendez-vous. Dans un mélange détonnant de mobilisation bon enfant et de rancœur de moins en moins contenue.

Bourges (Cher), de notre envoyé spécial.-  Deux jours avant l’événement, François Vidier s’avouait « plutôt confiant, mais un peu angoissé quand même » : « On est des débutants en terme d’organisation de manifestations. » L’anxiété du routier de Bourges, l’un des piliers du mouvement des « gilets jaunes » dans le Berry, était très largement partagée par la mairie et la préfecture du Cher. Comment allait se dérouler la manifestation de ce samedi 12 janvier ?

Pour l’acte IX de la mobilisation lancée partout en France le 17 novembre, « La France en colère », l’un des groupes Facebook les plus influents du mouvement, avait appelé à se réunir à Bourges. Deux de ses figures les plus connues, Priscillia Ludosky (initiatrice de la première pétition contre la hausse des taxes sur le carburant) et Maxime Nicolle, alias« Fly rider » (administrateur Facebook très connu du mouvement) avaient annoncé leur venue.

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« On voulait essayer de faire en sorte que les gens n’aient pas beaucoup de distance à faire. C’est à peu près à distance équivalente de toutes les grandes villes »avait expliqué Maxime Nicolle au site Konbini. Il s’agissait aussi de privilégier « une ville un peu moins connue des forces de l’ordre, pour éviter qu’il y ait du nassage de fait, que la tension monte ».

Le troisième leader du groupe, le routier Éric Drouet (à l’origine de l’appel à manifester le 17 novembre) avait, lui, décidé d’appeler à manifester à Paris, signe d’un désaccord croissant avec ses deux acolytes.

Quelques heures encore avant le rendez-vous, les perspectives étaient donc bien incertaines. « Jusque-là, la plus grosse manifestation des gilets jaunes à Bourges, c’étaient 600 personnes. J’espère que nous serons dix fois plus », pronostiquait François Vidier. Le pari était le bon : selon la préfecture, plus de 6 000 manifestants étaient présents ce samedi dans la ville. Un nombre qui n’a rien d’un raz-de-marée, mais une mobilisation tout de même conséquente à l’échelle de la ville et de ses 60 000 habitants.

En revanche, la nervosité des autorités s’est révélée plutôt infondée. Dans l’ensemble, la journée de manifestation s’est déroulée dans le calme. La grande majorité des gilets jaunes a défilé sans dommage. Des heurts ont néanmoins eu lieu entre les policiers et certains manifestants cherchant l’affrontement dans le centre-ville durant tout l’après-midi. Et la tension est montée d’un cran en fin de journée, près la dispersion du cortège. On a noté quelques instants de tensions, des jets de gaz lacrymogène, des incendies de poubelles et d’un chantier.

Mercredi, la préfecture du Cher avait fait monter la tension, en critiquant officiellement « une manifestation non déclarée donc non autorisée et illégale », constituant « un attroupement dangereux » et présentant « des risques pour la sécurité des participants et organisateurs ». Un message quelque peu contradictoire avec ce qui avait filtré de la réunion entre la préfète Catherine Ferrier et les porte-parole des gilets jaunes de Bourges, moins de 24 heures auparavant : elle leur avait laissé entendre qu’elle les laisserait se réunir sur la place Séraucourt, en bordure du centre, et défiler sur les boulevards extérieurs. C’est d’ailleurs ce qui a finalement été autorisé, seul le centre historique étant interdit aux manifestants.

La mairie de Bourges avait de son côté fermé l’hôtel de ville, les musées et les bibliothèque du centre, démonté des horodateurs et même ôté les vitres des abribus sur le parcours de la manifestation. La plupart des commerçants avaient décidé de rester ouverts en ce premier samedi des soldes.

C’est dans une ambiance indécise que les premiers manifestants, arrivant dès les premières heures de la journée, ont d’abord déambulé. Des grands panneaux de bois protégeaient les vitres de quelques boutiques du centre.

À côté du musée Estève, un homme balaye la sciure tombée des panneaux qui viennent d’être montés sur la devanture d’une pharmacie, pendant qu’une employée s’active pour vider de sa monnaie et de ses produits le distributeur de préservatifs.

Juste en face, une pizzeria, un restaurant japonais et un salon de coiffure, « fermé en soutien aux gilets jaunes », affichent la fameuse chasuble phosphorescente en vitrine. Devant le palais de justice, un couple de commerçants discute avec un ami : « On sait déjà que ce samedi est foutu, on ne verra personne ! » Et il est vrai que les rues du centre resteront désertées par les consommateurs toute la journée.

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Pourtant, dès 9 heures du matin, l’ambiance est bon enfant du côté des manifestants. Alors que les policiers locaux se rassemblent devant la gare, le premier train arrive de Paris, avec à son bord quelques gilets jaunes et une poignée de journalistes. TF1 filme, un guitariste répète les paroles qu’il a écrites dans le train pour cette journée, avant d’enfiler le déguisement de lapin rose qu’il baladera durant des heures dans les rues, guitare au poing et rangers aux lacets jaunes fluo aux pieds. Voltuan, dont les célèbres pancartes colorées sont visibles dans toutes les manifestations nationales des dernières années, déplie sa longue carcasse et fait admirer sa pancarte du jour.

Le comité d’accueil est là. « Pas de casseurs, s’il vous plaît ! » intime la responsable de la boutique de la gare. Gérard, 63 ans, et Serge, 76 ans, de toutes les actions locales depuis le 17 novembre, orientent les nouveaux venus qui rejoignent la place Séraucourt. « On ne veut pas détruire notre belle ville, disent-ils. Mais on va montrer à Macron qu’on est toujours là et qu’on restera mobilisés. »

Jusqu’à quand ? « Jusqu’à ce qu’il démissionne », assume Gérard, dont le père policier « était du mauvais côté en 1968 » et « s’en est pris, des pavés sur la gueule, à Paris ». Lui est heureux « de voir les Français se reparler, oser dire leurs problèmes et afficher une solidarité forte ». Serge est plus nuancé. Lui qui, malgré son âge et sa canne, a commencé tôt sa journée pour livrer sur le lieu de rendez-vous l’indispensable groupe électrogène attend surtout de voir se concrétiser les promesses de campagne visant à « réduire le nombre de parlementaires » et à « faire vraiment ruisseler les richesses vers ceux d’en bas ».

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La place Séraucourt, immense parking à l’air libre, est dominée par un château d’eau au décor de fontaine néoclassique, juché sur une butte. Cette tribune naturelle a été décorée, et l’empilement de signes et de symboles est caractéristique du mouvement. « Quand on te dit : “Nous, ce qu’on veut, c’est pouvoir bouffer jusqu’à la fin du mois”, c’est quoi que tu ne comprends pas ? » interroge une banderole. Une deuxième se plaint que la France soit « le pays le plus taxé du monde ». Des pancartes défendent le référendum d’initiative citoyenne (RIC) ou assurent que la « censure médiatique »équivaut à la « dictature ».

Un dernier message est bien plus ambigu : « RF : République française ; RF : Rothschild Family », clame-t-il en grosses lettres tricolores. Faut-il y voir uniquement la volonté de dénoncer la banque qui employa Emmanuel Macron, ou le texte recouvre-t-il d’autres sous-entendus nauséabonds ?

L’interrogation vaut aussi pour les quelques dizaines de gilets jaunes qui ont entonné, en se lançant dans le défilé vers 13 heures, le « chant de la quenelle », inventé par l’humoriste et antisémite Dieudonné. Attaque contre les juifs, assimilés au monde de la finance ? Ou volonté de salir, d’avilir par la vulgarité, une figure détestée ? Les paroles, « Manu, la sens-tu qui se glisse dans ton cul la quenelle », faisaient écho au slogan lâché quelques secondes plus tôt, appelant à « toucher la chatte à Brigitte ».

Partout, la question de la justice fiscale

À l’image de tout le mouvement, le rassemblement de Bourges était pour le moins hétéroclite. Sur un gilet porté fièrement, on pouvait lire les paroles d’une fameuse chanson de NTM : « Le monde de demain, quoi qu’il advienne, nous appartient. » Sur un autre, à quelques mètres, le registre était tout autre. Sous un drapeau français frappé du symbole catholique du Sacré-Cœur, un slogan monarchiste clamait : « La France n’est pas la République, la République n’est pas la France ! »

Un stand accueille les arrivants avec des gâteaux, des pâtes de fruit et du café. Céline et Nathalie s’y activent avec efficacité. « On sait accueillir, à Bourges », se rengorgent-elles.
« C’est pas à Paris que vous allez être reçus comme ça !
— Ah non, on y était la semaine dernière, ils offrent pas le café…
— Le flashball, peut-être. »

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Dans la foule, perche à portable tenue à bout de bras, le jeune Gabin Formont, animateur de « Vécu, le média du gilet jaune », est salué avec enthousiasme. Des groupe sont venus de toute la France. Audrey, Greg et Sam ont fait sept heures de route pour venir du Tarn dans un bus, avec une quarantaine de camarades de tout le département. « En région, on n’arrive pas à avoir une couverture médiatique conséquente, alors on se déplace, témoignent-ils. On a déjà été à Paris, à Toulouse, au blocage des frontières au péage du Boulou, près de Perpignan, à Trèbes pour bloquer Monsanto… »

« On continuera jusqu’à ce que ça cède, lâche Audrey. Pour qu’on s’arrête, il faudra un acte fort. On sait bien qu’on n’obtiendra pas le RIC demain. Mais baisser les taxes sur les produits de première nécessité ou réduire les privilèges des parlementaires, c’est facile à faire rapidement. »

Un groupe de travailleurs de la santé, infirmières, aides-soignantes, agents techniques, vient de Clammecy, dans la Nièvre. « Pourquoi on est venus ? Par ce qu’on n’a pas de sous ! » lance Anne, qui estime notamment que « la baisse du prix de l’essence à la pompe, ce n’est pas flagrant ». Des annonces du président à la fin de l’année, ils retiennent surtout que les 100 euros promis à tous les smicards ne sont pas au rendez-vous, ou que la CSG ne baissera pas pour tous les retraités touchant moins de 2 000 euros de pension, comme annoncé. « Le peuple crève et ceux d’en haut s’en fichent, et continuent de s’en mettre plein les poches, dit le groupe en chœur. De toute façon, on n’a plus confiance en ces politiques. »

La question de la justice fiscale est partout. Et elle s’étale dans les cahiers de doléances que les militants sont appelés à remplir sur place. Marc y a demandé la « revalorisation des salaires, moins de différence entre les classes et la mise en place du RIC ». Pour Sylvie, habitante de Bourges, « il est normal de faire des efforts comme le demande le président, mais il faudrait que les plus riches commencent par eux-mêmes ». Nounou à domicile, elle gagne un peu moins de 1 200 euros par mois. Son mari est retraité à 1 800 euros par mois. Mais ils sont propriétaires, et n’ont donc droit ni à la hausse de la prime d’activité, ni à la baisse de la CSG annoncées par le président.

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Nella, venue de Nevers, a elle aussi rempli le cahier de doléances. « Des choses bateau, ce que tout le monde veut ici, s’excuse-t-elle presque : une nouvelle Constitution, pour que les gens puissent s’exprimer plus que par un vote tous les cinq ans, un meilleur partage des richesses, une baisse du salaire des députés… » Elle qui a été éducatrice spécialisée pendant des années, qui s’est rendue quatre fois à Paris pour les manifestations, est heureuse d’être impliquée. « Ça fait des années que j’attends les gilets jaunes. J’ai loupé Mai-68, je n’allais pas louper 2018 ! »

À 13 heures, lorsque de rapides prises de paroles sont organisées au pied du château d’eau, ils sont plusieurs milliers à applaudir. Priscillia Ludoski et Maxime Nicolle se succèdent au micro, ainsi que des représentants locaux du mouvement. Maxime Nicolle ne remporte qu’un soutien poli avec ses références à Martin Luther King – « J’ai un rêve, celui d’une France consciente que tous unis, on peut changer les choses. On est en train de changer le cours de l’avenir, n’arrêtons pas de rêver. »

À l’applaudimètre, ce sont les déclarations exigeant « la mise en place de médias vraiment indépendants » et déclarant aux responsables politiques que « le peuple de France ne [leur] fait pas confiance » qui remportent tous les suffrages. Les « Macron, démission ! » sont scandés avec enthousiasme. Et la Marseillaise est reprise à l’unisson avant que le cortège s’ébranle.

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Dan Israel

@dan_mdpt

Marseillaise reprise en chœur à la fin des discours.

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© dan_mdpt

Quand les manifestants quittent la place, une heure avant l’horaire prévu, les organisateurs n’ont pas eu le temps d’encadrer le cortège. Les gilets jaunes les plus enflammés prennent les choses en main, à coups de slogans sans équivoque, qui tranchent avec l’ambiance bon enfant qui a prévalu jusque-là : « Macron dictateur ! Castaner nique ta mère ! BFM nique ta mère ! Les impôts collabos ! »

Immédiatement, ils tentent de se rendre dans le centre-ville, interdit, et se retrouvent bloqués par un escadron de CRS, ses camions et ses grilles bouchant les petites rues. Après un face-à-face tendu, les quelques centaines de manifestants trouvent une autre voie, passent près de la cathédrale et joueront tout le reste de la journée au chat et à la souris avec les policiers, déclenchant quelques affrontements, de plus en plus durs jusqu’à la nuit.

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« Les gilets jaunes promeuvent le tourisme, c’est chouette, je n’avais jamais vu la cathédrale de Bourges ! » rigole Cécilia, venue de Châtellerault (Vienne), à deux heures de route. Elle se fait vite plus sérieuse. « Ça fait deux mois qu’on est dans la rue, on a dormi un mois dehors pour ce mouvement, il faut que les choses bougent, et vite, parce que la situation va devenir incontrôlable. » À ses côtés, Michèle, 67 ans, opine vigoureusement du chef : « Je vis avec 721 euros de retraites, après avoir commencé à travailler à 14 ans, et avoir cotisé 194 trimestres ! Comment peut-on accepter ça ? »

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Délaissant ce petit groupe, plus de 5 000 manifestants décident finalement de suivre le parcours annoncé, sur les boulevards entourant le centre. Sagement rangés derrière un camion assurant marcher « vers la VIe République », orchestre swinguant sur le plateau arrière, ils ne créeront aucun incident majeur sur tout le trajet, de 13 heures à 16 h 30. Devant le monument aux morts près de la gare, ils font une minute de silence, puis entonnent une nouvelle Marseillaise et repartent.

Quelques tirs de lacrymogènes plus tard, la manifestation retrouve la place Séraucourt. Maxime Nicolle n’annonce pas de nouveau rassemblement, mais, fidèle à sa nouvelle idée, appelle les gilets jaunes à retirer au maximum leur argent des banques. La majorité des manifestants se dispersent, laissant quelques irréductibles s’affronter avec la police. À 19 heures, aucun dégât majeur n’était à déplorer.

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