CRÉPUSCULE Par Juan Branco Les liens Macron, Xavier Niel, Bernard Arnault, etc A Brigitte désemparée (les fêtes approchent!) Carla a conseillé de demander à Tapie comment faire rebondir Emmanuel avant la nouvelle année. Je crois qu’ils ont prévu un réveillon à la Mamounia pour en parler. Benalla a réservé les suites et, mandaté par le roi du Maroc, il a été chargé de la sécurité de cet aréopage de choix.

CRÉPUSCULE
Par Juan Branco
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Le pays entre en des convulsions diverses où la haine et la violence ont pris pied. Cette enquête sur les ressorts intimes du pouvoir macroniste, écrite en octobre 2018, vient donner raison à ces
haines et violences qui ont été déconsidérées.
Impubliable institutionnellement, elle l’est du fait des liens de corruption, de népotisme et d’endogamie que l’on s’apprête à exposer.
Tous les faits, pourtant, ont été enquêtés et vérifiés au détail près.
Ils exposent un scandale démocratique majeur : la captation du
pouvoir par une petite minorité, qui s’est ensuite assurée d’en redistribuer l’usufruit auprès des leurs, et qui explique l’explosion de
violence à laquelle nous avons assisté.
Qui l’explique car ce scandale n’a pas été dit ni révélé, nourrissant à
force de compromissions successives une violence qui ne pouvait
qu’éclater. En un pays où 90% de la presse est entre les mains de
quelques milliardaires, l’exposition de la vérité est affaire complexe,
et la capacité à dire et se saisir du réel ne cesse, pour les dirigeants
et les « élites » de se dégrader.
Un Français sur deux – sondage yougov du 4 décembre 20181 – souhaitent la démission de Macron. Il faut mesurer la force de ce
chiffre : il ne s’agit pas de dire que le Président de la République
déplairait à un Français sur deux. Mais qu’un Français sur deux,
dont une immense majorité croit et adhère au système, à peine un
an après une élection présidentielle, considère que son résultat devrait être invalidé par le départ de celui qui théoriquement devait
les diriger pendant cinq ans.
Il n’est pas difficile d’en déduire qu’une très ample majorité l’approuverait, si cette chute ou destitution intervenait.
Comment l’expliquer, alors que formellement, cet être semble avoir
respecté l’ensemble des conditions qu’exige un système démocratique ?
1 https://www.capital.fr/economie-politique/la-moitie-des-francais-souhaitent-la-demission-demmanuelmacron-1318654
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Justement, en montrant que cet être n’a respecté que formellement
notre système démocratique, et l’a au contraire effondré. Et que l’illégitimité ressentie par une majorité de nos concitoyens correspond à une réalité.
Cela, nos journalistes et commentateurs, partis politiques, se refuseront toujours à le dire et à le croire, à l’enquêter. Cela est naturel,
car, nous allons le montrer, ils ont été complices et principaux vecteurs du viol démocratique qui est intervenu, jeu d’apparences où
l’on a présenté un être au peuple pour masquer ce qu’il était.
Les mots sont durs. Et pourtant, vous allez le découvrir : ils sont
justifiés. Celui que nous nous apprêtons à abattre symboliquement
a pris le pouvoir, littéralement, au dépens des principes démocratiques et républicains auxquels nous adhérons, et par lesquels nous
demandons son départ ou sa destitution.
Il n’y a nulle sédition dans l’appel au départ d’Emmanuel Macron,
car c’est lui, et les intérêts qui l’ont formé, qui pour prendre le pouvoir se sont comportés en séditieux. Mesurons l’importance de ces
mots, qui nous départ d’un quelconque désaccord politique : c’est le
sens même de notre confrontation qui s’en trouve modifié.
Nous sommes en situation d’exceptionnalité.
Remarquez la chose suivante. Aucune parole institutionnelle, dans
les médias, les partis politiques ou ailleurs, ne se fait le porte-parole
de ce désir de destitution, alors que, nous l’avons vu, il concerne a
minima la moitié de la population. Aucun, à l’exception des gilets
jaunes que l’on invite et traite avec folklore pour les décrédibiliser
sur les plateaux télévisés, ne s’est saisi de cette
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dont on se demande bien ce qu’elle nous apporterait. Le Rassemblement National, paniqué, appelle au « respect des institutions de
la Ve république ». Les autres sont insignifiants.
Tous sont pris dans la nasse de ce qu’il convient d’appeler un système oligarchique. A savoir un espace public dominé par des individus dont la fortune dépend directement ou indirectement de
l’État, et qui l’ont investie pour prendre le contrôle des médias et
ainsi s’assurer de la préservation de leurs intérêts par l’État.
Un État que l’on retrouve aujourd’hui non plus dévoué au bien commun, mais au maintien de l’ordre, de l’existant, et au service de ceux
qui y ont placés les leurs. Y compris pour desservir les populations.
Car oui, vous allez le comprendre et le saisir : Emmanuel Macron a
été « placé » bien plus qu’il n’a été élu. Et la presse a agi en ce domaine avec complicité.
*
Nous avons raconté sur Twitter et ailleurs les mécanismes amenant
à l’organisation des vingt-heures de TF1, des interviews présidentiels de France 2, la nomination et du recrutement des journalistes
selon des affinités diverses, les systèmes de compromis et de redistribution qui se mettent en place à toutes les échelles pour s’assurer
que mot n’en sera dit.
Nous avons raconté ailleurs comment Emmanuel Macron a opéré
un véritable arrachement démocratique dont le seul débouché pouvait être le raidissement autoritaire du régime – jusqu’à l’excès – ou
l’effondrement.
Ce que nous nous apprêtons à révéler ici, c’est la factualité qui a
permis la mise en place de ce pouvoir. La façon, dont, par exemple,
Edouard Philippe, sorti de nulle part, a accédé au poste de premier
ministre, après s’être piteusement perdu entre des missions de lobbying pour une grande entreprise nucléaire et apparatchikismes divers auprès de Les Républicains. Comment et pourquoi Ludovic
Chaker et Alexandre Benalla ont été recrutés à l’Elysée afin de
mettre en place une garde prétorienne chargée de mettre en place
une « police privée » d’Emmanuel Macron, selon le modèle que lui
avait fait découvrir Bernard Arnault en le présentant à Bernard
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Squarcini, ancien directeur de la DGSI, et actuellement mis en examen pour avoir mis au service de son nouveau patron, LVMH, ses
réseaux et parfois les services secrets de notre pays. Comment tout
cela, malgré les courageuses investigations de certains, n’a jamais
été proprement raconté.
Nous allons parler de la raison pour laquelle Edouard Philippe a
pris une telle place auprès d’Emmanuel Macron, là où la presse libre
et ses centaines de journalistes s’est satisfaite d’en faire le récit que
lui en faisait la macronie.
Ce que nous allons démontrer ici, c’est que, sur cette affaire comme
en des centaines d’autres, ce récit n’a pas été fait. Et que le problème
démocratique que cela suscite est ontologique : il menace notre régime, en retirant à ses dirigeants toute légitimité. Nous allons montrer comment un être, Jean-Pierre Jouyet, que tous les journalistes
politiques connaissent, sur lequel aucun n’a enquêté en ses rapports à la Macronie2, comment cet être a fait a fait, avec Henry Hermand – millionnaire chargé de financer la vie privée de Macron – et
Xavier Niel, le Président Macron.
Ce qui sera ici démontré, c’est ce que le système mis en place a suffi
à court-circuiter l’ensemble des garde-fous de notre démocratie,
pour mettre en place un pouvoir dont l’illégitimité est à juste titre
contestée, où l’entre-soi et le conflit d’intérêt ont été érigés en
normes, et dont les hommes de pouvoirs ont été intronisés pour
maintenir l’ordre et piller.
Ce qui est démontré ici, c’est que ceux qui sont qualifiés par les petits soldats de l’ordre établi comme des « violents », tous ces gilets
jaunes qui ont été tant raillés, sont ceux qui mieux que les autres
ont compris. Parce qu’ils se tiennent loin des jeux d’influence qui
pourrissent le petit-Paris. Parce qu’ils ne bénéficient pas directement ou indirectement des prébendes qu’offre l’État à qui en accepte l’asservissement : ils ont vu tout de suite les entourloupes que
l’on tentait de leur imposer. Ils ont compris, entre autres, que la taxe
carbone n’était qu’un habillage pour faire payer à tous ceux que
quelques-uns, par l’ISF, récupéraient. Cette discursivité, aucun
membre de notre « élite » n’a été capable de la mettre en œuvre. Et
2 Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, journalistes et directrices effectives du Monde, pourtant parfaitement
informées des réseaux que le personnage entretenait et auteures d’une enquête à son sujet sous François
Hollande, se sont montrées formidablement taiseuses à son sujet depuis l’élection de M. Macron.
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eux, que M. Macron se plaisait à décrire comme « illétrés », l’ont exposée.
Ce que ce texte entend démontrer, c’est que ce sont eux qui réclament le départ du Président, et non ceux qui le défendent au nom
des institutions, qui défendent notre République et la démocratie
Il y a eu en France à partir du 24 novembre 2018 un soulèvement
violent. Cette violence, contrairement à celle que nous infligent au
quotidien ceux qui se compromettent avec le système, a été tout
sauf gratuite. Ciblée, pensée, exaspérée par des politiques qui accroissaient des inégalités déjà insupportables et détruisaient la société, elle s’est attaquée aux biens et aux fonctions. Libératrice, elle
a été source de joie et de lien. Contenue, elle a été pensée.
En une société où ce sont toujours les mêmes qui souffrent de l’incertitude, de la crainte de la perte de leur position et de la précarité,
elle a inversé les rôles. Voilà que les bourgeois et les installés, voilà
que les pilleurs et les profiteurs, se mettaient à trembler. Voilà que
ceux qui s’étaient allègrement, joyeusement, sans ne jamais
craindre de contrecoup, compromis, se trouvaient exposés.
Voilà pourquoi un être comme M. Couturier, se montre si véhément
pour attaquer une révolution dont il sent qu’il en est le premier objet.
Ce texte explique et légitime leur colère. Il montre que les politiques
ont leur source, et leurs sentiments une réalité. Ce texte donne assise et raison à leur colère. Il permet de démontrer – le mot est fort,
il est justifié – qu’ils ont eu raison. Par les faits, loin de toute idéologie, il montre pourquoi cette colère était saine et nécessaire. Pourquoi il faut les faire céder.
Toute violence est défaillance de communication. Or cette défaillance a été organisée par quelques-uns pour servir leur intérêt, à
l’échelle de la société. Elle s’est appuyée sur mille compromis qui
ont débouché sur une élection illégitime qu’une majorité cherche
maintenant à renier.
Cette violence est leur responsabilité, et doit leur être retournée.
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I
Le pouvoir présidentiel entre en son crépuscule. Avec un temps
de retard paraissent des épîtres décryptant les rouages d’une
ascension présentée en son temps comme miraculeuse, celle
d’un jeune homme aux tempes blondes et aux yeux couleur ciel
qui, par la seule grâce du talent et de l’audace, conquît tout un
pays.
L’innocent récit de cette immaculée conception, repris en
boucle et de façon unanime par une presse aux abois se fêle
lentement, avec la douceur des commencements. Comme en
toute entreprise mal fondée – et l’épopée macroniste, comme
nous le verrons, le fut particulièrement – les teintes de souffre
recouvrent à vitesse brûlante les éclats de gloire que l’on avait
cru à jamais tracés. Le contre-jour du pouvoir solaire, fait de
coulisses et compromissions, réseaux cachés et inféodations,
mobilisés pour arracher la France à ses destinées, apparaît pas
à pas. Et ce contre-jour a une couleur bien particulière : celle
du sang.
Ce sang n’est point seulement celui des affairistes et des corrupteurs habituels, ces courtisans que charrient tous les pouvoirs. Il macule l’ombre d’Emmanuel Macron d’une substance
bien particulière, faite de délinquants et intrigants que l’on
pensait relégués aux bas-fonds et arrière-plans.
L’affaire va plus vite qu’espéré, les révélations se succèdent, et
voilà que le pari qui consistait à prendre le pouvoir avec une
brusquerie suffisante, dans l’espoir que les machines de propagande d’État sussent recouvrir à temps les laideurs qui en
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avaient permis la prise, s’apprête à être perdu. Les tempes juvéniles de l’intrigant semblent perler. Il est temps pour nous de
les achever.
*
Les hostilités sont lancées via la publication de l’ouvrage Mimi,
publié chez Grasset. Explosant les opaques frontières jusqu’ici
dessinées au nom de l’intimité par une presse compromise et
dominée, le texte, œuvre de deux journalistes d’investigation et
d’une romancière, mettait en lumière, à la rentrée 2018, l’une
des principales pièces de la « fabrique du consentement » qui a
permis la victoire d’Emmanuel Macron, à travers un matraquage inédit, quasi-physique, qui fut imposé par une certaine
caste aux Français.
L’enquête expose la figure de Michèle Marchand, pièce centrale
d’une immense entreprise de communication qui fut mise en
place avec l’aide d’un milliardaire, un certain Xavier Niel, dans
le but de faire connaître et adouber par le peuple français un
inconnu absolu qui venait d’être coopté par les élites parisiennes, pur produit du système transformé en quelques mois
en icône des lecteurs de Gala, VSD, Paris Match et quelques
autres magazines mobilisés avec soin.
Un être dont la notoriété égale à celles des célébrités de téléréalité, ne pouvait, par ce dispositif, que s’effondrer.
*
Ce que l’ouvrage raconte, c’est la seconde étape de la prise du
pouvoir de Macron, suivant celle qui lui avait permis de se faire
adopter par une oligarchie parisienne que nous allons maintenant exposer. Car ce que l’ouvrage révèle mal, c’est à quel point
les réseaux les plus putrides de la France la plus rance sont en
lien avec ces puissants qui se gargarisent d’une élégante morale et de valeurs bienséantes.
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Étrangement tenue à l’écart de bien des télévisions et médias,
l’enquête menée par Jean-Michel Décugis, Pauline Guena et
Marc Leplongeon nous révélait comment un ancien proxénète
devenu milliardaire puis oligarque, un certain Xavier Niel, avait
rencontré à l’orée des années deux-mille une femme du milieu,
Michèle Marchand, emprisonnée notamment pour trafic de
drogues, et avait décidé de s’allier à elle pour en faire un rouage
dans son ascension fulgurante vers les plus grandes fortunes
de France.
Première étrangeté que le texte révélait : cette « Mimi » Marchand avait été rencontrée par Xavier Niel du fait des réseaux
qu’il avait cultivés lors de son passage en prison. Si l’une fut incarcérée à Fresnes et l’autre dans la cellule VIP de la Santé –
protégé par le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke, qui se
dirait plus tard fasciné par le personnage comme il l’avait été
par bien des puissants, lui épargnant par ses réquisitions une
trop longue incarcération – leur avocate leur fut commune et
les présenta mutuellement.
Rappelons que Xavier Niel est détenteur des plus importants
médias de notre pays, et qu’il a placé à leur tête un homme de
main, Louis Dreyfus, chargé non pas de censurer ou faire dire,
mais de recruter et de licencier. Ce qui nous le verrons, est bien
plus important.
Ce premier étonnement ne saurait suffire. En effet, les mœurs
irrégulières des plus riches de notre pays ne font plus scandale
depuis qu’ils se sont pris de caprice d’être aimés, et ont commencé pour cela à racheter l’ensemble des médias du pays –
une dizaine d’entre eux en possède 90%, rappelons-le – pour
contrôler leur image, ou comme le dit M. Niel, pour « ne pas être
emmerdé ». Et si Xavier Niel s’est recouvert de quelques noirceurs auxquelles échappent la plupart de ses congénères, sous
forme d’enveloppes ayant alimenté un réseau de prostitution
dont il dira ne rien avoir su, l’on sait depuis bien longtemps que
les fortunes sont plus souvent le fruit de putréfactions cadavériques que d’actes menant à la sainteté.
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Mimi ne s’en tient cependant pas là et « révèle » un élément
quelques peu gênant pour les apparences bienséantes de notre
élite. Apparences dont on rappelle l’importance : car nos élites
sont considérées comme telles en ce qu’elles donnent le la,
c’est-à-dire montrent et démontrent comment il faut se comporter. Leur caractère d’exemplarité est la clef du pouvoir que
la société leur attribue. Si celui-ci venait à s’effondrer, ce serait
tout l’édifice qui par ricochet tomberait.
Voilà donc l’élément révélé par l’ouvrage Mimi et que, par pudeur, le petit Paris n’osait faire connaître jusque là au reste du
pays, y compris le plus grand journal de France, Le Monde, ce
grand quotidien qui se targue pourtant d’une indépendance à
toute épreuve.
Cet élément est le suivant, et se décompose en deux temps : Xavier Niel et Emmanuel Macron sont amis longue date, et le premier a mobilisé sa fortune et son réseau pour faire élire le second alors que celui-ci était encore un parfait inconnu. Que Xavier Niel soit le propriétaire du groupe Le Monde, mais aussi de
l’Obs et possède des participations minoritaires dans la quasitotalité des médias français, y compris Mediapart, n’est probablement pour rien dans le fait que les médias français, fort pudiques, n’aient jamais révélé leurs liens, et a fortiori une mise à
disposition, remontant pourtant à l’orée des années 2010, de
certains de ses services, qui auraient dû être comptabilisés en
argent comptant. A l’orée des années 2010, soit entre quatre à
six ans avant l’élection de M. Macron.
L’élément n’est pas anodin. Outre l’évidente infraction au code
électoral et aux réglementations sur les frais de campagne
qu’implique la mise à disposition des moyens d’un milliardaire
à un candidat, rappelons que la fortune de Xavier Niel est directement dépendante des décisions de nos gouvernants – il suffirait à l’État de retirer les licences octroyées à Free pour que sa
fortune s’effondre intégralement. Sa dépendance à l’égard du
pouvoir politique, immense, est d’ailleurs telle qu’il se dit que
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François Fillon aurait décidé de l’octroi d’une licence téléphonique qui ferait exploser la capitalisation boursière de Free,
dont M. Niel détient encore plus de la moitié des actions, dans
le seul but d’« emmerder » Nicolas Sarkozy (décidément).
En effet M. Sarkozy détestait M. Niel, qui le lui valait bien, l’amitié que le premier vouait à Martin Bouygues, qui voyait son empire trembler du fait du second, n’y étant pas pour rien. M. Fillon, dans sa guerre larvée à l’encontre de celui qui l’avait
nommé à Matignon, cherchait peut-être là aussi un appui pour
une candidature qui ferait grand bruit.
*
L’on comprend bien l’importance qu’a pour M. Niel de plaire
aux élites politiques et technocratiques de notre pays, et dès
lors, de se constituer en oligarque en investissant dans la
presse afin de s’assurer qu’ils lui prêtent une puissance sur laquelle il pourra jouer – exactement comme le fait son adversaire M. Bouygues avec le 20H de TF1, y invitant les hommes
politiques selon leur capacité à servir ses intérêts, selon ce
qu’en dit M. Niel lui-même3.
M. Niel prend de fait un infini plaisir à déjeuner avec tout jeune
intrigant qui lui montrerait son intérêt, pour peu qu’il soit
passé par l’une de ces fabriques à élite qui vous garantissent un
destin doré – Polytechnique, l’Ecole Normale supérieure ou encore l’ENA4. Il invite et toise alors ces camarades de cordée5 en
un restaurant proche de la Madeleine, leur fait tout un numéro
visant à leur donner l’impression qu’ils pourraient s’allier, et
s’assure du maintien de lien cordiaux qui par la suite lui serviront.
3 https://fr.news.yahoo.com/xavier-niel-free-accuse-bouygues-faire-lobbying-grâce-133915069.html 4 Ce fut notre cas, en janvier 2014, date à laquelle il nous annonça qu’un jeune secrétaire général adjoint de
la République deviendrait Président. 5 car oui, M. Niel, contrairement à ce que raconte une légende fabriquée avec l’aide de Mimi, est bien
participe de ce système, en bon héritier d’une bourgeoisie confortable qui le fit inscrire en l’une de
ces classes préparatoires d’élite scientifique, distorsions de l’école républicaine qui sacrent et
consacrent les plus jeunes héritiers de notre pays
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Tout cela est su et connu par quiconque participe à ce landerneau politico-médiatique qu’est Paris. L’on s’étonne dès lors
qu’il ait fallu attendre septembre 2018 pour que les liens entre
l’un des plus importants oligarques de notre pays et son Président aient été révélés. Non pas seulement en ce qu’ils étaient à
connaître pour contrôler les éventuels conflits d’intérêts et interventions dans l’espace démocratique de M. Niel, mais aussi
en ce qu’ils permettaient de lever un voile sur l’immaculée conception qui fit miracle lors de l’élection de Macron. Aurait-on
identiquement voté, si l’on avait su que ce jeune admirable, touché par la grâce et sorti de nulle part par la seule force de son
talent, l’avait en fait aussi été parce que l’un des hommes les
plus puissants et les plus influents de France, dont on se doute
qu’il n’agissait pas sans intérêts, l’avait soutenu avant même
qu’il ne se fut aux Français présenté ?
*
Bien sûr que non. Et pourtant, l’on s’est tu. Personne n’a
moufté. Il aura fallu attendre qu’au détour d’un ouvrage où il
n’est affaire de l’un et de l’autre qu’en deux petits chapitres, un
an et demi après cette élection et cinq ans au moins après leur
première rencontre, pour que l’information soit révélée – et reprise, discrètement et sans commentaires, par une journaliste
du Monde pourtant bien au fait de ces affaires, une certaine Raphaëlle Bacqué.
L’on s’étonne d’autant plus que c’est bien chez Xavier Niel, au
sein de la très vantée Station F – construite à Paris avec l’appui
de la maire de Paris, Anne Hidalgo, auprès de qui Xavier Niel a
introduit son missi dominici Jean-Louis Missika, compagnon de
route de Free depuis la première heure et nommé opportunément premier adjoint d’une Maire dont le second adjoint, Christophe Girard, est parallèlement employé d’un autre oligarque,
Bernard Arnault, dont nous reparlerons – ; c’est donc au sein
de cette très vantée Station F construire à l’aide de fonds publics et pourtant toute dédiée à la gloire de Xavier Niel qu’Emmanuel Macron a été accueilli à plusieurs reprises et a même
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parlé de ces « riens » que l’on croiserait dans les gares, ces citoyens réduits, contrairement à lui et à ses acolytes, à prendre
RER et métro.
Avait-on donc pensé qu’il s’agissait, en ces multiples visites et
monstrations d’affection et de soutien que M. Niel et M. Macron
avaient échangé, d’un pur hasard, alors même que M. Niel se
vantait dans le tout Paris d’aimer et chercher à faire élire son
ami ?
*
N’en restons pas là, bien que ce fait seul suffise à interroger l’intégrité et la santé démocratique de notre pays. Car il se trouve
que nos confrères s’aventurent quelque peu plus loin. Ils ne se
contentent en effet pas, l’air de rien, de nous apprendre que
deux êtres liés par la pègre et restés proche de celle-ci se sont
alliés pour faire élire un inconnu à la Présidence de la République, mobilisant fortune et réseaux pour le faire connaître et
l’imposer aux Français, dans l’idée qu’il serve les intérêts.
Nous découvrons aussi, par pointillismes successifs, les modalités par lesquelles Xavier Niel est intervenu au cœur de notre
espace démocratique pour faire connaître, et par la suite élire,
son protégé. Ainsi apprend-on dans l’ouvrage que c’est Xavier
Niel qui a offert à Michèle Marchand de s’occuper de l’image
d’Emmanuel Macron et de sa femme, lors d’une rencontre organisée en son hôtel particulier avec cette dernière, Brigitte
Macron-Trogneux, sur laquelle nous reviendrons bientôt.
Cet hôtel particulier où se déroula cette rencontre cruciale,
n’est rien de moins qu’une réplique marbrée du Grand Trianon.
Mimi Marchand, la reine de la presse people, condamnée pour
trafic de drogues – elle conduisait un camion contenant 500 kilogrammes de haschisch – s’est fait prendre en photo dans le
bureau de M. Macron en juillet 2017.
Celle qui n’hésite pas à exposer l’intimité des gens pour les intimider et à utiliser ses sources pour détruire sur commande
tel ou tel individu, a été la personne en charge d’introniser M.
Macron. Mimi Marchand, ou la marchande de secrets ayant fait
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les beaux jours de la presse people depuis vingt ans, capable de
faire taire une information, fut-elle d’intérêt public, en
quelques instants, de montrer et d’exposer des corps nus pour
les humilier ou les consacrer, pour peu qu’on la paye bien.
Mimi Marchand et ses jours de prison, ses réseaux dans la mafia et la police, ses hommes de main et paparazzi, ses menaces
et ses violences, ses enveloppes d’argent liquide qui en ont
achevé plus d’un, est une très proche d’Emmanuel et de Brigitte
Macron.
Et cette même Michèle Marchand a été présentée à Brigitte Macron-Trogneux par son « ami » Xavier Niel, dans son hôtel particulier, afin de faire taire une information, et d’introniser Emmanuel Macron, alors illustre inconnu, riche banquier ayant
utilisé les réseaux de l’Etat pour faire sa fortune, le transformer
en un gendre idéal, et susciter une sympathie que rien dans son
parcours ne faisait naître.
L’opération, à en croire les auteurs de l’ouvrage, a été un succès, puisqu’elle aurait été directement à l’origine des – pas
moins de – 29 unes dithyrambiques que Paris Match et
quelques autres ont octroyé à Emmanuel Macron en quelques
mois.
Mais comment un seul individu, une femme comme Mimi Marchand aurait-elle pu, seule, ou avec l’appui d’un seul milliardaire, provoquer une telle conversion ? Cela semble trop gros.
Et cela l’est. Il se trouve en effet que nous commençons à recouper les choses et les non-dits qui habitent ces enquêtes. Le propriétaire de Paris Match, Arnaud Lagardère, dont les auteurs
disent que Mimi Marchand est la véritable directrice de la rédaction, a par ailleurs été client d’Emmanuel Macron pendant
sa période à Rothschild, ce qui n’est pas dit dans l’ouvrage. Il se
trouve, comme l’a raconté Vanity Fair, que l’homme de main de
M. Lagardère dans les médias, un certain Ramzy Khiroun, fut
mis à disposition de M. Macron par Arnaud Lagardère dès sa
nomination en tant que ministre de l’économie, pour faire sa
communication. Et que c’est donc l’alliance de Mimi Marchand
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et de Ramzy Khirou, de Niel et de Lagardère, qui a permis cette
opération de communication.
Il se trouve que l’affaire a si bien marché que l’on ne s’étonnera
dès lors pas que le directeur de la rédaction de Paris Match –
nommé suite à la destitution du précédent sur demande de Nicolas Sarkozy – devant être démissionné à l’été 2018, ne le fut
pas par la grâce d’un appel de Brigitte Macron à l’homme à tout
faire d’Arnaud Lagardère, Ramzy Khiroun, appel effectué sur
demande de Mimi Marchand, qui craignait de perdre là son
principal relais, et la principale source de ses financements.
Quelques jours plus tôt, était proposé le recrutement de Mimi
Marchand à l’Élysée aux services administratifs du palais, qui
rechignaient. Arnaud Lagardère, lui, acquiesçait.
Pourquoi cela n’est pas dit dans l’ouvrage Mimi, comme il n’est
pas dit qu’Arnaud Lagardère a été client d’Emmanuel Macron ?
Parce que l’éditeur de cet ouvrage, Grasset, est propriété d’Hachette, qui a été racheté par une holding nommée Lagardère
Active, dont le propriétaire est un certain Arnaud Lagardère, et
dont le directeur effectif est un certain Ramzy Khiroun.
Et l’on commence à comprendre pourquoi en ce pays personne
ne comprend rien, tandis que tous sentent tout. Car l’espace public français est traversé de semi-compromissions qui empêchent à quiconque d’avoir l’indépendance suffisante pour tout
raconter : tous ont une affinité, un lien, une dépendance à l’un
des membres de ce système qui leur empêche de recouper. Et
tous, du coup, doivent tronquer la vérité.
*
Reprenons. Coup sur coup, l’on a « découvert » – un peu tard,
notera-t-on, nous ne sommes après tout qu’en septembre 2018
– qu’outre le fait que Xavier Niel et Emmanuel Macron étaient
amis depuis des années – ce qui ne se disait pas – ; que cette
amitié avait été mise au service d’un projet politique et avait
mis en branle une machine de propagande huilée, financée par
M. Niel et appuyée par M. Lagardère en dehors de toute règle
électorale ; et que cette machine de propagande a joué un rôle
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de première ampleur dans l’élection présidentielle de 2017, en
permettant l’obtention de dizaines de Unes de presse people,
de Paris Match dont nous venons de parler à Gala, Closer et
VSD, au profit d’un inconnu.
Nous comprenons que part de cette information n’a pas été révélée car part des médias appartenaient à tel oligarque, et part
des médias à cet autre oligarque : qu’il y a donc bien un problème grave et une influence réelle dans le fait que nos médias
appartiennent à des personnes dont la fortune dépend de
l’Etat, et que tous les jurons dont recouvrent les journalistes
quiconque oserait le mettre en doute n’y pourront rien.
Mais nous avons appris qui plus est que ces Unes avaient été
vendues par Mimi marchand à des magazines détenus pour
grande partie par des oligarques qui avaient été en liens d’affaires avec le futur Président de la République spécifiquement.
Qu’il y a tout à penser que cela a été fait parce que tous y trouvaient intérêt, et non seulement parce qu’ils étaient séduits par
la couleur des yeux et la beauté du couple que le futur Président
formait avec Brigitte Macron.
Et cela, nous l’apprenons alors que nous savons par ailleurs que
ces magazines ont, sans que personne ne s’en offusque vraiment – c’est-à-dire de façon suffisamment importante que cela
les aurait amener à les censurer – accepté de publier des
« fausses exclusivités » et des « fausses paparazzades » fabriquées de toutes pièces par l’agence de Mimi Marchand, Best
Image, pour vendre aux Français l’image d’un couple idéal dont
il fallait s’énamourer pour l’aider à changer et sauver le pays,
et dont la veille personne ne savait rien.
L’on pourrait à ce stade comparer la chose à l’ascension d’un
certain Poutine, V., placé à son poste du jour au lendemain par
une oligarchie cherchant paniquée à défendre ses intérêts,
prête à vendre à son peuple le moindre bureaucrate qui lui prêterait serment, exactement de la même façon que M. Macron fut
en quelques mois propulsé d’être inconnu à être démocratiquement élu – multipliant pour cela les opérations de commande
et mises en scène raillées en tout autre pays. On pourrait pour
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justifier ce rapprochement rappeler que M. Macron ne se prive
pas depuis d’intervenir dans la gestion des médias d’État, commandant et décommandant des émissions avec des amis dont
il assure qu’ils seront recrutés ou maintenus à leur poste – nous
pensons à M. Delahousse, amiénois comme l’est M. Macron, que
Delphine Ernotte voulait écarter du service public en octobre
2017 et qui, après intervention de l’Elysée, se vengea en décembre de la même année par l’imposition d’un entretien resté
dans les annales de par sa domesticité, enguirlandage littéral
d’un Président de la République, long tunnel de propagande de
quarante-cinq minutes dans les bureaux de l’Elysée. Nous pensons à M. Pujadas, pourtant peu farouche garnement, éjecté de
son poste le jour de l’intronisation de M. Macron. Nous pensons
à quelques autres affaires qui, touchant Léa Salamé comme
elles touchèrent Michel Field, sortiront bientôt.
Cela nous serait reproché. Après tout, l’on ne meurt pas par assassinat en France lorsque l’on est journaliste. L’on ne meurt
que par suicide et inanité, à force de se faire écraser lorsque
l’on a tenu à se confronter au pouvoir et refusé de céder. L’on
meurt par compromission ou précarité, car aucun de ces oligarques, bien évidemment, n’a la bienveillance de perdre
quelque argent pour ces médias qu’ils assurent investir démocratiquement, mais personne ne prend plus soin de tuer.
Alors, l’on entend l’argument, et l’on se tait. Car il y a d’autres
éléments, dont le fait que M. Macron ne provient pas des services secrets, mais d’un autre corps tout aussi important, l’inspection générale des finances, et qu’il a été propulsé en temps
de paix – là où M. Poutine eut à gérer la Tchétchénie en position
de fragilité, ce qui immédiatement l’amena à massacrer et torturer.
On ne le fera pas, ou pas entièrement, mais l’on préviendra dès
à présent que ces différences ne sont que de contexte, des dangers que font naître ce genre d’ascensions programmées, en
des cadres où nul espace permettant d’en faire voir la grossièreté reste préservé, des méfiances que devraient susciter ces
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propulsions venant du rien en ce que, par la suite, leurs impétrants doivent compenser fragilité par excès d’autorité. Rappelons que nos élites crurent Poutine rempart de la démocratie comme elles crurent Macron rempart pour nos libéralités.
Qui aurait pensé en 1999 que, en cette démocratie renaissante
et enfin libérée des emprises du passé qu’était la Russie,
quelques ans plus tard seulement, Poliktovskaïa serait tuée ?
Qui aurait pensé en 2018 que, après qu’un jeune impétrant ait
fait barrage au fascisme, un certain conseiller du Président,
place de la Contrescarpe, grimé en policier, tabasserait des manifestants ?
Non, ne nous autorisons aucun rapprochement. Mais pourtant,
prévenons.
*
Revenons-en aux faits. Voilà que ceux que nous venons d’exposer fissurent quelque peu l’image du jeune premier aux blondes
tempes et yeux ciel qui, venant du rien, aurait conquis le pays
par la seule force du mérite et l’amour passionnel que sa brillante femme entretenait. La pureté du nouveau monde d’Emmanuel Macron, courageux jeune homme capable de voler et
d’épouser une femme plus âgée que lui, fait qui fut souligné
jusqu’à la nausée par une presse creuse et évidée, en prend un
coup, et le lecteur honnête s’étonne de ne pas avoir été mis au
courant de ses liens d’amitié et de vassalité plus tôt.
Il nous faut insister sur ce point : l’on sait qu’au moins parcellairement, ces informations étaient connues par de très nombreux individus – nous pensons notamment aux rapports entre
Niel et Macron, puisque nous les révélions nous-même dès
2016. Pourquoi, à part par le courageux et important journaliste Marc Endeweld, cela n’a-t-il jamais été publié ? Pourquoi
a-t-il fallu attendre la recension de l’ouvrage dont nous parlons
par Raphaëlle Bacqué, en septembre 2018 (!) pour que Le
Monde en fasse pudiquement mention, sans que l’information
ne soit reprise ou analysée, voire provoque un réexamen du
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soutien béat qui fut octroyé à celui qui fut, des mois durant, présenté comme le divin fruit de la cuisse de Jupiter ?
Comment se fait-il que cette information n’ait pas été non seulement publiée, mais contextualisée, surlignée, expliquée ? Que
lorsqu’elle l’a été, elle ait semblé l’être sortie du néant, secondaire, alors qu’elle permettait de comprendre soudain, brutalement, part des étranges manipulations qui avaient été masquées aux Français et les avaient ensorcelés ? Comment cela se
fait-il que nul ne se soit indigné qu’ait été factuellement, par ce
fait, altéré tout un scrutin présidentiel ? Que personne ne l’ait
relevé ?
Quelles forces étranges sont-elles ainsi capables de censurer
les centaines de journalistes politiques qui, à Paris, ont pour
seul rôle de révéler les mécanismes d’ascension et de chute et
de nos dirigeants ? Ces impétrants financés par la société, formés dans les plus belles écoles de notre pays, qui se voient octroyé par la société un accès exclusif aux puissants afin de les
contrôler, dont on finance des centaines d’heures chaque mois
de salaire contre un seul engagement : qu’ils permettent aux citoyens de mieux comprendre les ressorts de notre système politique et leurs permettent de voter de façon éclairée, pour
ainsi, garantir que nos démocraties libérales ne seront pas que
formelles, auront un sens, et ne se réduiront pas à une mascarade permettant de masquer les cooptations que nos élites
s’amuseraient à constituer ?
Quelle puissance si obscure permet-elle à ce point de les faire
taire, et de transformer une opération de vile propagande en
miracle éthéré ?
La question posée, nous ne pouvons cependant nous y tenir.
Car le tableau manque encore d’images. Ce que nous venons de
révéler n’est encore rien. En effet, nos trois camarades reporters et romanciers en charge de cette importante enquête sur
Michèle Marchand – qui posa, on le rappelle puisqu’ils le révèlent, faisant le V de la victoire dans le bureau du Président de la
République française, celui-là même qui pour la première fois
fut aménagé par le Général de Gaulle, celle là-même donc qui
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avait été arrêtée conduisant un camion empli de cinq-cents kilogrammes de drogue quelques années plus tôt, fait que M. Macron connaissat – ont étrangement oublié de mentionner
quelques autres éléments que nous connaissons pourtant, dont
eux aussi sont au courant, exactement de la même façon que
leurs collègues auparavant cités avaient oublié de mentionner
– au nom de la pudeur et de la vie intime, de la bienséance ou
de l’insignifiance – les éléments concernant les rapports entre
Niel et Macron.
Et là, nous commençons à nous inquiéter.
*
Puisque le sort de M. Lagardère, oligarque dont nous montrerons l’extension de l’influence plus en avant, est réglé, continuons par cet autre chemin : à savoir que cette même Michèle
Marchand fut aussi chargée de contrôler l’image – c’est-à-dire
de faire taire toute information compromettante le concernant
– d’un autre oligarque, un certain Bernard Arnault, première
fortune de France, quatrième fortune du Monde, doté de 70
milliards de patrimoine et propriétaire du groupe de luxe
LVMH. Cela pourrait sembler au premier abord aussi insignifiant que « l’amitié » entre Niel et Macron, si l’on oubliait de
préciser une autre information que la bienséance et les conventions bourgeoises amènent les journalistes à le plus souvent esquiver : à savoir que le maverick, le rebelle, l’homme du peuple
Xavier Niel, vit en concubinage avec Delphine Arnault, fille et
héritière de Bernard Arnault.
Mais au fond, pourquoi cela serait-il si important ? Après tout,
ne nous a-t-on pas appris à ne pas nous mêler de la vie intime
des gens, qu’ils soient faibles ou puissants ? Ne nous le rabâchet-on point, sur un air indigné, dès que l’on se permet de porter
parole à ce sujet ? N’est-ce point-là le mantra de ces mêmes
journalistes politiques dont on interrogeait l’utilité, aussi emplis de pudeurs et de silences, de bienséances et d’aveugle-
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ments divers, qu’ils s’excitent au quotidien dans leurs rédactions pour partager et colporter tous les ragots, s’inhibant
pourtant dès qu’il s’agit de les écrire, devenus soudain non plus
seulement l’armée de réserve des puissants (ce qu’ils sont factuellement), mais leurs scribes attitrés ?
Rions et méprisons-les, ceux-là mêmes qui savent parfaitement
qu’y compris en monarchie absolue, sous Louis XIV, l’on imposait d’avoir accès au roi nu – et qu’il n’y a dès lors nulle raison
à ce qu’ils gardent pour eux ces informations. Rions et méprisons ceux qui font mine de ne pas comprendre l’importance de
ces mécanismes d’exposition. Rions de ceux-là, de ces directeurs de la rédaction que l’on vit par douzaine dîner à la table
du Ritz pour assister à l’inauguration d’une boutique Louis
Vuitton, à quelques pas de Bernard et Delphine Arnault, Xavier
Niel, invités par ces derniers à déguster des plats proposés en
livrée en échange de menus articles que leurs sbires produiraient. Et continuons pour comprendre ce qui explique ces inféodations.
Continuons, car ce n’est pas le seul fait qui, sut, n’a pas seulement pas été révélé, mais que l’on s’est appliqué à ne pas relier
à d’autres faits afin de permettre de comprendre ce qu’il se
jouait. Rappelons à ce stade que M. Arnault, qui est par ailleurs
un grand propriétaire de médias – sans raisons prétendrait-il là
aussi – est aussi le premier annonceur de France. Qu’il n’a pas
hésité à faire retirer des publicités des médias qui lui déplaisaient – les menaçant ainsi de faire faillite. Qu’il est par ailleurs
ce même Bernard Arnault qui, détenteur d’une fortune permettant de faire vivre plusieurs pays, a voulu s’exiler fiscalement
pour favoriser l’héritage de ses brillants enfants – et s’indigna
qu’on lui reprocha. Qu’il est enfin celui qui n’hésita pas à affirmer il y a quelques temps qu’il regrettait de ne pas avoir, au
long de sa vie, gagné plus d’argent.
Sur cet être, l’un de ces autres faits « connus du tout Paris » et
pourtant masqués au reste de la population au prétexte que
cela ne la concernerait pas, n’est pas anodin, et nous allons voir
pourquoi. L’un de ces faits qui ne présenterait pas le moindre
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enjeu démocratique et justifierait d’être tenu éloigné des
« gens », fut cependant exposé par un certain Jean-Jacques
Bourdin lors du fameux entretien du Trocadéro qu’il mena avec
M. Plenel face au Président. Sous les regards attentifs de tout le
pays, M. Bourdin se permit alors l’indécence : à savoir révéler
que le principal bénéficiaire en France des politiques fiscales
mises en œuvre par Emmanuel Macron entretenait avec sa
femme et avec lui des rapports intimes, qu’il était en somme
leur ami, et que le principal bénéficiaire dont nous parlons
n’était rien moins que… Bernard Arnault.
Indignation générale ! Cachez ce sein que nous ne saurions
voir, ou plutôt, faire voir ! Scandale et médiocrité ! Au nom de
quoi un tel fait aurait-il à être exposé ? Nous serions-nous à ce
point abaissés ? Le Président n’a pas d’ami, c’est même lui qui
le dit ! Drôle de phrasé d’ailleurs, d’autant plus si l’on connaît
quelques peu un certain Xavier Niel, qui est celui qui depuis des
années ne cesse de répéter : « comme tous les riches, je n’ai pas
d’amis ». On ne saurait par quelle métempsychose la parole de
Niel serait devenue macronienne – si l’on n’avait su qu’ils
étaient amis – mais dans le même temps, on l’aurait bien compris, si l’on avait cherché à entendre celui qui ne cessait de dire
qu’il fallait rêver d’être milliardaire, c’est-à-dire de pouvoir devenir l’ami de son ami.
Mais revenons à la factualité, écartons les discours en commun,
et les politiques qui chez l’un financent l’autre – on ne mentionne pas, puisque ce n’est pas notre sujet, ce que M. Niel avait
obtenu chez Madame Hidalgo avant de se servir chez M. Macron – comme l’on ne mentionnera pas la litanie délirante de
politiques publiques mises en œuvre par M. Macron pour protéger ceux qui l’auront fait monter.
Contentons-nous de la factualité, et là encore, étonnons-nous.
Chose étrange ! Car nous découvrons que le directeur de la rédaction de Mediapart, qui a opiné du chef à l’affirmation de M.
Bourdin, savait donc que M. Arnault et M. Macron étaient amis,
et ne l’avait pourtant, en un courageux média n’ayant jamais
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douté à exposer la vie privée des puissants, jamais écrit ni publié. Non seulement cela, mais à peine son collègue se contentait-il de l’énoncer que l’indignation tombait et qu’on lui reprochait cette incursion, sans que M. Plenel ne dit mot. Serait-ce
parce que la conjointe de l’homme chargé d’étudier la caste
chez Médiapart, Laurent Mauduit, avait un poste important
dans l’un des groupes où M. Arnault détenait d’importantes
participations, Carrefour, ou parce que le gendre de M. Arnault,
Xavier Niel, avait investi en son média ? Qu’importe, ce ne sont
là que des suppositions là où cependant un fait s’impose : face
au candidat de l’oligarchie, et malgré ses très nombreuses enquêtes fouillées, malgré l’accumulation de factualités, Médiapart ne s’était à aucun moment levé éditorialement parlant, et
s’était même montré agréablement complice de ce dernier lors
d’émissions télévisées qui feraient rougir un quelconque partisan. Que ce soit le fait de gênes personnelles ou de la vieille
aversion personnelle que M. Plenel avait pour M. Mélenchon –
aversion dont on ne parla également jamais – importe peu. M.
Macron, pour fautif qu’il était, ce que les journalistes de Mediapart ne cessaient de démontrer, n’avait pour cela à être condamné.
*
Voilà cependant qu’alors que nous découvrons que des milliards – oui, des milliards – nous quittent chaque année, s’évaporant chaque année des caisses de l’État car le Président de la
République a décidé qu’ils seraient plus à leur aise dans les
poches de M. Arnault et de quelques dizaines d’autres de personnes soumises jusqu’alors à l’ISF, sans qu’aucune raison économique ne le justifie ; voilà cependant qu’alors que nous découvrons que les premiers bénéficiaires de ces politiques fiscales étaient les amis de M. Macron, et que nos valeureux journalistes le savaient, personne ne dit rien. Pas même besoin d’invoquer telle ou telle compromission : il y a déjà là de quoi être
violemment embarrassé. Depuis quand ces journalistes savaient-ils ? Pourquoi ne l’avaient-ils pas plus tôt non seulement
énoncé, mais aussi rappelé, insisté sur ce fait jusqu’à nous don-
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ner la nausée ? Pourquoi aucun enquêteur ne s’y était-il pas intéressé, se demandant par exemple comment cela se faisait que
M. Macron l’austère, l’homme de l’immaculé conception, porte
des politiques aussi favorables aux plus privilégiés, alors qu’il
augmentait l’imposition de tous les autres pans de la population ? Mais aussi tout simplement comment il avait rencontré
un tel homme d’argent, et depuis quand ? Sans parler ni oser
s’interroger bien entendu, sur l’effet et le soutien qu’une telle
amitié aurait pu susciter – ni plus fort encore, sur la possibilité
qu’il eut été combiné à celui de M. Niel.
*
Comment cela se fait-il que l’ensemble de nos délégataires,
ceux dont dépend le fonctionnement de la démocratie représentative, se soient tus ou ait préféré esquiver toutes ces années, mais aussi une fois que le fait fût révélé, ne harcelant pas
leurs interlocuteurs, comme il se devrait envers des hommes
faits et choisis pour supporter ces pressions, jusqu’à ce que l’on
sut la vérité ? Se pourrait-il là encore qu’entre Bernard Arnault
et son gendre, entre leur pouvoir publicitaire et leurs propriétés, ajoutés aux réseaux de pouvoir qu’ils entretenaient, ces
êtres avaient de quoi faire taire, acheter, intimider, ou simplement désintéresser un quelconque journaliste ne voulant voir
sa carrière s’achever ?
Pourquoi a-t-on attendu que le peuple se soulève pour commencer, enfin, sincèrement, à dénoncer ce qui jusqu’ici apparaissait naturel – des politiques fiscales brutalement injustes,
produites au service de quelques uns – alors que l’on faisait peser sur tous le poids de ces décisions, si ce n’est que quelque
part, un asservissement conscient ou inconscient s’était installé ? Où sont les dizaines de Unes faisant miroir à celles qui
vantaient les mérites intimes de M. Macron et de sa femme, interrogeant ses liens avec les puissants, chargées de décortiquées non pas ses yeux bleus, mais les relations et intérêts
qu’ils défendaient et qui les avaient défendus ? Non pas ici et là
une enquête, mais partout et en tout temps, des dizaines d’enquête mises en avant ?
25
*
Une fois le fait relationnel établi – et il le fut –, nous serions
allés plus loin. Une telle révélation n’aurait-elle pas mérité de
s’interroger sur le lien entre ces fréquentations et les biais,
voire les compromissions et conflits d’intérêts qu’elles pouvaient susciter ? D’aller chercher en ces espaces protégés, ces
non-lieux de la République qui en certains arrondissements de
Paris, fabriquent toutes les compromissions, les données permettant de prouver les interventions dans l’espace public de
ces oligarques en faveur de leurs protégés ?
Il ne s’agissait dès lors plus seulement d’interroger depuis
quand donc M. Macron était devenu ami du couple le plus fortuné de France, ni comment l’on accèderait à ces individus,
contre quelle engeance obtiendrait-on leur estime – puisqu’il
n’y a, dixit Xavier Niel, et l’on commence à comprendre le sens
de sa phrase, nulle amitié en ces lieux – alors que l’on est censé
être un gentil gamin d’Amiens, venu perdu seul à Paris, fuyant
l’oppression familiale pour se construire son destin pour un
amour tant de fois magnifié ?
Et n’aurait-il pas fallu s’indigner, ou a fortiori s’excuser, d’avoir
parlé de ce gentilhomme de province qui, projeté sans le sous
dans Paris par le fait d’un amour brisé, s’était dévoué au bien
commun suite à de brillantes études avant d’être propulsé aux
plus hautes responsabilités de l’État, sans ne jamais s’être compromis, prêt à tout pour se sacrifier ? N’était-ce pas là l’histoire
que, de Paris Match à France Télévision, des journalistes par
centaines avaient raconté, dépensant des millions laborieusement fabriqués par la société pour mettre en scène documentaires, récits, enquêtes et portraits relayant non pas la réalité,
mais une fable fabriquée ? Avait-il en fait été en fait appuyé –
nous n’oserions dire fait – par quelques puissants en quête de
relais, à un moment où tous les candidats du système s’effondraient, et que leurs médias se seraient contentés d’appuyer ?
L’on entend déjà s’indigner tous les petits soldats du régime,
ces journalistes qui ne se contentent pas de placer leur indépendance au-delà de tout soupçon, mais accusent, face à qui
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leur présente des faits, de complotisme quiconque oserait
mettre en doute leur dépendance et la réalité de leur servilité ;
écrasant les dissidents qui oseraient les questionner ; tous
ceux-là qui, tout en clamant leur liberté, n’auront cessé de cacher pendant cette période ces faits, et qui, par leur récit avarié
de la campagne présidentielle, portent une immense responsabilité dans l’effondrement du régime auquel nous sommes entrain d’assister.
L’on entend les indigner, mais on ne peut, à ce stade, que les
mépriser.
*
Car même en les croyant, tout cela aurait en effet a minima et
d’évidence exigé de mobiliser d’immenses moyens d’enquête
pour, enfin, fermer le clapet à ces complotistes et autres ennemis de la démocratie qui, non contents de voir le mal partout,
croient qu’il y a en Paris un cloaque où les politiques se vendraient aux financiers, sous le regard absent des journalistes.
Que nenni. Un seul journaliste, en un seul ouvrage, tenterait de
faire ce travail à temps : L’Ambigu M. Macron de Marc Endeweld, alors journaliste d’investigation. Et cet ouvrage, alors que
personne ne comprenait rien à rien au phénomène Macron, ne
serait pas même chroniqué au Monde ou au Figaro. Un seul courageux, le même qui démissionnerait par la suite de Marianne
suite à son rachat par un oligarque tchèque, un certain Kretinsky, investissant par ailleurs dans Elle et Le Monde pour préparer son rachat d’un Engie que M. Macron s’apprêtait à privatiser, exactement comme M. Drahi avait racheté Libération sur
demande de M. Hollande – relayé par M. Macron – pour obtenir
son autorisation dans le rachat de SFR, avant de nommer son
ami et plume Laurent Joffrin à la tête de sa rédaction. Cela, ce
n’est pas nous qui le racontons. C’est l’homme de main de M.
Drahi, Bernard Mourad, intime de M. Macron, dans le Vanity
Fair de décembre 2018, sur lequel nous reviendrons. Le tout,
sans gêne ni questions6.
6 Ce fait est le seul que nous ajoutions dans cette version actualisée du texte d’octobre 2018, tant il nous
semble grossier.
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Non, rien de tout cela fut fait. L’on préféra au contraire s’indigner de qui dénonçait, croire alors comme on continua à le faire
après aux explications de M. Macron – sa prétention, contre
toute évidence, de ne pas avoir d’amis, et contre toute évidence
supplémentaire, d’avoir agi rationnellement en supprimant
l’ISF là où tous les experts et les études le contredisaient. L’on
préféra s’indigner contre celui qui tout cela tentait d’exposer,
alors pourtant que l’on découvrait dans le même temps que la
première fortune de France, M. Arnault, était bel et bien invitée
d’honneur par M. Macron au dîner d’Etat donné par Donald
Trump quelque temps plus tôt. Mais, enfin, après tout, cela relevait probablement du hasard, et encore : en quoi, si cela se
vérifiait, cela devrait intéresser le public ? Nous y revenions,
l’ordre trouvant toujours à justifier sa lâcheté pour ne pas
avancer. Notre président n’avait-il pas en somme eu pour seul
tort, pendant l’entretien du Trocadero, de s’être montré embarrassé d’un fait insignifiant, et d’avoir nié l’existence d’une amitié somme toutes naturelle ? Voilà l’argument suivant, pour
tous les soldats du système. Voilà où mène la compromission.
Car si M. Macron semble les avoir sélectives, ces amitiés, et
mettre en œuvre des politiques publiques particulièrement affines aux intérêts de ces amitiés, tout de même : ne serait-il pas
naturel, entre gens de talent, de s’apprécier et de se fréquenter ? Pourquoi soupçonnerait-on l’évidence, là où il serait si facile, face à un être qui nous ressemble tant, de croire aux
bonnes fées ?
N’y aurait-il pas facilité, et complotisme, à attribuer aux fréquentations des uns les choix politiques des autres, alors
qu’une législation puissante contrôle le financement de la vie
publique – oublions un temps les vingt millions de Bygmalion
et toutes les affaires qui récurrentes montrent l’insignifiance
de ce contrôle – et que nulle trace de compromission n’a été
identifiée ? Pourquoi interrogerait-on l’insistance délirante
avec laquelle cet être, outre l’ISF, défend le maintien du CICE,
qu’il a créé, et qui chaque année, coûte au moins vingt-milliards
à l’État, pour un effet que là encore tous considèrent insignifiant ?
28
*
Avançons cependant car nous n’y sommes pas tout à fait, et
vendons la mèche : tous ces éventrements indignes nous mènent à un point de synthétisation. Mais reprenons avant cela,
pas à pas, car l’on a perdu déjà le rapport avec Mimi, croit-on.
Ou, l’on penserait l’avoir perdu, dans ces entremêlements.
Rappelons donc qu’un ouvrage nous a permis de découvrir, en
septembre 2018, c’est-à-dire « seulement » un an et demi après
qu’une campagne présidentielle censément démocratique et
rendue transparente par une presse indépendante et féroce,
que Michèle Marchand, alias Mimi, femme de peu de bien, dégradante par tous aspects, étant passée par la prison et de plus
basses œuvres encore, à devenir de facto et dès 2014 conseillère en communication d’un inconnu qui deviendrait Président
par sa grâce, celle d’un obscure homme demain et d’un oligarque délinquant repenti, et qu’elle avait pour cela utilisé des
réseaux qui tiennent pour certains à des mafias et à des oligarchies dépendant des intérêts de l’Etat – rappelons que le
groupe Lagardère prend lui aussi source dans la commande
d’État – ; le tout pour, par un matraquage médiatique inédit,
faire découvrir et consacrer un individu, aux détriments des
autres candidats.
Que ce matraquage médiatique n’a été compensé, contredit,
par aucune enquête sérieuse, si ce n’est celle de M. Endeweld,
alors journaliste indépendant. Un journaliste.
Que ce matraquage s’est doublé, ou a nourri, par suivisme et
conformisme, des centaines d’articles élogieux, parfois prétendant seulement à une inatteignable objectivité, mais aussi de
documentaires et de mises en scènes diverses – on se rappellera notamment les meetings à moitié vides présentés comme
glorieux, ou les proses poussives présentées comme brillantes,
ou encore les propositions programmatiques inexistantes justifiées au nom du pragmatisme et de l’intégrité.
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Et l’on a appris que ce matraquage avait été le fait entre autres
d’un oligarque, Xavier Niel, lui aussi donc délinquant condamné, détenteur d’une septième fortune de France dépendant
de l’État et ayant pour cela bénéficié de l’appui établi d’un
homme politique ; oligarque qui a décidé, après avoir racheté
les plus importants médias du pays, de se mettre au service
d’un jeune premier pour l’aider à se faire connaître et consacrer.
L’on a ensuite découvert, par nos soins et non plus par ceux de
nos enquêteurs qui ont dû taire un certain nombre d’informations pour des raisons évoquées et d’autres qui seront à évoquer, que ce même Xavier Niel était le gendre de Bernard Arnault, première fortune de France, que ce même Bernard Arnault connaissait intimement Brigitte et Emmanuel Macron depuis une période indéterminée, que cela se savait, et que M. Arnault, outre les avantages fiscaux que M. Macron lui octroierait
par loi plutôt que par règlement – cela se serait trop rapidement vu – avait bénéficié pendant la même période des services de la même personne que lui et M. Niel pour façonner son
image auprès des Français. Et que donc la conseillère en communication de deux des plus puissants oligarques de France
était aussi celle du Président de la République, et l’avait servi
« gratuitement » sans que personne n’en sache jusqu’en septembre 2018 rien, le tout sans contrat écrit, en topant – le tout
alors que M. Macron faisait payer à des millions de Français des
politiques fiscales qui ne servaient que les premiers.
*
Le lecteur suspicieux demandera à cet instant : et alors ? Cela
n’était-il pas, à défaut d’être dit, compris ?
Tout d’abord, rappelons qu’il ne s’agit pas que de cela. Qu’outre
les menus cadeaux fiscaux, les constitutions de fortunes ne sont
pas aussi miraculeuses que l’on le croirait, et que leur lien avec
le politique, et leur capacité à l’influencer, est déterminante dès
lors que ces fortunes se comptent en milliards et non en millions.
30
Rappelons également que les constitutions de destins politiques en France, en cette si glorieuse démocratie que nous cessons de vanter, ne doivent peut-être pas tant qu’on le croyait
aux vertus et qualités intrinsèques des uns et des autres mais
bien à leur capacité à séduire et à servir ces mêmes oligarques,
dont on a vu qu’ils étaient capables de dépenser des centaines
de millions en des médias pour nous faire croire à leur désintéressement. Et que l’appui donné à la fortune des uns – appui
dont il est objectivement établi qu’Emmanuel Macron donne à
ses protecteurs, par l’adoption de toute une série de dispositions fiscales et réglementaires les intéressant directement et
n’ayant aucun bénéfice pour le bien commun – peut faire la destinée politique des autres. Quitte pour cela à passer par des
tiers peu recommandables.
Qu’en somme, les amitiés que M. Macron entretient avec Messieurs Arnault et Niel pourraient ne pas être aussi insignifiantes qu’on l’a prétendu, et que celles-ci ont peut-être été
masquées du grand public pour une raison. Rappelons en effet
les modalités de constitution de la fortune de Monsieur Arnault, devenu le plus riche d’entre nous : c’est bien grâce à une
scandaleuse opération effectuée aux dépens de l’Etat, effectuée
par la grâce d’une faveur politique que lui octroierait lors des
années quatre-vingt un certain Laurent Fabius, que M. Arnault
a pu construire son empire, devenir milliardaire, racheter des
médias par pelletés et, première fortune française, se lier
d’amitié avec des Présidents de la République décidés à alléger
son fardeau fiscal et lui permettre d’à ses enfants léguer une
puissance non dissimulée – Président qui n’hésitera pas, une
fois élus, à considérer que es tentatives de fraudes fiscales
n’étaient qu’optimisation, comme il n’hésitera pas à affirmer
qu’il y a de « bonnes raisons » à s’exiler fiscalement en Belgique.
*
C’est bien par son lien avec le politique, qui a généreusement
subventionné les entreprises qu’il prétendrait sauver pour un
prix insignifiant – au nom d’une politique sociale qu’il trahirait
31
– et des amitiés et autres connivences alors considérées inoffensives, que ce Monsieur Arnault est devenu ce qu’il est, au détriment d’un pays tout entier – puisque les biens qui fondèrent
sa fortune furent bradés par un pouvoir aux abois et en recherche d’appuis pour se maintenir en fonctions et contrer
l’inexorable retour de la droite à partir de 1983, c’est-à-dire à
partir du moment où ils décidèrent de trahir leurs promesses
de campagne pour se maintenir au pouvoir, et nécessitèrent
pour cela de puissants relais de communication.
Et l’on commence à comprendre comment tout cela peut nous
affecter, les uns couvrant les compromissions des autres en
échange de compromissions toujours plus marquées, au détriment de nos biens.
Le lien entre petite et grande corruption, entre petite et grande
politique – entre un CICE créé par un M. Macron encore secrétaire général de l’Elysée, dispositif ayant coûté à l’État plusieurs dizaines de milliards d’euros et dont le premier bénéficiaire serait le groupe Carrefour, on le retrouve encore là – et
le soutien exubérant que ces mêmes grandes entreprises lui octroieraient en retour – commence à se tisser.
Et nous comprenons qu’il y a dès lors là quelque chose qui
touche directement à l’intégrité de notre régime, et dans la
complaisance que les journalistes ont montré à l’égard de ces
puissants quelque chose qui commence à relever de l’ordre de
la criminalité.
Le principe d’une démocratie représentative est de consacrer
des intermédiaires chargés de représenter le peuple et la société – élus et journalistes au premier chef, chargés de s’assurer
que nos représentants n’utilisent pas le pouvoir au profit de
leurs propres intérêts. Si ces individus oublient les intérêts de
leurs mandants pour ne faire que se protéger – ou en sont écartés par des rachats successifs qui, de recrutement en recrutement, permettent d’en réduire l’utilité – alors c’est l’idée même
de démocratie qui ne peut que s’effondrer. Quel sens à une élection où l’on aurait à voter à l’aveugle, incapacités à connaître
quoi que ce soit des acteurs à qui l’on nous présenterait ?
32
*
Mais continuons notre procès, car nous n’en avons pas fini avec
nos révélations. De la même façon que l’on ne devient pas milliardaire sans raison, l’on ne devient pas président n’importe
comment. Cela est évident. L’exceptionnalité de la fonction qui
consiste à diriger un pays nous fait trop souvent penser qu’elle
serait le fruit de l’exceptionnalité de la personne qui s’en est
saisie. Or certains mécanismes de cooptation et de corruption
jouent bien plus fortement que les qualités que l’on croit intrinsèques et nécessaires à la direction des peuples. Et Xavier Niel,
qui a décidé – comme Bernard Arnault, que l’on rappelle à ce
stade être propriétaire, non seulement d’un grand groupe de
luxe et de toutes les entreprises adjacentes, capables de tuer un
média s’il s’y opposerait, mais aussi du Parisien et du seul quotidien d’information économique de notre pays, excusez du
peu, Les Echos, après avoir achevé La Tribune, son concurrent –
d’investir sa fortune dans les médias et pour alimenter ses réseaux, le sait bien. On ne fréquente pas Mimi Marchand sans
raison.
Bien entendu, l’être naïf pourrait le penser. Il faut alors à nouveau le rediriger vers l’ouvrage que nous citions, Mimi, et qui
révèle dans la suite de M. Endeweld que Xavier Niel, avant de
proposer aux « Macron » de coopérer avec Michèle Marchand,
avait offert à ces derniers d’utiliser ses « réseaux » pour tenter
de vérifier et d’éventuellement faire taire une information.
Nous parlons bien là oui du plus important détenteur de titres
de presse du pays. Celui-là même qui a mis la main sur Le
Monde et quelques autres journaux, tout en prétendant ne jamais intervenir dans leur contenu. Nous parlons bien là du futur Président et de la future première dame, Monsieur et Madame Macron, qui acceptèrent ce service, et par là-même, déjà,
acceptèrent de s’asservir à un tiers tout-puissant, lui devenant
redevable d’une potentielle réussite, se liant à jamais à sa capacité à ressortir l’information.
33
*
Pourquoi cela est-il si important ? Car cela nous permet de
comprendre comment opère Monsieur Niel, qui prétend ne jamais intervenir dans les contenus produits par ses journaux –
ce que ne prennent même pas la peine de faire M. Dassault, propriétaire lui du Figaro après le rachat par son père du groupe
de Robert Hersant, et dont on sait quels accords il tissa avec un
autre homme politique, M. Valls, pendant cette période et auparavant ; ni M. Lagardère, ni M. Arnault. Cela pourrait nous
sembler mieux, c’est en fait pire, car cela entretient une illusion
que les journalistes s’époumonent à défendre contre toute évidence, celle d’un libre-arbitre qui serait par tout cela préservé,
et dont il faut absolument se défaire, illusion sur laquelle Médiapart jouerait grandement, en publiant une vraie-fausse
grande enquête sur M. Niel qui ferait pschit, avant de s’en désintéresser à jamais ; illusion sur laquelle Le Monde tenterait de
jouer à son tour en publiant une grande enquête sur M. Kretinsky lors du rachat par ce dernier des parts d’un autre petit
oligarque, Mathieu Pigasse ; feignant de croire que c’était cela
que, par ces rachats, M. Niel et M. Kretinsky cherchaient à éviter ; aveugles à l’influence politique qu’ils cherchaient en fait à
acheter.
Cela est bien pire, car à quoi bon intervenir directement sur les
contenus, lorsque l’on peut s’appuyer sur des hommes et
femmes de main comme Michèle Marchand, invisibles jusqu’à
l’ouvrage de septembre 2018 ? A quoi bon, lorsque l’on sait
pouvoir intervenir indirectement dans la production de l’information par le truchement d’un homme de main, Louis Dreyfus,
qui s’est trouvé un temps à la fois directeur général du Monde,
de l’Obs et des Inrockuptibles, excusez du peu, en charge, en
tous ces journaux, du recrutement et du licenciement, des promotions et mises au placard de tous les journalistes des plus
prestigieuses rédactions de Paris, où tous les journalistes de
France rêvent d’être recrutés ?
Xavier Niel ne censure jamais un article. A quoi bon, lorsqu’il
est possible de le faire censurer – par les réseaux mafieux de
Michèle Marchand, par les pressions ou craintes de pression de
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M. Dreyfus, par l’autocensure de tous ceux qu’il a soigneusement, avec ses camarades oligarques, précarisés et pressurisés
? Pourquoi prendre le risque d’apparaître alors qu’il suffit de
donner instruction à tel ou tel de faire licencier et recruter les
journalistes qui auraient l’heur ou le malheur de lui plaire ou
de le déplaire ; de demander à Madame Marchand de faire retirer telle ou telle information sans que personne ne puisse deviner que c’était sur son instruction ; et, en jouant sur la précarité d’une profession veule et servile, maintenue aux abois par
sa lâcheté, mais surtout par l’accumulation de concentrations
capitalistiques, plans sociaux et pressions sur les salaires toujours plus accrus, de s’assurer que personne ne prendra le
risque de trop s’y intéresser ? A quoi bon, alors qu’il lui a suffi
d’acheter les plus importants des titres du pays pour se placer
en haut de la chaîne alimentaire et s’assurer qu’aucun ambitieux ne s’attaquera jamais à lui, là où en toute société saine, M.
Niel comme tout autre oligarque aurait été perçu au contraire
un trophée de guerre pour tout journaliste cherchant à se faire
un nom ?
A quoi bon, alors que le plus important est bien de pouvoir, de
déjeuner en déjeuner, suggérer à l’homme de main l’intérêt
qu’il aurait à porter à tel homme politique, suggestion qui se
verra colportée auprès du directeur de la rédaction, qui à son
tour, et ainsi de suite, comme cela arriva pour M. Macron,
charge à ce dernier d’ensuite récompenser comme il le faudra
son protecteur bien aimé ?
*
Tout cela, on prétend le découvrir, mais c’est une façon de parler. Car la toute-puissance à ses défauts, et si Xavier Niel, m’annonça en personne dès janvier 2014, alors qu’Emmanuel Macron n’était que secrétaire général adjoint de l’Elysée et inconnu du grand public, qu’il deviendrait Président de la République, alors on peut imaginer que je ne fus pas le seul à être
mis au courant.
Pourtant, encore aujourd’hui, à ces cruciaux sujets, personne
ne s’est véritablement intéressé, se contentant de relever liens
de corruption ou de dénoncer stratégies fiscales erronnées là
35
où le fondement même de notre système démocratique a été
atteint. Personne ne semble se troubler que l’on continue à dire
que M. Niel, la famille Arnault et les Macron se seraient rencontrés pour la première fois six mois après que M. Niel m’ait indiqué que son ami Emmanuel Macron deviendrait président de
la République, lors d’un dîner à New York ou Los Angeles, information que tous, sans ne l’avoir jamais vérifiée, ne cessent
de relayer comme pour mieux, tout cela, étouffer.
Personne ne cherche, sur tout cela, à véritablement enquêter.
*
Vous saturez ? Et pourtant, cela n’est pas tout ! Et ce n’est
même que le début. Car le beau-père putatif de Xavier Niel, Bernard Arnault, qui s’est permis le luxe de recruter le tout puissant ancien directeur des services secrets du pays, Bernard
Squarcini, au sein de LVMH pour en faire son « monsieur sécurité » – ce même M. Squarcini qui continue d’appeler ses anciens subordonnés pour leur demander des informations sur
telle ou telle personne, et qui pour cela s’apprête à être condamné –, Bernard Arnault donc, a mis au service du Macron
candidat son appareil de sécurité pour compléter la protection
que lui offrait médiatiquement, via son gendre Xavier Niel, Michèle Marchand. Cela est certes plus intéressant que de savoir
que LVMH habille Brigitte Macron – de bonne grâce – mais
étrangement, c’est la seconde information et non seulement la
première qui ne cesse d’être racontée – sans que personne ne
trouve à s’indigner.
Et pourquoi l’un et l’autre ont-ils eu lieu, et pourquoi notre première dame s’est-elle muée en enseigne publicitaire mouvante
de LVMH et de LVMH exclusivement, abusant en cela de ses
fonctions, créant un conflit d’intérêt évident ? Et bien il va nous
falloir le révéler, ou plutôt le relier à cette donnée : car M. Arnault connaissait en fait Brigitte Macron bien avant Xavier Niel,
qu’il a en fait présenté M. Macron à Xavier Niel, par la grâce de
Brigitte Macron qui s’était faite la professeure de ses enfants au
sein du très sélectif et fermé lycée privé Franklin, temple de
l’oligarchie où se forment les héritiers de l’élite du pays et que
Madame Macron choisi très opportunément lors de son arrivée
36
à Paris ; et que c’est donc en fait bien Bernard Arnault, et non
l’insignifiant Pascal Houzelot, comme le prétend l’ouvrage
Mimi – qui a fait se rencontrer Xavier Niel et Emmanuel Macron
en premier. Et l’on comprend donc que non contents de cacher
des informations, nos joyeux impétrants du landerneau médiatique s’amusent à en relayer des fausses pour cacher les réseaux, compromissions et conflits d’intérêt qu’ils prétendent
exposer et contrôler.
Voilà donc que l’on découvre que la désintéressée et généreuse
Brigitte Macron, admirée par tous les Français depuis que la
trafiquante de drogue Mimi Marchand a par deux oligarques
été chargée de le faire, Brigitte Macron donc, égérie du bien
commun, enseignait non pas en un lycée public, non pas en un
lycée difficile, mais dans l’un des lycées les plus cossus de Paris,
où elle profitait de son poste pour se lier avec la principale fortune de France et la présenter à son ambitieux mari – que l’on
disait alors désargenté et éploré – pour s’assurer que ce dernier se verrait mettre le pied à l’étrier et s’en trouverait aisément propulsé.
Là, l’on commence véritablement à avoir le tournis. Le jeune
homme au regard tranchant, blanche colombe prête à se sacrifier pour la France, venue du rien pour prendre le tout, avait,
avant même d’être ministre ou secrétaire général adjoint de
l’Elysée, comme soutien et ami non seulement l’oligarque Xavier Niel, mais aussi la première puissance financière de
France, en plus de la banque Rothschild et de ses réseaux, qu’il
obtiendrait en trahissant l’inspection générale des finances –
elle-même richement dotée en réseaux tant les trahisons du
corps avaient fini par en faire une passoire et une source de
compromissions récurrentes pour l’État plutôt qu’un organe de
contrôle de ce dernier –, en plus de la bourgeoisie amiénoise,
en plus de ceux de Jean-Pierre Jouyet que l’on s’apprête à exposer, et ce alors même qu’il n’était organiquement, publiquement « rien ». Et l’on rappelle que la presse détenue par ces individus le présenteraient, des années plus tard, par hasard et en
toute indépendance journalistique, comme venant du néant,
pur produit du génie et du mérite, surdoué doté de qualités et
37
d’une aura mystique capable d’ensorceler la plèbe par ses
seules intelligences et talent. Et qu’aucun journaliste, jusqu’à
aujourd’hui, ne dénoncerait sérieusement l’opération de communication qui leur avait été imposée.
*
Car donc non seulement le découvre-t-on, mais aussi que cette
information nous a été masquée, parfaitement masquée, pendant près de dix ans, au profit d’un récit parfaitement contrôlé
que personne n’aura interrogé, récit à travers lequel cet
homme pourtant déjà millionnaire, devenu millionnaire avant
trente ans grâce à la vente des réseaux que lui avait offert la
République pour défendre le bien commun à une banque privée, apparaissait comme le parangon du démocrate libéral et
républicain.
Difficile de ne pas en tirer l’interrogation suivante, tant les faits
deviennent accablants : cet homme dont tout le parcours exhale le service du soi n’aurait-il en fait été qu’un pantin au service de ceux dont il a appliqué, à la lettre, le programme, utilisant ses titres et qualités inventées– on le prétendrait même,
faute de talents sur lesquels s’appuyer, philosophe reconnu 7 et
pianiste de renom ! – pour recouvrir cette opération bien huilée ?
L’on commence en tous cas à comprendre les raisons de ce décalage étonnant entre notre ressenti – nous qui avons accumulé
les mêmes titres et suivi, grosso modo, le même parcours, et
qui dès lors ne pouvions être impressionné par la surface à laquelle la majorité continue encore à attribuer de la valeur, intimidée par tous les dispositifs symboliques mis en place par les
oligarques dont nous parlons, mais aussi par la collectivité,
nous en somme qui n’existons et n’avons de légitimité qu’en ce
que nous avons été institués pour contrôler les utilisations indignes de ces titres et fonctions, éviter que des êtres viennent
trahir tout cela pour se servir ou servir leurs intérêts – face à
un individu à l’apparence d’insignifiance telle qu’elle interrogeait sur sa capacité quelconque à l’incarnation, la médiocrité
7 Philosophe « parfait », puisque n’ayant jamais rien publié, et ne pouvant dès lors, à ce titre, être jugé.
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creuse de ses discours, la facticité des structures qui l’appuyaient – rappelons-nous de ces « adhérents » qui n’étaient
que des souscripteurs à des envois de mails –, l’absence de programme et d’un bilan que l’on tenterait pourtant tant bien que
mal de nous présenter comme révolutionnaire, emplis d’enthousiasme face à la création de lignes de bus polluants ; et la
popularité qui soudain pourtant l’enserra. L’on commence à
comprendre oui, que quelque chose s’est joué là, et que oui,
tous les vecteurs qui, en une société saine, servent à contrôler
les intrigants et à s’assurer de la défense des intérêts de la société, avaient été infiltrés et subvertis jusqu’à éclater.
*
Et l’on commence à s’indigner. Car tout cela, on ne le découvre
que plus d’un an après l’élection présidentielle, et encore, ne
l’apprend-on que partiellement, et peut-être ne l’aurions-nous
jamais appris, et encore, nous nous trouvons à devoir mettre
tout cela, nous-mêmes en récit, et pourquoi se retrouve-t-on à
devoir faire cela ? Parce que l’un des journalistes ayant commis
la meilleure enquête du moment sur Macron, Mimi qui, rappelons-le, ne contient quelques pages sur ce dernier, était employé par ledit Bernard Arnault et ne pouvait révéler qu’une
partie des informations que nous exposons, comme il ne le pût
en ce qui concernait l’autre intéressé, un certain Lagardère, Arnaud. Que les quelques rares autres qui auront entre temps
leur indépendance au-dessus de tout enjeu de carrière se seront vus entre temps écrasés. Et que les puissants de la profession, comme Madame Bacqué, qui n’avaient rien à craindre, auront préféré pendant des mois et des années se taire, trop occupés à aduler ce personnage de roman auquel elles avaient depuis des années accès, et qu’implicitement elles soutiendraient.
Là, il est peut-être temps d’inciter tout le monde à trembler.
Car si le mirage s’efface, cela arrive alors que cette coterie, cette
petite bande se faisant la courte échelle par toute une série de
services et de dispositifs dont on ne pourrait détailler l’ampleur ici tant elle est immense, et dont les conséquences se traduisent en dispositifs législatifs et réglementaires impactant
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l’ensemble du pays, nominations et instructions aux procureurs, liens si intimes qu’ils provoquent mariages et séparations, tout cela dans le seul objectif de servir et de se servir, ont
déjà accumulé un tel pouvoir que, même en les exposant, les
détrôner de façon démocratique apparaîtrait en l’état impossible. Que même en faisant partir de M. Macron, nous apparaitrait restant un tel appareil de pouvoir qu’il ne pourrait appeler
qu’à la révolution.
*
L’on tremble, car le simple fait de faire connaître cette information, de faire voir les connivences qui ont permis la constitution
de l’un des pouvoirs les plus rapaces de l’histoire de la Ve République apparaît impossible à mener. Comment faire savoir
aux populations que l’on leur vole des milliards chaque année
du fait de compromissions diverses qui les ont amenés à être
parfaitement trompés ? De « liens d’amitié », qui utilisent la République pour se servir, se promouvoir et faire la courteéchelle aux siens, plutôt que les protéger ?
Où le faire, comment le faire savoir ? Quel média pourrait l’accueillir ? Libération, L’Express ou BFM TV ? C’est-à-dire les médias détenus par Patrick Drahi, dont l’empire a été consolidé
avec l’aide d’Emmanuel Macron, Drahi qui l’a remercié en mettant à sa disposition sa main droite et directeur de facto de ses
médias, Bernard Mourad8, pendant la campagne présidentielle,
après que ce Bernard Mourad ait, en toute discrétion, sur ordre
de M. Drahi, « suggéré » des Unes au sujet de M. Macron, lors
des comités de rédaction auxquels, contre toute logique, il participait ? A l’Obs, au Monde, à Télérama, à Mediapart, dans la dizaine d’autres médias où Xavier Niel a investi ? Au Figaro, chez
Olivier Dassault, où il faudrait espérer qu’un journaliste trouve
le courage d’attaquer les collusions entre médias et milliardaires ?
8 Nommé par la suite et de ce fait patron de Bank of America France, qui se verrait miraculeusement
attribuer par le pouvoir la gestion de la privatisation des Aéroports de Paris. Il avait été nommé, avant sa
mise à disposition auprès d’Emmanuel Macron, directeur du pôle presse du groupe de Patrick Drahi, et
donc de facto dirigeant de l’Express et de Libération, racheté par Patrick Drahi sur suggestion de François
Hollande, présenté à ce dernier par Emmanuel Macron via Bernard Mourad, afin d’obtenir la « neutralité
bienveillante » de l’État dans son rachat de SFR.
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Rions jaune, et pensons plutôt aux télés ou radios publiques,
dont les directeurs sont nommés – indirectement certes, en ces
affaires, tout reste toujours affaire de pudeur – par le pouvoir
politique, et dont nous venons de montrer comment l’un des
piliers de l’information compromettait toute éthique journalistique pour servir son ami président et se venger de sa Présidente – où jamais la plus brillante de ses investigatrices, Elise
Lucet, ne s’est attaquée à ces sujets. Au Parisien ou aux Echos,
chez Bernard Arnault, à Vanity Fair, qui publie des articles de
commande et qui coulerait immédiatement si ce dernier cessait
de le financer ? A Canal + ou chez C8, chez Vincent Bolloré à qui
Macron confia part de sa communication alors qu’il était ministre de l’économie via Havas – avant qu’Hanouna, pilier capitalistique du groupe, n’en devint le meilleur relais, l’invitant régulièrement à communiquer par téléphone ? A TF1 ou TMC,
chez Martin Bouygues, là encore compromis jusqu’aux ongles
et dépendant de la commande d’État ? Au JDD ? Là où Gattegno
a montré toute sa capacité à servir ceux qui plaisaient à son
propriétaire, un certain… Arnaud Lagardère !
L’on tremble parce que soudain, l’on commence à se sentir
étrangement seul et bizarrement encerclé. Ce qui apparaissait
comme un paysage pluraliste, empli de journalistes courageux
et indépendants, ou du moins suffisamment nombreux pour se
faire concurrence et éviter la compromission, n’apparaît plus,
lorsque l’on tente d’y avancer, que comme un putride espace
où la peur et l’incertitude, l’asymétrie règnent pour écraser
toute diction de l’information qui pourrait gêner, se contentant
de sortir ici ou là des bribes qui empêchent de comprendre le
système étouffant dans lequel ils se trouvent encadrés. Car en
tous ces lieux, l’on peut faire fuiter part de la vérité. Ainsi le rival de Arnault, M. Pinault, a-t-il fait publier au Point les bonnes
feuilles de l’ouvrage étrillant son protégé. Mais en aucun de ces
lieux peut-on véritablement exposer les compromissions auxquels tous, d’une façon ou d’une autre, ne cessent de se livrer.
Ainsi même au Monde, où Ariane Chemin peut se permettre le
luxe de révéler l’affaire Benalla, finit-on par nommer Virginie
41
Malingre à la couverture de l’Elysée, celle-là même qui avait été
nommée par Louis Dreyfus à la direction du service économie
sur instruction de Xavier Niel, pour s’assurer que celui-ci
s’épuiserait sans ne jamais rien révéler.
L’on nous dira que l’on exagère. Il y a bien des radios. Puisque
le service public a les problèmes que l’on sait, peut-être Europe
1 ? Lagardère, encore ! RMC ? Alain Weil, c’est-à-dire, depuis
quelques années Patrick Drahi, Alain Weil qui est par ailleurs
comme l’on le montrera, via sa sœur, intime de la macronie.
RTL, qui appartient à M6, l’un des principaux partenaires de
Mediawan, le fond d’investissement dans l’audiovisuel de Xavier Niel ? Bon. Disons que l’un l’accepterait, suite à un contact
qu’il faudrait encore établir. Mais qui alors en parlerait ?
Après avoir parcouru en pensées l’ensemble de l’espace médiatique français, s’être arraché les cheveux, l’on pense à des éditeurs. Fayard ? Mais Fayard a été racheté par Hachette, c’est-àdire par Arnaud Lagardère, dirigé par ce même Ramzy Khiroun
qui est intervenu pour protéger Mimi Marchand à Paris Match,
et dont la numéro 2 est la femme du « grand ami » du Président,
le fameux Bernard Mourad ! Grasset ? Sous les apparences de
différences, le même propriétaire, la même hiérarchie, et l’on
comprend maintenant pourquoi l’ouvrage attribuait à Marchand ce que M. Khiroun faisait. Gallimard ? Ils viennent de censurer Annie Lebrun, auteur historique de la maison, parce
qu’elle critiquait LVMH dans son dernier ouvrage sur la mode.
Tout lien avec la prise de participation récente de la société de
Bernard Arnault au capital de la maison n’y serait pour rien.
L’on pourrait penser que de tout temps, mais non, longtemps,
la maison a été indépendante, comme l’ont été nombre des médias dont il est sujet ! Flammarion ? Racheté par Gallimard il y
a quelques années ! Actes Sud, chez Françoise Nyssen ? Rions,
jaune toujours, d’un rire toujours moins riant. Mais il y a bien
encore moult d’éditeurs indépendants. Certes, certes. Mais
avec quels distributeurs, et quels moyens de diffusion ? Ceuxlà même qui sous la coupe des premiers… ?
Le Point alors. Mais Le Point est propriété d’Artemis, la holding
de François Henri-Pinault ! Et alors nous répondrait-on ? N’est-
42
il pas l’ennemi de Bernard Arnault ? Rions, et laissons quelques
lignes plus loin expliquer pourquoi, là encore… La solitude devient angoissante.
Et encore. Disons que l’on y arriverait, quitte à risquer de ne
plus nulle part être reçu ou invité. Car qui, de tous ces médias,
trouverait courage à relayer ? Et qui prendrait le risque juridique de tout cela supporter ? N’a-t-on pas vu que cet ouvrage,
qui pourtant en préservait tant, Mimi, a manqué ici et là d’être
exposé ?
*
Cessons de penser à tout cela pour l’instant, et continuons. Car
l’on a découvert entre temps que ces affaires ne s’en tenaient
pas là, et qu’Alexandre Benalla était le point d’entrée officieux
de Michèle Marchand à l’Elysée. Ce même Alexandre Benalla
qui, introduit dans la macronie par un apparatchik LR défroqué, un certain Sebastien Lecornu, en sus de frapper des citoyens pendant son temps libre, avait tenté de monter une
garde prétorienne à l’Elysée, c’est-à-dire de recruter des personnes déliées de toute hiérarchie policière et militaire – tour
de passe-passe autorisé par l’existence d’une réserve citoyenne
dont on aurait détourné les effectifs pour les attribuer à l’Elysée – pour « défendre » Emmanuel Macron et s’assurer la supervision des services secrets. L’on nous dira, halte-là ! Vous
passez du coq à l’âne. Attendez et vous verrez. S’appuyant sur
la réserve de la gendarmerie, Alexandre Benalla avait en effet
ordre de faire rentrer des civils au sein du service de sécurité
de l’Elysée, qui auraient eu la tutelle des gendarmes et policiers
mobilisés en cette maison d’où émanent les ordres qui font et
défont les carrières de tous les fonctionnaires du pays. La chose
est effarante : par un stage de quelques semaines, il aurait été
possible d’intégrer au cœur de l’Etat le plus crapuleux des
êtres, sans contrôle hiérarchique autre que politique, pour le
mettre au service d’un seul homme, et lui donner une autorité
hiérarchique de facto sur les forces de l’ordre républicaines de
ce pays. Répétons-le : avant que M. Benalla, courroie de transmission de Madame Marchand à l’Elysée, chargé par exemple
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de transmettre à M. Emelien les vidéos du 1er mai pour qu’à son
tour il les fasse diffuser médiatiquement, décide de frapper et
d’arrêter des citoyens dans la rue pour alimenter un climat de
peur et de violence dans le pays – cela, cela a manqué à être dit
– M. Macron cherchait à se donner la possibilité de faire rentrer
quiconque au sein de sa propre police, et de la mettre en position de subordonner l’ensemble des services de sécurité du
pays. Pourquoi l’aurait-il fait ? Seuls ceux qui ont ri à nos
étranges parallèles énoncés plus tôt manqueront de comprendre pourquoi l’un amène à l’autre, en dehors de toute proportion.
Et c’est là où nous touchons à l’autre vecteur de la présidence
d’Emmanuel Macron. Celui qui lui a permis non pas seulement
de prendre le pouvoir, mais de le consolider. Et qui nous y
mène ? Un certain Ludovic Chaker, acolyte invisible
d’Alexandre Benalla qui en a organisé le recrutement, premier
secrétaire général d’En Marche, depuis sis au cœur du dispositif
antiterroriste de l’Élysée, et qui avait pour mission de mener le
même projet que son collègue auprès des forces armées.
Or Ludovic Chaker, civil qui s’est trouvé propulsé au cœur du
secret d’État, habilité à en connaître tous les détails, et dès lors
ayant à connaître et faire connaître tout ce qu’il y a à dire sur
quiconque pourrait menacer les intérêts de M. Macron, à travers une certaine Mimi Marchand, n’est pas n’importe qui. Il est
le pendant militaire d’Ismaël Emelien, plus proche conseiller
d’Emmanuel Macron qu’il a rencontré sur les bancs de
SciencesPo, et à qui à l’Elysée était chargé de transmettre l’ensemble des renseignements pouvant l’intéresser pour ensuite
ordonner les basses-œuvres qu’il pourrait nécessiter en les faisant diffuser par la presse de façon suffisamment discrète pour
qu’Ismaël Emelien ne se trouve jamais impliqué, faisant tout
cela sans avoir à répondre à une quelconque hiérarchie militaire comme c’est normalement le cas au sein de l’État-major
particulier.
M. Chaker n’est pas un homme d’Etat, pas même un fonctionnaire, et n’apparaissait sur nul organigramme jusqu’à ce que
l’affaire Benalla l’expose aux yeux de tous, et cela avait une
44
seule et unique raison : protéger M. Emelien. Ayant seulement
servi la DGSE quelques années avant d’en être évincé, il ne s’est
retrouvé là que par la grâce et dès lors pour le service de son
maître. Mais la façon par laquelle il y est arrivé dit plus encore
que les cartes qu’il a tenté d’y jouer.
Car sa promotion auprès d’Emmanuel Macron, et c’est là ce qui
nous intéresse, pendant la campagne présidentielle puis à l’Élysée, révèle bien des faits concernant l’intrication profonde de
l’alors candidat avec un autre pan de l’oligarchie du pays. Elle
montre à la fois l’étendue des influences qui s’appliquent à la
Présidence Macron, l’endogamie de notre élite, mais aussi la
pauvreté d’un système de cooptation qui au sein de ce pouvoir
permet, par faits de népotismes et de services rendus, de maintenir des privilèges qui protègent quelques-uns.
Elle révèle enfin à quel point la presse s’est là encore volontairement aveuglée, glorifiant celui qui pourtant n’était que le
fruit d’une conjonction d’intérêts.
*
Il ne suffit pas de s’entourer de puissants qui vous coopteront
et qui ensuite vous propulseront : il faut aussi savoir s’entourer
d’une armée de fidèles, suffisamment fidèles pour se taire, mais
aussi silencieuse et capable de mettre en branle les projets de
ces puissants ; chargée de garantir la fidélité de l’appareil étatique ainsi, par le viol, conquis. Suffisamment aveugles et intéressés pour nourrir la machine de pouvoir sans ne jamais trahir
ni dénoncer – c’est ce qui explique la multiplication des
marques d’affection que M. Macron a donné suite à son départ
à M. Benalla –, suffisamment bien rémunérés et protégés pour
n’a aucun moment ne s’interroger sur les fondements de la politique appliquée, et des spoliations ainsi menées.
Or M. Macron, qui était singulièrement jeune et ne s’était fait
maître d’aucun parcours en propre lui permettant d’avoir
construit et de pouvoir revendiquer de telles fidélités – c’est ce
qui expliquera par ailleurs son appel à des baronnies empruntées, dont M. Collomb fut la plus importante – a dû constituer
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artificiellement ce vivier, ce qui l’a amené à quelques erreurs,
comme le recrutement de M. Benalla par M. Chaker. Propulsé,
il a dès lors dû puiser en un cet autre pan de l’oligarchie qui
avait elle aussi à défendre ses intérêts, n’avait pas les moyens
ni les relais des oligarques que nous avons mené, mais cherchait à s’y lier, et bénéficiait d’une inscription au sein de la technostructure qui servirait idéalement M. Macron.
Ludovic Chaker a été le relais invisible d’un dispositif couronné
par un certain Jean-Pierre Jouyet. Repéré et recruté par Richard Descoings à SciencesPo, institution publique, au sein
d’un dispositif de pouvoir partiellement décrit par Raphaëlle
Bacqué dans son ouvrage Richie, lui aussi publié chez Grasset,
il y fut propulsé responsable de l’Asie, et y rencontrerait une
certaine Brigitte Taittinger-Jouyet, héritière de l’une des plus
importantes familles industrielles de France, recrutée à
SciencesPo pour, de dîner mondain en événement hippique
dans le petit Paris, alimenter en levées de fond les caisses de
SciencesPo, tandis que son mari, Jean-Pierre Jouyet, puissant
directeur du trésor devenu le très puissant directeur de l’Inspection des Finances, puis le tout puissant secrétaire général
de l’Elysée, mobilisait ses réseaux pour soutenir Emmanuel
Macron, parfois à la limite de la légalité.
M. Jouyet a rencontré M. Macron suite à sa sortie de l’ENA, qui
l’a vu affecter au même « corps » d’origine que celui de M.
Jouyet, qu’il se trouvait par ailleurs diriger. Intrigué par un
jeune homme déjà soutenu par des êtres plus puissants que lui,
montrant une ambition sans fards, M. Jouyet se décide à lui offrir l’intérim de la toute-puissante Inspection des finances,
alors que lui-même, qui se disait pourtant socialiste jusqu’alors
et le meilleur ami de François Hollande – qui lui avait lui-même
cédé sa place à l’inspection des finances pour qu’il pût par la
suite lui faire la courte-échelle et qu’il retrouverait peu après –
était nommé secrétaire d’État aux affaires européennes auprès
de Nicolas Sarkozy. Cela a peut-être été dit, mais si Emmanuel
Macron s’est vu offrir pendant cette période d’entrer au cabinet
du premier ministre d’alors François Fillon, c’est par le truchement de la même personne – Jean-Pierre Jouyet – qui le ferait
46
rentrer à l’Élysée sous François Hollande. Ainsi vont les choses
dans le petit Paris, sans égard pour les « distinctions partisanes » que le peuple tenterait de mettre en œuvre, et qui sont
peu de chose lorsqu’il s’agit de s’entraider et d’avancer entre
amis. L’on commence à comprendre d’où est né l’« en même
temps » de Macron, et l’entourloupe qui a une population enguirlandée, fut présenté comme signe de progressisme et de
modernité là où elle n’était qu’expression de corruption et endogamnie.
Mais nous nous précipitons, et à l’heure dont nous parlons, M.
Jouyet se contente de présenter M. Macron à sa femme et à l’intelligentsia de SciencesPo, dont M. Descoings est, SciencesPo
où M. Macron se voit proposer d’enseigner un vague cours de
culture générale. M. Jouyet donc, tenant d’une idéologie libérale faisant les affaires de sa famille d’adoption, outre l’introduction en les dîners en ville donnés par sa femme, donne rapidement au jeune intrigant la possibilité de placer et répartir
ses camarades de cordée à l’IGF, violant pour cela la coutume –
seul le major, que Macron n’était pas, a normalement droit à ce
privilège – avant de le faire nommer à Bercy après l’avoir introduit à l’Élysée via Jacques Attali.
Jacques Attali dont Emmanuel Macron avait été nommé le rapporteur de la mission éponyme par la grâce de ce même M.
Jouyet, ce qui lui permettra d’être introduit auprès du gotha
économique et financier du pays et de se faire recruter chez
Rothschild, d’y faire fortune en mobilisant les contacts que la
commission Attali venait de lui donner, et de légitimer cette
même intronisation politique que Jouyet autorisera peu après
– le tout tandis que M. Hermand finançait sa vie privée.
M. Jouyet donc, dont la femme, Brigitte, outre ses excellents talents d’entremetteuse, exerce à SciencesPo à quelques pas
d’une certaine Edith Chabre, recrutée et nommée directrice de
l’école de droit par Richard Descoings, et dont il se trouve probablement par hasard là aussi qu’elle est à la ville la femme
d’Edouard Philippe, alors maire du Havre qui, sans que l’on
comprît s’il rendait par là service à Richard Descoings et sa
femme Nadia Marik qui avaient recruté sa femme à lui Edith
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Chabre ou l’inverse, finançait la création d’une antenne de
SciencesPo dans sa ville et inaugurait plus tard une stèle en
hommage à Richard Descoings, en présence de Nadia Marik,
devenue entre-temps veuve de celui qui avait été à la ville
l’amant de Guillaume Pepy, patron de la SNCF, devenu via
l’amour de sa vie Richard Descoings très proche de Jean-Pierre
Jouyet, et par cela intronisateur dans le grand monde de Laurent Bigorgne, propulsé président de l’Institut Montaigne après
avoir été considéré comme le successeur de Richard Descoings
– dont la femme déposerait les premiers statuts d’En Marche à
la Prefecture, En Marche, domicilié chez eux, Laurent Bigorgne,
chargé de rallier le CAC40 à la Macronie et de mettre au service
de M. Macron l’Institut Montaigne, théoriquement neutre – ce
qu’il ferait brillamment – par ailleurs vice-président de l’association Teach For France créée par la sœur d’Alain Weil et récupérée par Nadia Marik, au comité d’administration duquel
siégeaient notamment Maurice Levy, PDG de Publicis, Emmanuelle Wargon et Patricia Barbizet, PDG de Artemis – la holding
de François-Henri Pinault, l’on commence à comprendre pourquoi Le Point aurait été là aussi réticent à nous publier, et
quelques autres ; Laurent Bigorgne donc, homme de droite intronisé par Richard Descoings dans le gotha, ex-futur successeur de Richard Descoings jusqu’à ce que son décès force à la
nomination de Frédéric Mion pour cacher la poussière, ayant
amené à Teach for France – qui propulserait Jean-Michel Blanquer auprès d’Emmanuel Macron – Maurice Levy, PDG de Publicis et présenté comme un conseiller d’Emmanuel Macron
pendant sa période ministérielle9 ; Patricia Barbizet, femme la
plus puissante de France et proche amie de Brigitte TaitingerJouyet, et donc Emmanuelle Wargon, depuis nommée secrétaire d’Etat d’Edouard Philippe après avoir été lobbyiste chez
Danone, comme ce dernier le serait chez Areva, après avoir été
présentée par Nadia Marik à Edith Chabre, et à Edouard Philippe par Edith Chabre. Edouard Philippe donc, proche des
Jouyet dont on ne sait si la femme fut recrutée pour rendre ser-
9 https://www.challenges.fr/challenges-soir/comment-macron-a-tres-habilement-sature-l-espacemediatique_414866
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vice à son mari ou pour rendre service à ses recruteurs, présenté à Emmanuel Macron par Jean-Pierre Jouyet via leurs
femmes respectives, devenu Premier ministre de ce fait alors
qu’il était la veille encore lui aussi inconnu du grand public,
mais dont on tenterait pendant des mois, par suivisme plutôt
que par complot, lourdement, de vanter les talents pour justifier a posteriori ce que personne ne comprenait, jusqu’à ce que
la farce s’épuise face aux gilets jaunes, tandis que l’on nommait
Jean-Pierre Jouyet en l’une des plus prestigieuses ambassades
de France, à Londres, pour le remercier et l’écarter. Et pour
couronner le tout, pour relier tout ce beau monde, SciencesPo
donc, utilisé pour financer et mettre en œuvre un système népotique n’ayant rien à envier aux oligarchies financières auprès
de qui M. Macron se mettrait à leur service, mais aussi son excroissance, Teach For France donc, employant Catherine Grenier-Weil, sœur d’Alain Weil, patron de BFM TV et de RMC, affidé à Patrick Drahi et devenu proche là encore d’un certain Emmanuel Macron ; Teach For France dont l’existence a été autorisée au ministère de l’Éducation par un certain Jean-Michel
Blanquer, ancien serviteur de Sarkozy qu’Edouard Philippe
nommerait ministre de l’éducation.
Edouard Philippe a-t-il donc pour la première fois été introduit
à M. Macron dans l’entre-deux tours, comme cela nous a été si
heureusement raconté, et a-t-il été propulsé Premier Ministre
du fait de ses mérites et de son poids politique, ou plutôt de son
entregent et sa capacité à servir et se laisser servir, sa participation à cette pauvre et avariée endogamie, comme il le fit,
grassement payé, lorsqu’il passa chez Areva alors qu’il était
déjà conseiller d’Etat pour mettre au service de l’entreprise ses
réseaux d’élu, au moment où la dite entreprise plongeait dans
le scandale de corruption et de rétrocommissions Uramin, qui
fit disparaître près de 3 000 emplois et 1,8 milliards d’euros
des caisses de l’État en des destinations inconnues ? Rions.
En ces espaces où l’on vogue de la gauche à la droite en passant
par le centre, indifférents aux suffrages et satisfaits seulement
d’une apparence d’adhésion aux clivages qui traversent la société pour mieux la diriger – pour peu que l’on puisse continuer
49
à servir ses intérêts, s’est constitué ce qu’il apparaît légitime de
décrire comme une véritable « clique » qui a fourni M. Macron
en troupes fidèles afin d’armer un pouvoir que d’autres avaient
propulsé et financé. Après tout, l’on se connaît et sait s’apprécier, défend les mêmes perspectives puisqu’elles n’ont qu’une
utilité : servir l’ordre économique qui à un moment ou un autre
saura nous appuyer. Macron intervient en ces lieux comme le
défenseur idéal de ce modèle, ce qui explique la machinerie qui
se mit en branle pour susciter l’adhésion de l’État et milles invisibles relais qui l’appuieraient sans mot dire : voilà un être
qu’il s’agissait d’exploiter pour se placer et prolonger ces jeux
qui menaçaient de s’effondrer.
En ces espaces où l’on appartient aux mêmes corps – l’expression en soit dit tant – où l’on est tant habitués au secret que l’on
peut faire tout cela sans que personne ne puisse venir nous titiller ; les salaires, assurés par l’Etat directement ou par le pillage de l’Etat, c’est-à-dire via les pantouflages, sont confortables et constants, permettent de protéger en cas d’échec aux
élections, se montent à six ou sept chiffres, se voient complétés
par la nomination du conjoint quand l’autre doit attendre et
stagner, les allers-retours entre public et privé contre quelques
menues compromissions dont on espère qu’on ne saura rien
sont normalisés, et assurent à tout instant un confort dénué de
contenu et d’engagement, la protection d’une position privilégiée. Jean-Pierre Jouyet, maître de toutes ces compromissions,
a tenu l’édifice jusqu’à l’offrir à M. Macron.
En ces espaces, on se fait confiance, habitués au secret des alcôves, car l’on sait que la trahison de l’un exposerait la compromission de l’autre, et par ricochets, provoquerait la chute entière. L’on oublie tout des principes démocratiques et même de
l’idée de politique, perçue comme un simple outil pour reproduire le même, les héritages et les positions – c’est ce qui explique l’atroce impression de délavé que tous ne font que nous
renvoyer. L’on se tient et se regarde en somme, se coopte de
façon à s’assurer de la préservation d’un monopole sur le bien
commun que l’on s’empêche de penser. Comment, de toute façon, trouverait-on le temps de penser ? Et c’est ainsi que pas à
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pas, l’on se laisse évider. Et que l’État et le bien commun, l’idée
de politique, ne cesse de s’effondrer. Car l’on se retrouve à
nommer un premier ministre du fait de confiances avariées.
*
Où tout cela nous mène-t-il ? A Ludovic Chaker donc qui, après
avoir à SciencesPo supervisé la création du campus asiatique
au Havre, se voit chargé par le nouveau président de créer sa
« garde prétorienne » après avoir été recruté par M. Descoings
et introduit à tout ce beau monde par ce dernier. Ludovic Chaker donc, l’alter ego d’Alexandre Benalla, arrivé au plus haut de
l’Etat pour protéger l’intimité de tous ces gens, intimité élevée
par la préséance bourgeoise au titre de valeur sacrale, menacé
qui la compromettrait, fournir la presse inféodée et ainsi couvrir tous ces réseaux et leurs compromissions. Ludovic Chaker
donc, point de jonction de tout cela via Ismaël Emelien, le très
discret « conseiller spécial » de Macron, ayant officié chez Havas comme sa conjointe le faisait au moment où il ferait attribuer à son ancien employeur, violant la loi, un marché de plus
de 300 000 euros sans appels d’offre au nom du ministère de
l’économie, de notre ministère de l’Economie, pour lancer la
campagne officieuse de Macron à Las Vegas. Cette conjointe qui
ne l’est plus mais qui accepterait la commande, pourtant venant d’un ancien collègue, construisant ex nihilo un subterfuge
avec la complicité de Business France pour justifier la violation
de la loi, avec la complicité de sa dirigeante d’alors, une certaine… Muriel Penicaud. Muriel Penicaud, dont on rappellera
pour la forme qu’elle se trouverait récompensée en étant nommée, contre toute évidence, ministre du travail d’Emmanuel
Macron.
Ismaël Emelien qui, cela n’a encore une fois pas été raconté,
rencontre Emmanuel Macron lors d’un voyage en Amérique Latine organisé par la Fondation Jean-Jaurès, fondation financée
sans raison par la puissance publique, pour accompagner Laurent Fabius, à qui M. Macron s’offre un premier temps, avant
d’hésiter avec Fillon puis de s’offrir à M. Hollande. Fondation
Jean-Jaurès alors dirigée par Gilles Finchelstein, directeur des
51
études à Havas, détenue par Vincent Bolloré, agence récipiendaire des contrats que son ancien employé Ismaël Emelien lui
octroierait au nom de l’Etat une fois nommé conseiller de M.
Macron à l’Elysée.
*
Tout cela gêne tant, en un tel système, que la question de la légitimité des recrutements devient secondaire, tant on voit à
quel point ils sont conditionnés par des réseaux d’allégeance et
de contre-allégeance qui retirent toute autonomie aux individus. Si nous traçons ces réseaux, nous pourrions le faire également de ceux des directeurs de rédaction et pontes de journaux
qui répondent à de similaires logiques. Edith Chabre a fait une
obscure école de droit privé avant d’être diplômée de
SciencesPo Lille, et la voilà propulsée directrice de la toute
puissante école de droit de SciencesPo au moment où son mari
décide d’accorder à SciencesPo des aides importantes. Nadia
Marik était au tribunal administratif, et la voilà directrice adjointe de SciencesPo après avoir été recrutée par son futur conjoint. Ludovic Chaker avait un parcours interlope, et comme
Alexandre Benalla, le voilà propulsé au sein des cénacles chargés de superviser et d’instruire les services secrets de l’Etat.
Catherine Grenier-Weil avait une obscure carrière d’assistante
de recherche avant de prendre la tête de Teach for France, et
quant à Emmanuelle Wargon, il serait absurde de penser que
sa présence au gouvernement ait eu quoi que ce soit à voir avec
son amitié intime avec Nadia Marik et le couple Philippe, Laurent Bigorgne ou Brigitte Taittinger. Et nous nous en tenons là
aux réseaux horizontaux, car lorsque la belle-fille de JeanPierre Jouyet est nommée directrice adjointe au Quai Branly à
25 ans, cela fait aussi peu de bruit que lorsque le fils de Le
Drian, ministre socialiste devenu macronien par des biais qu’il
nous faudra là encore un jour exposer, est nommé à l’un des
plus importants postes de la Caisse des Dépôts à moins de
trente ans. Ici, les gendres et oncles, neveux et grands-parents
se passent le relais depuis plusieurs générations : le talent se
transmet par transmutation. Les recrutements, amours et alliances se font selon les critères de fortune et de pouvoir, les
52
faisant et défaisant sous le regard bienveillant des grandes fortunes les finançant.
*
Tout cela, ces petits entre-gens et jeux de ville nous aura été
dessiné, déguisé, masqué par une presse rendue complice de
façon à nous faire croire à une fable populaire qui fut dans les
faits couvée par le triumvirat Arnault-Niel-Lagardère, chargés
de propulser Philippe et Macron auxquels ils furent introduits
par le truchement de Taittinger et Jouyet, parfait alliage de
l’aristocratie d’Etat et la bourgeoisie du pays cherchant en de
jeunes intrigants la sève autorisant leur reproduction, l’ensemble s’assurant de son invisibilité, puis de sa confirmation
sous forme d’élection, avec la bienveillante attention d’une certaine Mimi Marchand et des hommes de main précités.
Mimi Marchand dont on découvre qu’après avoir protégé et
élevé tous ces êtres dès lors qu’ils risquaient – par l’effet d’une
exposition publique – de se trouver dénoncés, a depuis l’été
2018 pour nouveaux clients – il n’y a en ces affaires nuls contrats, comme le rappelle l’ouvrage dont nous parlions, mais des
signatures qui se devinent et des mots qui leurs échappent afin
d’éviter toute compromission – deux jeunes noms dont il sera
bientôt question : Gabriel Attal et Benjamin Griveaux, dont
nous nous apprêtons maintenant à conter l’histoire, cette fois à
temps.
Car il aurait fallu bien entendu, pour compléter le tableau, s’introduire dans les réseaux de la bourgeoisie d’Amiens, l’aisance
et la force du père d’Emmanuel Macron, Jean-Michel Macron,
Professeur de médecine au CHU d’Amiens, mais surtout de la
famille Trogneux, dont les alliances plus encore que la puissance financière ont été déterminantes pour faire naître un
pouvoir qui, à travers les soutiens des baronnies locales et notamment celles de Messieurs Collomb et Le Drian, Patriat et
Ferrand, aura compensé un temps son absence d’assise sociale
par le tissage d’un réseau de solidarité et de redistribution de
prébendes tenant les territoires secondaires, mais qu’il n’avait
pas constitué – et qui devait immanquablement et pour cela dès
lors se déliter. Il aurait ensuite fallu comment à partir de tout
53
cela, à travers Laurent Bigorgne et le clan Descoings, puis la revue Esprit et le groupe de réflexion Terra Nova, le journal Le 1
financé par le millionnaire Henry Hermand10 pour, comme
l’admettrait son directeur Eric Fottorino, soutenir M. Macron –
l’on a attribué les ressources intellectuelles, politiques et financières au futur Président pour « substantialiser son pouvoir »,
en faisant admettre sa cooptation aux élites secondaires, alors
que tombaient ses concurrents entre affaires de corruption et
luttes fratricides éberluées. Il faudrait raconter à chaque fois
les mille et une compromissions honteuses visant à berner le
public à travers des journalistes toujours moins indépendants,
habillant cet entrelacs d’intérêts visant à propulser une coquille vide en quelques moi – comme ce colloque d’Esprit organisé à Lyon par Marc-Olivier Padis, directeur de la vénérable
revue Esprit, qui pris tant des allures de meeting qu’il lui fallut
annuler au dernier moment la prestation de Macron pour laquelle il avait été organisé. Il faudrait enfin montrer comment
tous ces réseaux utilisèrent les ressources de l’Etat pour le corrompre, faire des cabinets ministériels des machines à récolter
des fonds au service d’une ambition, Ismaël Emelien utilisant
les fonds de l’État non seulement pour attribuer des contrats
sans appel d’offres de plusieurs centaines de milliers d’euros à
son ancien employeur, Havas – propriété d’un certain… Bolloré
-, où sa concubine se chargeait de les dépenser au service de la
communication personnelle de M. Macron, mais aussi pour mobiliser les six conseillers ministériels chargés de la communication de M. Macron, confortablement payés par la puissance
publique pour organiser des événements avec M. Séjourné,
conviant ensuite les mêmes invités à des levées de fond – permettant d’obtenir de 900 personnes près de 7 millions d’euros
et ainsi, en respectant formellement la législation, propulsant
M. Macron.
Et enfin il faudrait montrer comment tout cela a fabriqué un
candidat au service de quelques-uns, incapable d’agir de façon
10 Qui en finançant la vie privée d’Emmanuel Macron s’assurerait que son poulain ne se compromettrait
jamais personnellement auprès de l’un de ses protecteurs et pourrait arriver avec l’apparence d’absence de
corruption à la tête de l’État
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autonome, ni d’élaborer une pensée, mais seulement de distribuer des prébendes, enfin : de se vendre au plus offrant, en détaillant par le menu l’ensemble des compromissions qui, de distributions de poste en instructions judiciaires en passant par
attribution de mandats de négociations ont permis à tout ce
système de tenir à prix coûtant, tandis que le peuple exsangue
était tenu loin de ces informations, subissant jusqu’à, épuisé, se
rebeller.
Mais ce serait rejouer une bataille perdue par la démocratie. Le
journalisme a longtemps fonctionné comme une balance, prenant à droite ce que la gauche rejetait, et vivant de ce mouvement de pendule qui incite à la paresse et à la connivence. Cela
a donné l’impression aux plus naïfs d’entre nous de vivre en
démocratie, malgré l’inexistence d’une presse libre, l’omniprésence d’un système oligarchique n’ayant à envier aux plus honnis des autocrates que son usage direct de la violence, impression que Macron vient de rompre de la plus belle des façons.
La chose était simple : en un jeu qui tournerait bientôt au massacre, chaque passage auprès de la raison d’Etat11 permettait
aux hommes politiques de constituer leurs réseaux d’affidés et
de recueillir des informations précieuses qui étaient par la
suite disséminées avec soin auprès des journalistes. Alors que
chaque alliance rompue du fait d’une ambition frustrée apportait au système médiatique son lot d’anecdotes qui permettait
aux journalistes de se libérer ponctuellement de leurs emprises
et de « travailler » pour servir enfin leur pays, Macron a un
temps sidéré tout cela en surgissant d’un néant qui, unifiant des
réseaux de connivence jusque-là inféodés à différents partis, sidérerait nos fantassins de la liberté. Petits soldats et grands
noms du journalisme, rares enquêteurs qui encore demeuraient, inféodés ou non à un pouvoir, n’ont en ce temps court
plus même réussi à récolter les miettes que jusqu’alors on leur
accordait, et reconstituer une part d’un fonctionnement qui
prétendait encore laisser au peuple un rôle pourtant partout
inexistant.
11 Soit directement en utilisant les différents services de police et de renseignement, soit indirectement en
rendant service à des oligarques influents qui remboursaient la chose en révélant tel ou tel élément sur un
concurrent.
55
Inexistante, et villependée lorsqu’elle ose se revendiquer, la
presse indépendante vivant du rapport direct au lecteur, c’està-dire de ses ventes, cette presse d’opinion rendue rageuse par
la concurrence et la nécessité de survivre, a depuis trop longtemps laissé place à un système où vassalité et subventions
font naître la vanité. Devenue la norme, produisant de Christophe Barbier à Frantz Olivier Gisbert, du Monde Magazine à
Vanity Fair, des dispositifs servant l’adhésion aux valeurs les
plus dominantes, écrasantes et conformées de notre époque,
cette presse s’est épuisée et conformée aux dominants.
Si le « en même temps » d’Emmanuel Macron » n’a pas permis
une respiration démocratique, c’est bien parce qu’il en désactivait le principe actif, achevant l’illusion d’un fonctionnement
démocratique qui, d’alternance en alternance, permettait
ponctuelle d’octroyer quelque respiration à des populations
enfin informées des jeux qui dans leur dos s’établissaient.
Etouffé, voilà que le régime a cru se voir octroyé mains libres
pour nourrir manipulations et instrumentalisations, rapports
de népotismes avérés et corruptions, faisant tourner un système ne servant plus que des intérêts.
*
Il ne faudrait pas s’étonner des conséquences terribles que tout
cela suscitera, alors que M. Macron utilise ces réseaux dans le
seul but de nourrir ceux qui l’ont institué.
Reste maintenant à se projeter, et alors que la macronie s’effondre et entre en son crépuscule, à lire et décomposer à temps
l’un des champignons naissant sous les intérêts des puissants,
pour ne lui laisser aucune chance de prospérer. L’émergence
de l’un de ces sbires de l’oligarchie – égal en arrogance, conformisme et ambition à son aîné – un certain Gabriel Attal, compagnon à la ville de Stéphane Séjourné, conseiller politique
d’Emmanuel Macron, et déjà très introduit dans tous ces réseaux, par le même fonctionnement qui a permis l’intronisation
ses aînés, doit être étudiée. Un jeune homme de vingt-neuf ans
56
que tous ont déjà le tort de minorer, et dont l’exposition en première ligne pour combattre les revendications d’un peuple révolté devrait faire signe et nous inquiéter.
Un être auquel, si nous croyions les apparences formelles de ce
système, nous nous apprêterions à accorder bien trop d’importance et d’attention, mais qui pourtant permet non seulement
de comprendre ces systèmes que nous venons de révéler, mais
aussi s’apprête à les perpétuer. Rappelons à cet égard un fait
concernant celui qui est devenu, avec la même grâce que M. Macron, le plus jeune ministre de la Ve République : alors que sa
relation – pourtant officielle, déclarée à la Haute Autorité à la
Vie Publique et contractualisée par un PACS – avec le conseiller
politique d’Emmanuel Macron était exposée par nos soins, et
que par là-même risquaient d’être dévoilés les systèmes de solidarité de tout un pan du nécrotique pouvoir de Macron, un
être interlope intervenait auprès de Gala pour faire effacer
deux articles parus à ce sujet. Nous étions alors en octobre
2018, en France, un mois après la parution de Mimi.
Et l’être qui intervenait, encore suffisamment puissant pour
faire disparaître des informations, cet être-là avait un nom.
Et ce nom était Marchand.
Ce que nous apprêtons à révéler, c’est donc bien la fable d’un
individu qui, né au cœur des réseaux ci-exposés, s’apprête à en
devenir le relais nécessaire autant qu’évidé et évidant, servant
des pouvoirs pourrissants à l’instant même où ils se seront
montrés naissants. En remontant les temps et en nous projetant en amont de la constitution du pouvoir qui actuellement
nous étreint, cette excursion nous permettra de comprendre
comment ces destins se forment aux berceaux, ce qu’ils disent
de nos sociétés, et comment tout argument lié à une compétence ou un talent, une innéité qui dès leur plus jeune âge aurait
justifié la stellaire propulsion qui par la suite leur sera accordée, ne saurait être invoqué pour en expliquer les fondements.
57
II
16 octobre 2018. Gabriel Attal, 29 ans, est nommé par le président de la République, sans annonce au perron, secrétaire
d’État auprès du ministre de l’éducation, en charge de la jeunesse. Sur BFMTV, au Monde12 et plus encore à Paris Match, l’on
s’émeut du parcours fulgurant de ce jeune député des Hautsde-Seine au teint hâlé et à l’allure de gendre idéal. Le grand public découvre le visage de celui qui vient de devenir le plus
jeune ministre de la Ve République. Si son nom, qui circulait
dans les cagnottes depuis plusieurs mois, reste largement inconnu du pays, dans les salons et les alcôves du petit-Paris,
cette consécration, préparée de longue date, ne suscite qu’un
bruissement de satisfaction. Une nouvelle fois, un pur produit
du système vient d’être adoubé, sidérant tous ceux qui auraient
pu, à temps, s’y opposer.
12 Dont le portrait flagorneur et évidé, dont l’auteur est Alexandre Lemarié, dit beaucoup de l’effondrement
du journalisme politique en notre pays. https://abonnes.lemonde.fr/gouvernementphilippe/article/2018/10/16/gabriel-attal-secretaire-d-etat-aupres-de-blanquer_5369998_5129180.html?
58
L’affaire, discrètement menée, a laissé quelques traces à qui y
montrerait intérêt. Dès l’été 2018, Bruno Jeudy, chroniqueur
des mondanités du pouvoir, révélait les goûts littéraires et musicaux de l’illustre inconnu en pas moins de trois articles successifs dans Paris Match, l’intronisant au sein de ce petit gotha
d’hommes politiques à qui le magazine, et son propriétaire Arnaud Lagardère, offrent révérence pour les faire connaître du
pays13.
Le privilège, exorbitant pour un garçon de son âge et de son
parcours, fait grincer quelques dents au sein du parti au pouvoir, la République en Marche, où l’on observe avec circonspection celui qui est régulièrement qualifié de « gommeux » poser
en pantacourts et chemise blanche, verre de rosé aux côtés de
ses pieds nus, fixer avec assurance la caméra sur les rebords de
la Seine. Trop conscient de son pouvoir, trop assuré d’une aura
que personne ne lui devinait, certains peinent à comprendre
les ressorts d’une ascension fulgurante que les médias s’obstinent à attribuer à un charisme pourtant inexistant. Alors qu’Attal ouvre son cœur et disserte aimablement sur son goût pour
Orelsan, Fort Boyard ou encore sa maison dans la très chic Îleaux-moines – l’un de ces « ghettos pour le gotha » où, entre
autres personnalités, Daniel Bilalian et Danielle Darrieux croisent riches financiers en quête d’iode et d’entre-soi – des députés s’interrogent et commencent à s’agiter. Gabriel Attal lui est
ravi de cette intronisation people annonciatrice, au cœur de
l’été, de lendemains chantants.
Quelques mois plus tôt, le jeune intrigant faisait une première
apparition remarquée dans la matinale de France Inter. Ce privilège rare, qui permet de s’adresser à l’ensemble du pays,
n’est offert qu’aux plus chevronnés des politiciens. Censé incarner l’aile gauche de La République En Marche, puisqu’issu du

13 https://www.parismatch.com/Actu/Politique/Gabriel-Attal-J-ai-monte-le-fan-club-d-Orelsan-a-l-Assemblee-1567267 ; https://www.parismatch.com/Actu/Politique/Gabriel-Attal-Le-jour-ou-je-rencontre-Ingrid-Betancourt-1569221et https://www.parismatch.com/Actu/Politique/La-jeune-garde-macroniste-seressource-en-Bretagne-et-croise-Jospin-1568893.
59
Parti socialiste, il y dynamitait les « bobos gauchistes » qui occupaient les facs et s’attaquait avec violence à la grève des cheminots, exhumant pour cela un terme d’extrême-droite, la
« gréviculture », dénonçant leur mobilisation et plus généralement, celle d’un pays incapable de se reformer. Sidérant ses interlocuteurs, le nouveau porte-parole de La République en
Marche s’intronisait à 28 ans auprès du grand public sans ambages, montrant d’évidence qu’il n’était pas là pour faire de la
figuration. Le Monde avait beau l’étriller dans la foulée par la
plume de Laurent Telo et les auditeurs montrer leur furie, Gabriel Attal en remettait une couche quelques semaines plus
tard. Reprenant les éléments de langage de la majorité, il défendait avec aplomb la réforme Parcoursup dans l’émission On
n’est pas couchés14, s’en attribuant la paternité sous le regard
bienveillant de Laurent Ruquier et étranglé des invités. Sa première intervention à l’Assemblée nationale, hésitante et doublée d’un sourire satisfait qu’il n’avait eu de cesse de tenter de
réprimer, revenait à la mémoire de certains qui lui rappelaient
qu’il n’avait jamais eu, jusqu’à son entrée en politique, de véritable emploi de sa vie. Attal, sans se démonter, disqualifiait ses
opposants, renchérissait hautain, se montrant capable à un âge
où l’on attendait sympathie et modestie de cette mauvaise foi
qu’aux oubliettes le Nouveau monde avait promis. Malgré des
réactions virulentes, le nouveau porte-flingues du parti présidentiel, comme délié de tout surmoi, couronné par cette nouvelle célébrité télévisuelle, n’hésiterait pas à surenchérir les
mois suivants, jusqu’à s’ériger en héraut de la majorité pendant
l’affaire Benalla, puis devenir le porte-flingues du gouvernement lorsque les gilets jaunes feraient trembler Macron.
*
Conter cette ascension sans matière – Gabriel Attal ne s’étant
jamais démarqué que par sa capacité à défendre l’ordre existant –, c’est faire le récit de l’une de ces productions cooptantes
qui ont évidé notre pays. C’est comprendre comment nous en
sommes arrivés à haïr un système censé nous représenter, et
qui n’a fini que défendre que ses propres intérêts. L’être dont il
14 21 avril 2018, https://www.youtube.com/watch?v=j9gvmwVPzd0
60
est question est insignifiant, comme la plupart des cadres de la
macronie. Mais cette insignifiance fait matière, lorsqu’elle colonise l’État et ses institutions. A travers l’ascension de cet individu, nous allons découvrir comment le système fabrique ses
soldats.
*
Les crimes ont toujours leurs lieux, et celui où est né notre sujet
n’est pas des moins insignifiants. Sise au sein du sixième arrondissement de Paris, l’École Alsacienne est dirigée par un aimable homme de droite, Pierre de Panafieu. Pendant rivegauche de Franklin – où enseigna Brigitte Macron –, Sainte-Dominique et de l’école bilingue, l’Alsacienne est lieu de reproduction et de propulsion des héritiers de l’intelligentsia culturelle
de Paris, auxquels s’ajoutent au fil des promotions quelques
supplétifs provenant des espaces politiques, économiques et
diplomatiques de notre pays. Sous contrat avec l’État, l’école a
le contrôle absolu sur les processus de sélection de ses élèves
et de son corps professoral, et n’est soumise à aucun quota,
qu’il soit géographique ou économique. Ainsi l’on peut s’y reproduire et se socialiser sans crainte de contamination.
A Paris, la concurrence, sans être féroce, est importante entre
ces institutions chargées de capter et de propulser les héritages
des plus belles familles du pays. Alors que les villes de province
sont le plus souvent dotées d’une ou deux institutions faisant
référence – La Providence à Amiens, Fermat à Toulouse, etc –
la lutte est plus vive en une capitale où se multiplient les héritages à préserver. Ainsi, à quelques pas du lieu où M. Attal a fait
sa scolarité, Stanislas revendique sa spécificité, mettant en
avant une stricte discipline nourrie par une tradition catholique omniprésente, Saint-Louis met en avant son excellence
scientifique, tandis que Notre-Dame-de-Sion s’attribue les héritiers les plus irrécupérables, se chargeant de les mener à bon
port, cahin-caha, c’est-à-dire à une diplomation minimale qui
ne fera pas honte en société. Un peu plus loin, dans l’Ouest pa-
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risien, Saint Dominique lutte féroce avec Saint-Louis de Gonzague et la bilingue, mais aussi outre-frontières avec le lycée
Charles-de-Gaulle de Londres, pour récupérer les grandes lignées des bourgeoisies financières et noblesses historiques,
sous le regard attentif de Janson-de-Sailly, qui réussit l’exploit,
avec quelques autres lycées publics, de tenir tête à ces lieux de
reproduction sociale en attirant les plus brillants des garnements du seizième arrondissement. Ailleurs enfin, quelques
lieux, comme le lycée de la légion de l’honneur, achèvent un tableau par nécessité incomplet.
L’Alsacienne, insérée en cet écosystème, a dû lutter pour occuper la place de choix qu’elle occupe aujourd’hui. Il ne s’agit pas
seulement de survivre à la concurrence des autres établissements privés, qui tous entretiennent leur réputation avec soin,
enserrant leurs élèves d’un sens du récit et de traditions désuètes pour charmer des parents en quête de distinction. Mais
aussi de résister au solaire rayonnement d’Henri IV et de LouisLe-Grand, qui à quelques encablures de la rue Notre-Dame-desChamps où est sise l’Alsacienne, toisent insolents les établissements de tout le pays, s’appuyant pour cela sur des réglementations dérogatoires aussi injustes que rassurantes, attirant à
la fois les meilleurs élèves et professeurs de la nation. Il y a enfin les lycées moins impressionnants, mais qui de Montaigne à
Duruy en passant par Lavoisier et Fénelon, savent offrir à
quelques pas de là une formation à la qualité incomparable à
celle du reste du pays, que le fonctionnement en entonnoir de
l’Education nationale garantit sans peine, attirant des professeurs en fin de carrière auprès d’élèves maîtrisant tous les
codes nécessaires à la réussite dans notre système scolaire, à
commencer par une affinité naturelle pour des des programmes scolaires conçus par leurs pairs et à leur seul destination.
Survivre et se distinguer en un tel environnement est une gageure. L’alsacienne l’a réussit tout d’abord du fait d’un extraordinaire emplacement, au confluent des cinquième, sixième et
quatorzième arrondissements. Sur les cimes de Port-Royal,
entre les rues d’Assas et de Notre-Dames-des Champs, à
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quelques minutes de marche de l’École normale supérieure, les
Sorbonnes et Assas, sise en l’une des adresses les plus chères
de France, l’école offre à ses élèves un environnement sécurisé
et aisé à rejoindre par différents moyens de transport, entouré
de commerces, bibliothèques et institutions diverses, face à un
jardin du Luxembourg où les élèves peuvent à tout instant se
reposer. Offrant la possibilité d’y faire toute sa scolarité, de la
troisième de maternelle jusqu’à la terminale, l’école pêche
certes par l’absence de prépa, du nom de ces classes post-bac
réservées de facto aux plus aisés de la République, nourries par
des moyens doublant ceux des universités et garantissant aux
héritiers de la bourgeoisie sinon l’accès à des écoles là encore
surfinancées, du moins la possibilité de prolonger de deux ans
leurs études en un environnement hors du monde, afin de s’offrir les codes nécessaires à leur pleine intégration en la société.
Cela est une faute qui dégrade quelques peu la réputation d’une
institution qui a par ailleurs tous les atouts pour dominer le
monde. En ces lieux, l’on ne sort le plus souvent jamais des
beaux quartiers, et il n’est pas étonnant d’entendre tel ou tel
élève dire, aux abords de la terminale, qu’il n’a jamais connu
« la banlieue ». Faute d’être primus inter pares, l’Alsacienne garantit cependant les 100% de réussite au bac général à ses
élèves, ainsi qu’une grande majorité de mentions. Se sachant
incapable de concurrencer les établissements de la Montagne
Sainte-Geneviève, elle préfère se gargariser d’une réputation
humaniste et libérale qu’elle perpétue en cultivant un entre-soi
étouffant qui trouva son acmé à l’orée des années 2010, avec le
suicide, dont l’un par défenestration depuis le sixième étage de
l’école, de deux de ses élèves. Comme toutes les écoles « sous
contrat », elle finance par l’impôt ses professeurs et se contente
de prélever auprès des parents d’élèves une dîme modeste, de
près de 2700 euros par an, pour en organiser le vivre-ensemble.
*
La sélection à l’entrée est sévère, et les généalogies et parrainages y comptent tout autant que les résultats scolaires. Un
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examen ainsi qu’une étude du dossier s’imposent dès la
sixième, afin de contenir les promotions aux alentours des deux
cents étudiants. Parfaitement assumée, la cooptation règne
maîtresse, attribuant à qui aurait cousin ou frère déjà scolarisé
des places prioritaires. Les exclusions et redoublements étant
rares, ils font l’objet de prompts remplacements.
Dès la sixième, un voyage est organisé afin de faire se mêler
l’ensemble des classes et créer un sentiment d’entre-soi qui deviendra bientôt étouffant. C’est d’abord l’Alsace, évidemment,
en hommage à des fondateurs protestants dont est par ce biais
louée la culture. Mais le mythe prend toute sa dimension en cinquième, avec le Voyage à Rome et ses bobs rouges, que prolongent par la suite les compétitions sportives du « défi », en quatrième, Florence en seconde, et enfin un voyage auto-organisé
en première. A défaut de brillance scolaire, tout est fait pour
favoriser au plus vite un sentiment d’appartenance qui permettra le tissage de liens de solidarité indéfectibles et revendicables tout au long de la vie. Tout est fait pour qu’en ces lieux,
ne puissent être faites de mauvaises rencontres, et que chacun
sache se sentir redevable et respectueux de qui lui aura été, dès
le plus jeune âge, imposé.
L’école joue à ce titre, avec quelques autres, un rôle fondamentale dans l’endogamie de nos élites et l’assurance que leurs privilèges ne seront jamais questionnés. Les différences de fortunes et de statut n’interdisent pas, à l’intérieur de ce microcosme, la multiplication de castes aux statuts diverses. Mais il
s’agit là encore, par ce biais, d’habituer à la distinction et de les
rendre naturelles, afin de favoriser l’apprentissage d’une obéissance qui par la suite s’imposera.
Alors que les promotions comptent en moyenne six classes,
ceux qui y sont scolarisés depuis la troisième de maternelle y
bénéficient de protections et d’un avantage comparatif indéniable, formant une véritable solidarité de corps qui se prolonge bien au-delà des différents statuts que l’enfance et l’adolescence savent fabriquer. L’accès aux différents groupes qui se
constituent au fil des ans est réglementé par une myriade de
critères mêlant ressources économiques, capacité à reproduire
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les codes et canons esthétiques de l’époque. La cantine, lieu de
toutes les mixités, est fort vite remplacée par les différents restaurants aux alentours, en ce très cher quartier latin où peu à
peu s’affirment les distinctions. Au cœur de la reproduction des
élites, l’on ne badine pas avec des processus d’intégration qui
amèneront plus tard les étudiants ayant raté les concours des
grandes écoles à trouver compagnie en des provinciaux ayant
eux intégré, en attendant que leur retard soit rattrapé par mariages ou procédures passerelles initialement crées pour les
plus défavorisés et maintenant colonisées par les mêmes héritiers, après un tour par Assas, une faculté étrangère ou une
école de cinéma.
Ceux qui ont fait l’ensemble de leur scolarité au sein de ce petit
havre de paix où la diversité sociale est inexistante et le rapport
au monde virtualisé disposent, dès le plus jeune âge, d’un avantage comparatif immense sur le reste de la population. Et cet
avantage, qui est dénué de substance et consiste en une maîtrise des réseaux et habitus sociaux qui gouvernent l’intégration des élites, ils n’hésitent pas à le mobiliser. Princes d’une
école où les hiérarchies se constituent à l’ancienneté, primant
sur les nouvelles cohortes arrivant en sixième, et sur tous ceux
qui, isolés, auront à tracer leur voie pas à pas du fait d’une affectation intermédiaire, à l’entrée du lycée ou en une classe de
transition, les primo-arrivants ont un avantage supplémentaire,
occupant en leur milieu social et dès leur prime enfance l’une
de ces positions privilégiées qui, par les liens anciens et le cumul d’information sur leurs pairs, garantiront leur insertion au
sein du gotha.
L’on aura deviné à quelle catégorie M. Attal appartenait.
*
Si l’école républicaine continue, de façon noble et vaillante
mais toujours moins crédible, à mettre en avant l’objectivité de
65
ses critères d’évaluation pour clamer l’égalité de ses impétrants, la réalité sociale reste plus nuancée. Très vite, à l’Alsacienne comme ailleurs, se distribuent et se partagent les capitaux sociaux, économiques et symboliques que chacun est
censé apporter. De l’art oratoire aux connaissances les plus
fines en passant par les grandes propriétés et les réseaux les
plus divers, la cour de récréation se transforme vite en un immense espace marchand où partout l’inconscient et le non-dit
règnent, et l’apparence de normalité avec. C’est là le miracle
des dispositifs de reproduction : masquer leur exceptionnalité,
et faire croire à leurs participants, que le jeune âge aide en leur
naïveté, qu’ils ne se retrouvent en nulle forme favorisés.
En la seule promotion de 2007, dont sera issu Gabriel Attal,
pouvaient se trouver ainsi la petite fille de Valérie Giscard d’Estaing et fille du PDG du Club Med, celle du PDG d’Archos, par
ailleurs sœur du bientôt patron d’Uber France, la fratrie issue
des producteurs de cinéma Godot, les lointain héritiers des généraux Delattre et de Hautecloque, la grande lignée des de Lastours, la fille du patron de presse Bernard Zekri et celle du fondateur d’A.P.C Jean Touitou, le petit fils du « patron des
banques », Michel Pébereau, la fille du Président de l’American
University of Paris Gerardo Della Paolera, l’un des héritiers de
la famille Seydoux et ainsi de suite. Des grands cadres d’entreprises du CAC40, avocats et autres hauts-fonctionnaires à
l’UNESCO, le fils du proviseur d’Henri IV ainsi qu’une petite minorité de descendants d’artistes, de professeurs et de classes
intellectuelles dites laborieuses complétaient un environnement que les promotions environnantes enrichissaient naturellement : Olivennes, Bussereau, Breton et autres patronymes
de ministres et hommes et femmes tout puissants étaient,
comme tous les noms et à l’exception peut-être des Huppert et
Scott-Thomas eux aussi présents, des patronymes auxquels,
dans la banalité de l’entre-soi, plus personne ne prêtait attention.
Il faut concevoir ce que l’illusion méritocratique fait pour masquer cette extraordinaire concentration de richesses et de privilèges, d’habituation au pouvoir, qui est censée ne produire
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nul effet dans la suite des destinées. Il faut mesurer à quel point
nous nous sommes trouvés aveuglés pour croire qu’il y aurait
là naturalité, et non une quelconque expression d’un système
oligarchique obsédé par la reproduction du même. La concentration extrême de capital social, économique et culturel crée
un environnement traversé de non-dits, où toute considération
explicite sur les origines est assimilée à une remarque sur
l’orientation sexuelle ou l’appartenance religieuse, et dès lors
strictement censurée. Au même titre que l’antisémitisme, l’homophobie ou l’expression d’un quelconque racisme, qu’il soit
de classe ou de peau, l’exhibition d’une distinction de classe
trop visible est immédiatement défaite, au nom d’un « vivre ensemble » visant à alimenter son propre mythe et créer une
bulle isolant du reste de la population.
On l’aura deviné, les lignes de démarcation n’en sont que plus
violentes dans leur sous-jacence, et l’on trouve rapidement à
exclure qui ne serait doté d’un capital économique ou culturel
suffisant, tandis que les couleurs de peaux les origines sociales
et religieuses restent singulièrement uniformes. Ici ou là seulement, en quelques promotions, peut-on trouver le fils adoptif
d’un grand patron du CAC40 qui dérogerait à la règle, rendant
virtuels tous les débats identitaires qui traversent le reste du
pays, tant le reste de leur environnement reste protégé. Dans
le même temps, les expressions de violence rentrée, qu’il
s’agisse de suicides ou d’actes d’autodestruction se multiplient,
pendant naturel de l’exigence d’immaculées apparences, taisant toute mise en visibilité d’une différence trop marquée. Le
vase-clos renforce l’homogénéité croissante des quartiers environnants, l’entre-soi de l’école adhérant toujours plus à celui
d’une société en voie d’épuisement.
*
On l’aura compris, M. Attal, que l’on appelle encore en ces lieux
Gabriel, provient de ces mondes, et en particulier de la caste
qui, depuis la maternelle y a été scolarisée, et au sein de ce
67
monde, fait partie des plus aisés. Le cumul de capital social, économique et symbolique que vont lui offrir ces années de formation vont être le carburant d’une ascension expresse qui vont
lui permettre d’être coopté par les élites sans n’avoir jamais à
quoi que ce soit produire ou démontrer, par simple effet de
vraisemblance. En une société ultrahiérarchisée, où les élites
disposent d’un monopole symbolique assis sur leur contrôle du
paraître et de la visibilité, M. Attal va tout naturellement se
faire intégrer, traversant les violences que produisent ces milieux sans ne jamais s’effondrer. Disposant de l’ensemble des
ressources que l’élite peut offrir aux siens, Attal s’appuiera
pour cela sur environnement idéal qui lui permettra, très jeune,
de toiser ceux qui, de plusieurs décennies parfois son aîné, ont
un parcours qu’il ne saurait égaler.
*
Il faut mesurer l’assurance, la certitude d’être unique et particulier qu’offrent ces lieux, et qui explique également celle dont
s’est doté M. Macron. Leur capacité à vous faire croire en votre
propre qualité est telle qu’il devient difficile, lorsque l’on n’est
jamais confronté à d’autres milieux, de ne pas croire à ces
fables, et de considérer comme siens des succès d’un système
qui n’aura fait que vous porter. L’idéologie républicaine se révèle là encore néfaste, faisant croire, par la supposée universalité objectivante du baccalauréat et de ses concours, qu’il y aurait en la réussite gloire individuelle là où le système se contente de faire de vous un soldat à son service, victoire sur l’ensemble de la société là où seule une concurrence entre gens
bien nés avait été organisée. Les statistiques les plus féroces
démontrant à quel point l’éducation nationale est devenue une
machine à triturer ne suffiront jamais à convaincre ceux qui auront été sacrés par le système, et a fortiori ceux qui, provenant
des milieux des plus modestes, toujours mis en avant, auront
réussi à s’intégrer, devenant dès lors avec ferveur redoublée
les défenseurs ce système qui leur aura permis de se distinguer
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des leurs et de mettre à distance la misère qui les cernait – en
sacrifiant pour cela tout ce qui constituait leur identité15.
*
Loin des angoisses ou préventions que l’accumulation de privilèges fait naître parfois chez les êtres les mieux occupés, Gabriel Attal a pu se reposer sur ce capital initial pour être propulsé si loin et si fort qu’il est devenu le soldat inconditionnel
d’un ordre pourtant pétri d’injustices et de fragilités, se faisant
le chantre de ce système qui l’a couronné. Sa nomination, auprès d’un ministre de l’Education dont les politiques rances visent à renforcer encore plus les inégalités produites par notre
éducation nationale, après avoir défendu une réforme d’une
violence insigne pour une grande partie de la jeunesse de la population, n’est le fruit d’aucun hasard – et il faudrait être bien
naïf pour protester du fait que cet individu n’ayant jamais
connu ni l’université ni l’école publique ait aujourd’hui à les réguler.
*
La naturalité de l’environnement scolaire, et des spécificités
pourtant manifestes de son environnement social, font chez ces
impétrants l’objet d’un constant déni qui vise à rendre naturels
les mécanismes de reproduction sociale, et des violences que
produit un système économique où tout est fait pour protéger
des tiers les plus favorisés. Lieu de toutes les contradictions
pour une gauche bourgeoise se disant attachée à l’idée républicaine, mais qui se refuse à mêler ses enfants à ceux de la plèbe,
l’Alsacienne est peut-être l’exemple le plus épitomique des dérives de notre système, produisant naturellement, outre de
grandes et médiocres conformités, une pensée de droite qui

15 En cela, Gabriel Attal et Edouard Louis – exact revers de ce dernier – forment les deux faces d’une même
et dépérissante médaille signifiante d’effondrement pour notre époque et notre civilisation, criant chacune
à la conformation.
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s’ignore, convaincue de son bon droit tant elle est aveuglée par
son isolement du reste de la société. Qu’elle ait donné naissance
à l’un des bébés Macron les plus remarqués ne doit dès lors
point étonner.
Attachons-nous maintenant plus spécifiquement à l’objet de
notre pensée. Gabriel Attal a joué un rôle particulier au sein de
ce système. Aîné d’une fratrie issue de l’avocat et producteur
Yves Attal, il a très tôt adopté des comportements de classe
plus habituels au sein grands lycées de la rive droite, où le mépris et l’assurance de classe font système, qu’au sein de l’Alsacienne, où nous l’avons vu, la bienséance empêche toute affirmation trop marquée.
A l’Alsacienne, la précarité des patrimoines économiques, fruit
de classes bourgeoises en ascension ou ayant pour objectif de
se reproduire, incitent en effet le plus souvent à la modestie et
la prudence, à une forme d’urbanité drapée de valeurs et d’un
« vivre-ensemble » qu’Attal, dès le départ, rejettera. Intégré à
l’école dès la maternelle, il bénéficie en effet d’un grand confort
économique et d’un capital culturel et social qui se double des
troubles que les transfuges de classe lèguent parfois à leurs enfants. Son père, mort en 2015, a fondé sa réussite en s’intégrant
à un système qui a fait régner en maître les avocats d’affaire au
cours des années quatre-vingt, lors desquelles il fonde un cabinet qui va lui permettre de s’occuper des successions et affaires
d’artistes fortunés. Nourrit aux évolutions d’un milieu qui, à la
fin de la décennie, va faire naître les premières dynasties culturelles de Paris – par la grâce de politiques culturelles généreuses inaugurées sous la direction de Jack Lang et visant à
donner à la mitterrandie et à la gauche en général de nouveaux
appuis au sein des élites parisiennes – Yves Attal comprend très
vite ce que la diversification des sources du financement du cinéma français peut lui apporter. En une carrière chaotique et
mondaine, après s’être constitué un important réseau en tant
qu’avocat d’affaires, il se rapproche ainsi de l’industrie cinématographique en montant un certain nombre de financements
de films d’auteur, avant d’être recruté, pour un salaire millionnaire, par Francis Bouygues, pour participer à la folle aventure
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de Ciby 2000, dont il devient à l’orée des années quatre-vingt
dix le vice-président.
Il faut mesurer l’importance alors que prend le personnage, encore hier inconnu, dans les élites parisiennes. Sous la couverture de producteurs légendaires comme Daniel Toscan du
Plantier, censé apporter un carnet d’adresses conséquent, dont
le réalisateur Wim Wenders, Yves Attal, participe à l’une des
plus légendaires et rapidement faillies histoires du cinéma
français : la mise en œuvre d’un plan de production consistant
en la dépense de près de 800 millions de franc de l’époque à
destination des réalisateurs et auteurs les plus exigeants. Alors
que Martin Bouygues reprend l’empire familial, ce n’est rien
moins que Francis Bouygues lui-même qui décide de se vouer
corps et âme à cette entreprise. S’entourant de la fine fleur des
producteurs et réalisateurs du continent, il s’engage à une réinvention du système de production qui est censé faire pièce à
Hollywood et doter le continent d’une production enfin à la
hauteur de ses ambitions mondiales. Tout ce qui touche de près
ou de loin à ce nouveau parrain du cinéma français se voit immédiatement consacré. Les arrivistes et ambitieux de toute
l’Europe se pressent auprès de ses dirigeants pour en tirer des
millions. La vanité règne en maître sur ce projet sans cadres ni
pensée, qui signe l’accouplement des élites culturelles de la rive
gauche avec l’une des plus grandes lignées de l’Ouest de la capitale, et son immense patrimoine financier, sous le regard
bienveillant d’un socialisme dépérissant.
L’affaire va cependant rapidement tourner court. Alors qu’Attal
vient d’être nommé, Martin Bouygues, malade, donne les clefs
de la nouvelle structure de production à Jean-Claude Fleury,
qui prend le pouvoir et pousse au bout de quelques mois Attal
à la démission. Celui-ci, à peine consacré, se trouve humilié et
obligé de rebondir, alors même qu’il tournait la veille au plus
près du nouveau soleil de Paris.
Ce premier échec va suivre un second, plus douloureux encore,
au sein d’UGC Images, où Yves Attal pense avoir rebondi en devenant l’un des maillons chargés de mettre en place les projets
menés par le légendaire producteur anglais Jeremy Thomas.
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Bureaucrate et arriviste, sans idées, il se voit doté d’une manne
d’argent coulant à flots, qui s’accompagne des errances de la
réussite, femmes, drogues et adrénaline accompagnant une réussite dont il peine à saisir le sens, et qui le fera tomber dans
une addiction à l’héroïne qui ne le quittera jamais. En quelques
années, l’échec s’installe, cette fois morose et définitif, éloigné
des flammes d’antan, sans qu’Yves Attal n’ait eu le temps de
prouver quoi que ce soit. Les brûlures nées du contact d’un
monde qu’il ne comprenait pas ne se résorberont jamais. Malgré la fulgurante réussite économique, l’échec social est massif.
Gabriel, inscrit au pic de la carrière de son père à l’Ecole Alsacienne, passera sa scolarité à tenter de masquer l’effondrement
de sa structure familiale à des pairs qu’il traitera avec violence
pour se protéger, traumatisé par la déréliction d’un espace intérieur où la mère, descendante de l’une des plus prestigieuses
branches de l’aristocratie angevine, se doit contre toute attente
de prendre le relais du père, et de maintenir en vie une union
qui aurait dû consacrer l’une de ces grandes alliances entre fortune et noblesse et qui risque maintenant d’emporter sa famille,
sa branche et ses enfants.
Voilà qui permet de comprendre ce qui va constituer à la fois la
singularité à la fois que la vulnérabilité d’Attal, projeté en un
monde qui ne lui appartient plus tout à fait, devenu héritier
d’un père sans rôle, lui-même convaincu de son inanité, et
s’étant fait voler un destin royal par une autorité paternelle qui,
autoritaire et écrasée par l’échec, lui fera vivre un enfer là où
bonheur et souveraineté auraient dû lui être octroyés.
Singularité et non seulement vulnérabilité, car l’Ecole Alsacienne est un lieu idéal pour se sauver, voire même être propulsé, lorsque l’on détient tout de même aisance financière et
assise nobiliaire, dès lors que l’on se montre prêt à tous les
marchandages et toutes les concessions pour apporter sa part
de capital et la mêler. C’est ce que va rapidement faire le jeune
Gabriel avec l’aide de son cousin et de la branche aristocrate de
sa famille – elle aussi scolarisée en ces lieux. Revendiquant ses
origines royales et des liens avec la plus grande aristocratie
russe, s’entourant très tôt d’une petite cour, qui comptera
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parmi ses entourages les héritières des familles Touitou et Olivennes, mais aussi des êtres plus fragiles et exposés au sein de
l’Ecole alsacienne, alternant entre les grandes socialités, séduisant l’héritière Giscard jusqu’à se trouver invité en leur domaine et y faire la cour à son idole de l’instant Valérie, se montrant fier aux côtés des héritières Clarins devant le lycée mitoyen de Victor Duruy – lieu de reproduction des élites du septième arrondissement où Attal fait le pied de grue – avant de se
refermer de connaître de grands moments de difficulté, enrageant contre un monde qui risque, croit-il, à tout moment de
l’expulser, Attal se mue en petite terreur, prêt à tout pour s’affirmer et conquérir un espace dont il a senti que l’on s’apprêtait
à l’expulser.
*
L’inconfort pousse à la distinction, et explique pourquoi Attal
ne sombrera, contrairement à la plupart de ses congénères,
dans l’insignifiance la plus totale une fois sortie de ce maelstrom, malgré un cumul de capitaux tel qu’en n’importe quel
système sain, une concurrence et stimulation bénéfique aurait
poussé non seulement les impétrants, mais aussi la société
dans son ensemble, à s’en trouver bienfaits.
En un lieu où la politique est une affaire de tous, et la formation
d’un jugement une nécessité, les débats sur la constitution européenne et le conflit israélo-palestinien animent les dernières
classes de collège et premières de lycée. Le jeune Gabriel se dit
alors d’une droite revendiquée. La force de son affirmation politique et sociale tranche paradoxale en un monde où l’on se
gargarise de s’intéresser aux choses du monde, mais où l’héritière Giscard elle-même porte avec retenue des opinions distinguées. Revendiquant un sarkozysme flamboyant là où tous
méprisent cet arriviste qui ne dispose d’aucun des codes de
leur société, le jeune adolescent fait déjà preuve d’une morgue
assumée, emprise d’un esprit de sérieux vindicatif dont il ne se
départira jamais. Le mépris pour ses congénères ne se tait que
lorsqu’il se trouve face à l’héritier d’une grande famille, qu’il se
trouve alors à tenter de séduire. Au sein d’une école où la do-
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mination se construit silencieuse, l’être fait grand bruit. L’urgence de la distinction semble imposer en lui l’outrance, et la
sur-revendication d’une aisance matérielle et sociale qui fonderaient ses choix étonne en un environnement où personne
ne pourrait se plaindre de manquer, et dès lors aurait intérêt à
tenter par ces biais de se distinguer.
Comme toute école d’élite, l’Alsacienne est un lieu cruel pour
qui n’en dispose pas les clefs. Quelques outsiders, généralement
recrutés pour leur très bon dossier scolaire ou au sein d’une
classe musicale faite pour attirer les talents extérieurs, sont le
plus souvent le fruit des campagnes d’ostracisation orchestrées par les plus intégrés. A eux dont l’habit, le nom, l’accent
ou d’autres petits gestes trahissent l’habitus d’une origine sociale, culturelle ou économique différenciée, sont destinés les
dispositifs d’exclusion les plus manifestes, qui ne se résorberont qu’en fin de lycée. Formant une plèbe minoritaire et paradoxale qui suscite au mieux l’indifférence, le plus souvent les
railleries, et peine à organiser sa subsistance par la constitution
de communautés propres, ceux qui demain auront les destins
les plus intéressants sont en ces terres humiliés. Loin d’être le
lieu d’accueil des héritiers de la méritocratie républicaine, ni de
ceux qui se sont distingués en des domaines requérant abnégation et talent, la Scola Alsatica valorise en effet l’intégration à
l’existant bien plus que le génie, et favorise dès lors de façon
écrasante ceux qui se contentent de se comporter en héritiers
d’une reproduction sociale conformée.
*
En cette configuration, il n’est pas rare que des dommages collatéraux d’importance se fassent jour, révélant l’ampleur du
pouvoir concentré entre les mains de quelques-uns. Avec
d’autres fortes têtes, la classe de seconde de Gabriel Attal obtient ainsi le scalp de pas moins de trois professeurs, en un jeu
de massacre qui ne semble avoir aucune fin. Du fait d’un mauvais dosage des élèves qui y sont déversés, l’année tourne à la
74
catastrophe, poussant la professeure de SES à prendre sa retraite anticipée, et les professeurs de français et de biologie à
se faire remplacer pour burn-out, dans la jouissance et la clameur généralisée. L’accumulation de privilèges, les facilités offertes par leur background culturel, l’endogamie absolue et
l’absence d’enjeux scolaires importent un climat de guerre de
classe impossible à encadrer par l’établissement lui-même, les
élèves se montrant trop conscients de leur supériorité sur leurs
professeurs. Les plus fragiles de ces derniers qui, loin des matières nobles ou d’une origine sociale installée, ne sont que de
passage ou ne maîtrisent pas les codes d’une bourgeoisie
agressive, tombent immédiatement dans l’escarcelle d’élèves
soutenus par ceux qui jusqu’alors étaient martyrisés, et qui
trouvent dans la révolte contre les tenants de l’ordre qui les
écrase un défouloir inespéré. L’alliance est étrange, mais fonctionne à plein. Elle révèle aussi l’ampleur des malheurs privés
qui exigent de telles dévastations.
L’absence d’adhésion de la superstructure de l’école aux canons de la performance républicaine affaiblit encore plus bons
élèves et professeurs qui, s’ils sont choisis par la direction, ne
sont pas protégés, comme à Henri IV ou ailleurs, par le prestige
de leur institution. Contrairement à ce qui prévaut au sein des
grands lycées de la montagne Sainte-Geneviève, l’Ecole normale supérieure y est par exemple un nom inconnu de la majorité des élèves. Si SciencesPo, HEC et parfois Assas ou polytechnique font gloser les élèves – tant chacun apparaît comme le
garant d’une reproduction sociale réussite – c’est bien plus à la
comparaison de leurs résidences secondaires, les jeans diesels
alors à la mode ou les soirées qui commencent à mêler la fine
fleur de l’école à celles des lycées de l’Ouest parisien que se destinent les ambitions.
Tout est affaire de reconnaissance sociale, et rien ne passe par
le contenu. En cela, l’école est une parfaite préparation à ce que
deviendra la macronie, où n’arriveront que des individus sélectionnés par leur capacité à tenir l’apparence de domination, ses
us et ses coutumes, et aucunement par leur capacité à produire
un quelconque contenu. Démontrer son courage, se sacrifier au
75
nom d’une idée, s’engager même sont des idées en ces lieux farfelues. Les groupes de rock financés par les parents et relayés
dans l’espace médiatique par leurs amis, dont les Second sex seront à cette même époque la plus grande réussite – et, par sa
médiocrité abyssale, la plus symptomatique – créent des
contre-hiérarchies spectaculaires qui permettent à l’école de
rayonner et à ses impétrants de rompre l’impression d’appartenance à un espace de seconde zone au sein de l’oligarchie parisienne, écrasée par le capital économique et social des élites
de la rive droite et par le monopole « méritocratique » et culturel des grands établissements du Ve arrondissement. Ainsi ne
s’étonnera-t-on guère que l’une des rares personnes à s’être
distinguée très en amont au sein de la même promotion que
Gabriel Attal se trouve la chanteuse de variété Joyce Jonathan,
propulsée de façon éphémère dans les charts grâce à un savant
mélange de conformisme et d’assise sociale qui produira toute
une série de carrières moins impressionnantes, mais tout aussi
installées, chez ses congénères.
L’affaire n’est pas idéale pour Attal, qui doit se distinguer pour
survivre, et qui se trouve empris dans la priorité donnée à
« l’épanouissement des élèves » sur la réussite scolaire, qui attire tant de parents désireux d’inscrire leurs enfants en cet établissement. La spécificité d’un établissement où la réussite scolaire est devenue secondaire pour des héritiers d’un système
où il suffit d’obtenir des résultats réguliers pour légitimer la reproduction sociale sans le moindre effort dérange chez cet être
qui doit absolument démontrer sa valeur, rattraper son retard,
démontrer que son père aigri l’a injustement traité, et saisir
pour cela des opportunités qui lui sont offertes au sein de l’établissement. Or l’apparence méritocratique garantissant un succès sans efforts que rien ne permettra ensuite de distinguer, en
une société où la chose intellectuelle est entièrement dévalorisée, il n’y a pas à s’étonner à ce que le politique ou l’économique
deviennent des priorités, tandis que peu ou point de chercheurs, de grands scientifiques ou intellectuels, d’industriels et
de journalistes, sortent d’une institution chargée d’installer
plutôt que d’exiger.
76
Et voilà pourquoi il aura fallu toute une rupture intime et particulière comme celle qu’a connu Gabriel Attal pour qu’une exception se fasse jour, et faisant son chemin en ces environnements voraces, esquivant les tombereaux d’alcool et de
drogues qui dès la 4e font orgiaques leur apparition en des soirées de déglingue, se traçant un destin menant au plus jeune
âge au cœur de pas n’importe quel gouvernement.
La Macronie, en manque de jeunes cadres adhérant comme le
Président à l’existant sans ne porter autre chose qu’une plus
parfaite ambition de conformation, était l’écrin idéal pour ce
jeune garçon devant faire au plus vite, et ne souhaitant pour
cela rien sacrifier. La lutte pour l’intégration féroce qui autorise
tous les coups à l’alsacienne préfigurait celle qui dominera les
petits cercles parisiens une fois l’âge adulte atteint. Cour de récréation devenue lieu d’entraînement, l’Alsacienne singe tous
les dispositifs des pouvoirs qui attendent ses intégrants en
leurs lendemains et permet de s’y préparer avec aplomb, y
compris dans la reproduction de tous ses travers. On ne s’y regarde et ne s’y distingue que par l’apparence. Idéal creuset
pour une société médiatique où la politique sans substance
d’un pouvoir au conformisme délirant s’est imposée sans aucune contestation. En une ère où l’affirmation de sa suffisance
en un langage et un comportement correspondant aux codes
d’une certaine élite suffit – sans n’avoir rien fait de sa vie – à se
faire élire président avant quarante ans, les garnements de l’Alsacienne ayant cette petite chose en plus – en l’occurrence, une
parentèle précarisée qui va se mobiliser corps et âme pour
pousser son enfant à racheter les échecs de ses aînés – bénéficient d’une longueur d’avance irrattrapable pour qui par la
suite tentera de les concurrencer. Là où les élèves d’Henri IV et
de quelques autres établissements doivent s’épuiser à montrer
leur talent pour intégrer les meilleures grandes écoles, il suffit
à l’alsacienne de se montrer galant.
*
Ne soyons cependant point excessifs et ne retirons nul mérite
à notre sujet. Il reste tout de même à provoquer sa chance, et à
77
défaut de donner du contenu à ses ambitions, pour ne pas parler d’engagement, exploiter les opportunités qui sont offertes.
Car si Gabriel Attal est l’un des plus ambitieux d’un espace social où le contentement et la saturation des privilèges dominent,
il lui faut encore se distinguer, et ses provocations, qui seront si
fructifères dans l’espace médiatique, manquent encore au sein
des petites sphères de le consacrer.
Voilà donc que par ces mélanges que l’inconscient et les déterminismes sociaux suscitent, l’une des lycéennes de l’école va
attirer étrangement son attention au moment où son destin
commence à se préparer. Alexandra R., petite fille d’Alain Touraine, est surtout la fille de Marisol Touraine, hiérarque socialiste en vue. Trotskyste méprisant les social-traîtres de l’école
et ses pairs, Alexandra, qui finira à HEC, se trouve alors relativement isolée en un monde dont elle perçoit les limites sans
savoir les contourner, et se laisse fasciner par l’attention que
soudain lui octroie l’un de ses plus flamboyants acolytes. En
rupture de ban, prise en l’étau qui se constitue souvent en les
très grandes familles – sa mère a masqué son appartenance à
la grande aristocratie en faisant retirer sa particule, et son père
est l’un des diplomates les plus puissants du pays – ; en proie
aux désordres que nourrissent les mariages liant femmes et
hommes de pouvoir, Alexandra se laisse absorber par ce garçon aux manières de jeune premier qui s’apprête à devenir,
comme beaucoup de ses pairs, par pur effet de classe, bon élève
à l’orée du baccalauréat. Séduite par son outrance et son goût
de la transgression qui font écho à cette étrange rébellion que
suscite en elle son rejet par cet establishment de l’école, mais
aussi par l’aisance qu’il démontre en ces lieux où elle se sent
méprisée, Alexandra se laisse happer et l’introduit à sa demande en son cercle familial, lui offrant les clefs de son ascension de demain. Le discours de droite dure d’Attal, son rejet violent des connivences qu’il n’hésite pourtant pas à singer, se
trouve tant à l’opposé des siens qu’elle se laisse éprendre des
masques qui lui sont proposés, et de l’apparente capacité à la
convaincre qu’Attal, de façon subtile, lui fait miroiter.
78
C’est alors qu’intervient l’un de ces événements qui pourraient
surprendre qui ne connaît pas ces milieux. Devenus fusionnels,
et tous deux en quête d’ascension, Gabriel et Alexandra décident de se faire rajouter les particules que leurs parents
avaient décidé de masquer. Par un geste qui ne surprend pas la
direction de l’école tant il leur est devenu commun, ils demandent que soient ajoutés à leur nom leurs second nom de famille.
C’est ainsi qu’à la surprise de ses camarades, Gabriel Attal devient de Couriss, lors des appels faits par les professeurs en début d’année, tandis que sa camarade devient de Menthon. Voilà
M. Attal de Couriss en mesure de se distinguer parmi les grands,
suscitant quelques rires et étonnements.
Adepte des tours de force et des provocations, séduisant Marisol Touraine comme il a tenté de le faire avec Valery Giscard
d’Estaing, il se voit dans la foulée autoriser à mettre un pied
dans la campagne de Ségolène Royal et abandonne brutalement ses couleurs sarkozystes. Celui qui s’activait véhément en
faveur du candidat de la droite, qui ne cessait de revendiquer,
d’un sionisme radical à un refus de toute redistribution, des
opinions ultraconservatrices, se mue, à la surprise générale, en
un socialiste bon teint.
M. Attal de Couriss, qui n’a que 17 ans et n’a rien perdu de cette
assurance ravageuse et cruelle qui séduit ses interlocutrices,
obtient son bac avec aisance, quitte sans regrets l’école qui l’a
pouponné depuis l’enfance et intègre à quelques pas de là
SciencesPo, où il va remettre en place le dispositif déployé au
lycée. Adoubé par la « méritocratie républicaine », doté d’une
intelligence que le système vient de sanctifier, jouissant d’un
sentiment de toute puissance qui ne l’a jamais fait échouer, il
continue à se montrer conforme à sa classe, investissant en un
scooter qui le mène de son grand appartement du XIVe arrondissement à SciencesPo, méprisant la plupart de ses congénères qu’il considère à juste titre comme inférieurs socialement, commençant à inviter ses pairs les plus privilégiés en son
luxueux château et sa demeure de l’ïle-aux-moines, se tissant
79
ainsi un réseau et troquant les gargarismes sur ses origines16
par une soudaine croyance en l’idéologie méritocratique, se
montrant en somme indifférent à tout idéal, avant de se mettre
au service d’un projet politique qu’il vouait jusqu’alors aux gémonies pour ne servir que des ambitions.
Il faut dire que SciencesPo est un lieu idéal pour qui viendrait
de l’un de ces lycées que l’élite ne peut s’empêcher de consacrer.
En sa promotion, pas moins de douze étudiants proviennent de
la seule Henri IV, tandis que les anciens de l’Alsacienne y bénéficient du privilège de la connaissance parfaite du quartier et
d’une éducation qui les y a tout directement préparé, rendant
pour être tout à fait honnête inutiles les cours de ses deux premières années. Plus fort, s’y trouvant en position de domination par rapport à l’immense majorité de leurs camarades, ceux
qui y ont été admis en provenant de Paris bénéficient d’une
« prime sociale » qui attire à eux ceux de leurs camarades qui,
ayant échoué ou n’ayant pas même tenté le concours, doivent
maintenant réfléchir aux dispositifs qui assureront leur préservation au sein des élites parisiennes qui inquiète tant leurs parents.
*
Voilà donc l’être sans pensée qui peut, certes sans succès tant
les entreprises sont menées avec morgue, se présenter à la direction de la section SciencesPo d’un PS qu’il admettait
quelques mois auparavant haïr férocement, avant de tenter de
s’imposer par le truchement d’un ami de la famille comme
l’homme fort des comités de soutien à Ingrid Betancourt, y
trouvant là source pour construire des réseaux de socialité verticaux parfaitement complémentaires de l’assise sociale que lui
donne son intégration à SciencesPo. Le vernis d’engagement
qui lui est attribué tient cependant mal, tant il peine à masquer
arrogance et volonté d’écraser. S’installant à Vanves, à
quelques pas de l’appartement que ses parents financent, il

16 Sa particule, encore présente lors de son admission à SciencesPo, disparaîtra rapidement.
https://www.sciences-po.asso.fr/profil/gabriel.attaldecouriss13
80
tente de s’imposer organise dans la section locale du Parti Socialiste, organisant une visite de Marisol Touraine, ce qui lui
permet d’être présenté et adoubé au secrétaire socialiste et
conseiller municipal d’opposition, qui lui laissera sa place en
2014 et l’intronisera comme son successeur avant de se voir
brutalement trahi17. L’échec aux municipales frustrera les ambitions d’Attal, qui continue cependant à tenter de se rapprocher de l’inteligentsia socialiste. Si le rapprochement avec la famille Betancourt lui a certes permis de commencer à fréquenter ses premiers réseaux politiques après l’échec de 2007, sa
tentative d’inscription dans la roue d’Hervé Marro, qui deviendra rapidement conseiller à la mairie de Paris, échoue. Sa présence sur le Tarmac de Villacoublay lors du retour de Madame
Betancourt, en un événement lacrymal longuement raconté à
Paris Match lors de l’un des articles de l’été 2018, ne lui a rien
apporté.
*
C’est peut-être là le moment le plus décisif dans l’ascension
programmée de Gabriel Attal qui a nouveau, comprenant que
la chose pourrait ne pas l’aider, tente d’effacer sa particule18.
L’échec de la prise de la section PS de SciencesPo19 se double, à
son grand étonnement de difficultés scolaires. Fin connaisseur
de l’entre-soi que l’on apprend à comprendre et dominer à
SciencesPo, Attal s’ennuie tant qu’il manque à plusieurs reprises de redoubler. S’entourant comme à l’Alsacienne d’une
cour d’héritières mêlant êtres en perdition et ambitieuses fascinées, dont l’héritière d’un grand oligarque russe avec qui il
organise de menues soirées dans le seizième où se mêlent vue
sur la tour Eiffel et toutes formes de joies et de substances, il
17 http://www.leparisien.fr/espace-premium/hauts-de-seine-92/conseiller-de-marisol-touraine-et-dans-lopposition-locale-08-04-2014-3749023.php
18 http://ps-scpo.over-blog.com/article-profession-de-foi-de-gabriel-attal-candidat-a-l-election-de-secretaire-de-section-57039874.html
19 http://leplus.nouvelobs.com/contribution/195980-primaire-ps-six-concurrents-nicolas-sarkozy-commeseul-adversaire.html
81
doit faire le choix en troisième année d’un stage, ayant été exclu
des plus prestigieuses universités. Avec le soutien, par réseaux
familiaux, de Frédéric Mitterrand, le voilà qui porte son choix
sur la villa Médicis. Ce qui sera sa seule « expérience professionnelle » avant son recrutement par Marisol Touraine aux plus
prestigieuses fonctions de l’État puis son élection comme député – un stage pistonné, donc –ne lui ouvre pas les portes espérées. La première confrontation au réel de Gabriel Attal,
pourtant pour le moins balisée, est un échec. Mitterrand étant
parti au ministère de la culture avant son arrivée, Eric de Chassey l’a remplacé. Le professeur de l’école normale se lasse vite
de ce jeune homme provocateur incapable de travailler en
équipe. Le mur du réel est rude : voilà l’être qui avait fini par se
croire brillant quelques peu démuni dès lors que ses protecteurs ne sont plus mobilisés.
La période est rude, et fait deviner à Attal les difficultés qui l’attendront à la sortie des cocons où il a été jusqu’alors protégé. A
SciencesPo, la concurrence est rude avec d’autres héritiers qui
font montre d’une tout aussi importante rapacité. Il lui faut redoubler ses efforts, et cela sera fait. En des lieux où à aucun moment l’on n’exige de prouver sa valeur, le jeune premier s’agite,
apporte son soutien à François Hollande lors des primaires socialistes de 2011, tente à nouveau, via Marisol Touraine, d’approcher son équipe de campagne en rédigeant des notes à l’attention de Pierre Moscovici, et las, à nouveau, échoue. Rien ne
semble plus pouvoir le distinguer ni ne lui attirer les grâces audelà du cocon où il a été élevé. Même la liste étudiante à laquelle
il participe afin d’organiser les soirées de SciencesPo, vecteur
d’intégration primaire au sein de l’institution, n’obtient pas les
suffrages espérés et fait l’objet d’éprouvantes railleries20, tandis que son hommage au directeur défunt de SciencesPo sur la
plateforme collaborative « Le Plus », revendiquant en filigrane
une proximité inexistante, ne donne rien non plus. Voilà qu’il
commence à s’inquiéter.
20 http://lapeniche.net/election-bde-44-tabula-rasa-des-insatisfaits-pour-mieux-renover
82
Miracle cependant. Une certaine Alexandra R. devenue de M.
réussit à rattraper son retard en premier cycle et son échec à
Henri IV et intègre SciencesPo avec un an de décalage. Voilà
une ressource à mobiliser. Devant obtenir une expérience professionnelle avant sa diplomation, Gabriel Attal décroche un
stage auprès de… Marisol Touraine. Nous sommes en janvier
2012, en pleine campagne présidentielle, et celle-ci est chargée
du pôle affaires sociales, qui doit revenir à Martine Aubry une
fois le gouvernement formé. Ce qui ne devait être qu’un pis-aller se transforme par le plus grand des hasards en une piste de
lancement sans commune mesure. A la faveur d’une carambole
et suite au refus de Martine Aubry d’occuper son ministère, le
poste est proposé à celle dont la prestigieuse parentèle – Alain
Touraine occupant une position écrasante au sein de la seconde gauche – et un genre qui, en un environnement extrêmement misogyne et chargée depuis des années de ce sujet, ne s’y
attendait plus.
En un gouvernement sans ambitions ni idées, portée par une
campagne qui n’a servi qu’à consacrer les plus insignifiants,
voilà celle que l’on promettait au mieux à un secrétariat d’Etat,
propulsée nouvelle ministre des affaires sociales et de la santé,
poids lourd dotée de moyens extraordinaires pour appliquer
une politique de gauche tant attendue, et nécessitant pour cela
la constitution d’un entourage qui, à défaut de compétents ou
d’engagés, saura la protéger. Gabriel, qui à ce sujet n’y connaît
d’évidence rien, n’a pas encore exercé de fonctions professionnelles, ne dispose d’aucune spécialité universitaire et qui vient
d’apprendre qu’il devra redoubler sa dernière année à
SciencesPo, se voit proposer d’intégrer le cabinet du plus important ministère du gouvernement, au poste de conseiller.
*
Lointaines paraissent alors les années lors desquelles le jeune
garçon parsemait les réseaux sociaux de messages outranciers
et insultants, fleuretant bon l’extrême-droite et la misogynie la
plus crasse, incendiant la majorité socialiste à Paris et ses dirigeants. Gabriel Attal, 22 ans, est, par effets de proximités successives, soudain doté d’un salaire qui le propulse parmi les 5%
83
les plus favorisés du pays, doté de deux secrétaires, d’un chef
gastronomique, de voitures de fonction, et peut même se permettre passer un arrangement avec la direction de SciencesPo
pour obtenir sa diplomation. L’affaire, théoriquement exceptionnelle, lui permet d’être diplômé l’année suivante sans avoir
redoublé, grâce notamment à une validation d’acquis. Discret
mais habituel, ce genre d’accords permet à l’institution de couver ceux qui auront le surlendemain à en avoir la tutelle, et
ainsi d’en prolonger la domination.
Consacré par la République, Attal est bien en cette disposition.
*
Répétons-le, tant cela pourrait sembler absurde : à 22 ans, sans
expérience professionnelle préalable ni quelconque diplôme à
revendiquer, sans compétence particulière, Gabriel Attal qui
n’est plus de Couriss accède à l’un des plus prestigieux et importants postes de la République, et obtient de ce fait une rémunération qui va rapidement atteindre six mille euros par
mois primes inclues, en sus des avantages que tout régime octroie habituellement à ses plus illustres serviteurs. En charge
du poste le moins substantiel des cabinets, les relations avec le
parlement, il y est censé organiser la garde prétorienne de la
nouvelle ministre, et recrute immédiatement l’un de ses camarades de promotion, un certain Quentin Lafay, comme chargé
de mission. Doté d’un pouvoir d’autorité sur l’une des plus importantes administrations de France, dirigeant assistants, stagiaires et chargés de mission, se socialisant auprès de la fine
fleur de la République, l’homme sans expérience va se mettre
sous l’autorité d’un certain Benjamin Griveaux, élu du conseil
général de Saône et Loire et futur-ex-maire de Chalon, « proche
ami » d’un certain… Bernard Mourad. L’ami d’Ismaël Emelien
est un apparatchik socialiste pur jus qui, recruté comme conseiller politique et gagnant déjà, sur fonds d’État, plus de
10 000 euros par mois, n’hésitera pas à partir en 2014 au sein
d’Unibail Rodinco, rémunérateur pantouflage à près de 17 000
euros par mois, octroyés par l’une de ces entreprises dépendantes de la commande de l’État qui finance grassement des
« pantouflards » contre la mise à disposition des réseaux et
84
connaissances que l’Etat leur a offert pour servir le bien commun. Recruté afin de s’assurer qu’une niche fiscale ne serait pas
supprimée, après un parcours très classique l’ayant amené de
la grande demeure avec piscine et voitures de sport qu’il habitait rue Garibaldi à Chalon-Sur-Saône à HEC en passant par l’internat privé et SciencesPo, il reviendra ensuite « aux affaires »
comme porte-parole du gouvernement après avoir été nommé
par Emmanuel Macron, et prétendra par ce poste défendre l’intérêt général après en avoir exploité le garant.
*
Rue de Ségur, Gabriel Attal se sent vite à son aise. Entouré
d’êtres sans idées ni ambitions autres que pour eux-mêmes, il
se voit présenter un certain Stéphane Séjourné, jeune héritier
de la bourgeoisie versaillaise, passé par les très chics lycées
français de Mexico et de Madrid, alors en poste au sein du cabinet du président de région socialiste Jean-Paul Huchon, et qui
s’apprête à à peine trente ans à apporter les réseaux moscovicistes pour devenir le tout puissant conseiller politique d’Emmanuel Macron21.
L’affaire est enclenchée. Alors que le pouvoir socialiste s’effondre, ces jeunes intrigants sans idées ni pensée, n’ayant jamais été au contact du réel ni éprouvé la moindre difficulté –
n’ayant de fait montré aucune qualité ni compétence particulière autre que celle de se montrer autoritaires et cinglants –
préparent la relève. Griveaux s’oppose à Montebourg qui lui a
pourtant permis d’obtenir poste en Saône-et-Loire, et introduit
Séjourné au sein de la cour de l’une des valeurs montantes de
ce social-libéralisme inexistant dans la population, et pourtant
dominant dans les élites parisiennes : Emmanuel Macron. Pur
apparatchik devenu conseiller parlementaire du nouveau ministre de l’économie, Séjourné devient l’alter-égo de Gabriel Attal par la grâce de celui qui les relie tous, un certain Ismaël
Emelien. Formé à l’université de Poitiers où il a rencontré ce
21 « La simple évocation du nom de Séjourné suffit à faire blêmir ou frémir n’importe quel élu de la majorité », Le Point, 12 octobre 2017
85
qui formera l’avant-garde de la macronie, ces « Jeunes avec Macron » qui, de Pierre Person à Aurélien Taché, avaient déjà
tenté de prendre sans succès le MJS, Séjourné associe Gabriel
Attal à leur bande et tente dans un premier temps d’appuyer
Moscovici. Las, la manoeuvre échoue, et celui-ci, exfiltré à la
Commission Européenne, les laisse orphelins.
C’est alors qu’intervient le « miracle Macron », permis par les
réseaux que nous avons décrits, l’appui de l’inspection des finances, de Jean-Pierre Jouyet et du duopole Niel-Arnault, au
mépris de toute démocratie. Gommeux sans autre trajectoire
que celle consistant à servir son ambition, et prêt à spolier le
bien commun au service de ceux qui pourraient le servir, issu
du lycée jésuite La Providence qui joue un rôle similaire à celui
de l’Alsacienne à Amiens, ayant bénéficié de l’appui d’un père
alors tout puissant Professeur à l’hôpital de la ville et de la famille Trogneux, flambant héritier de la bourgeoisie provinciale
maîtrisant l’ensemble des rouages de la « méritocratie républicaine », Emmanuel Macron s’est vu, malgré son double échec à
l’ENS Ulm, lui aussi propulsé en quelques années au sein du gotha qu’il arrive à convaincre de le soutenir alors que s’effondrent l’ensemble des candidats du système, de Fillon à Juppé
en passant par Hollande, Valls et Sarkozy. Nommé ministre par
un Président aux abois alors même qu’il vient de quitter l’Élysée afin de créer un cabinet de lobbying, Macron n’a qu’une ambition là encore, se servir, mais manque cependant de réseaux
pour alimenter son cabinet. C’est le paradoxe : la propulsion a
été si rapide qu’il manque d’individus de confiance, capables de
préparer l’étape d’après. D’une jeune garde qu’Emelien, via Griveaux saura lui apporter.
*
L’ambition sans contenu du nouveau ministre, dont la seule
croyance se dépose en le système qui l’a constitué, se reflète
parfaitement en celle de Griveaux, qui l’a présenté à Séjourné,
la bande de Poitiers et leurs assimilés. Lorsque Macron cherche
un conseiller parlementaire, le jeune Séjourné apparaît d’autant plus idéal qu’il est intégré au sein de l’un des plus importants pouvoirs socialistes, se dit en mesure de siphonner pour
86
lui le courant de Moscovici « besoin de gauche » dont il a volé
les listings, et se montre nourrit aux mêmes ambitions que son
jeune aîné. Chargé d’assurer le succès de la loi Macron, Séjourné échoue par suite d’une manœuvre de Manuel Valls qui
scelle un lien de solidarité avec son ministre, l’injustice ressentie se doublant d’une multiplication de manœuvres visant à
faire se rallier les parlementaires à son projet.
Voilà que ces jeunes gens qui viennent d’échouer aux élections
intermédiaires, et voient leurs parrains s’effondrer, projetés en
une nouvelle aventure. Il ne s’agit pour l’instant pas de rompre
avec le pouvoir socialiste, mais bien plutôt d’en opérer la conversion finale à l’idéologie dominante et d’en saisir les derniers
rouages. Jouant d’un double jeu, grassement rémunérés pour
ce faire, participant à la paralysie du gouvernement, dans le silence des médias et de l’establishment se met en place une véritable stratégie de mobilisation des moyens de l’Etat au service du futur président de la République, qui lui continue sa
conquête des hautes sphères à travers les individus sus-mentionnés. Attal se trouve au cœur de ce dispositif, et mobilise
avec ses acolytes d’ahurissants moyens, discrètement mis en
œuvre afin d’assurer, à défaut de sa nomination à Matignon,
son élection.
Profitant de l’étrange pudeur qui saisit l’oligarchie lorsqu’il
s’agit de révéler ses relais d’influence, Gabriel Attal et Stéphane
Séjourné se trouvent presque par hasard au cœur du dispositif
et vont former l’un de ces « power couples » qui placent et déplacent les hommes et femmes selon leurs affinités et calculs
politiques, utilisant les moyens de l’État pour se servir sans ne
jamais avoir à rendre de comptes à qui que ce soit, participant
aux décisions sur des nominations qui normalement devraient
appartenir au bien commun. Peu leur importe alors la déliquescence d’un pouvoir socialiste qu’ils se contentent de piller, ainsi
que les idées portées par leur gouvernement. Quentin Lafay,
est envoyé sur recommandation de Gabriel Attal au ministère
de l’économie comme plume d’Emmanuel Macron22. Attal, qui
22 Qui a son tour fera nommer son camarade de promotion Hugo Vergès, comme « conseiller amérique » à
27 ans, en charge des relations avec l’administration Trump après avoir eu pour seule expérience professionnelle deux stages, et sa proximité avec le là-aussi futur conseiller de Macron Aurélien Lechevallier. M.
87
a été présenté à Séjourné par son camarade de cabinet Benjamin Griveaux, défendra à son tour sa nomination au gouvernement. Séjourné s’assurera lui que son conjoint, mais aussi Pierson, Taché et quelques autres obtiennent en temps voulu leurs
circonscriptions, en siégeant au sein du comité d’investiture
d’un parti censé écarter toutes les pratiques de l’Ancien monde,
et qui ne filtrera mot de ces cas de népotisme avérés23. Entre
temps, il s’agit de recruter à tour de bras, explosant les budgets
de représentation et les effectifs de cabinet, détournant les conseillers de leur fonction, organisant des événements dans le
seul but de servir leurs ambitions.
En charge des relations avec les députés socialistes, Attal siphonne au nez et à la barbe de Marisol Touraine les réseaux
parlementaires socialistes qu’il reçoit à tour de bras au sein de
son bureau pour les recommander à Macron via Séjourné. Tentant tout de même d’arracher l’investiture socialiste à Vanves
pour les législatives de 2017 – on ne sait jamais – il sert en
poisson-pilote discret le mouvement En Marche, qui ne se tient
non pas sans raisons à la lisière du Parti Socialiste au moment
de sa création. Tandis que Séjourné multiplie l’organisation
d’événements avec son collègue Ismaël Emelien à Bercy en faveur de leur candidat, utilisant les ressources du ministère
pour inviter en moins de deux ans plusieurs milliers d’entrepreneurs et autant de cadres dirigeants à qui ils proposent immédiatement des levées de fond en faveur de leur champion24,
Attal intègre discrètement la bande des « jeunes avec Macron »
qui forme l’ossature de ce qui deviendra le mouvement En
Marche et y place ses pions. Sans ne jamais s’exposer, veillant à
ne pas perdre son poste ni à perdre l’éventualité d’un adoubement socialiste, faisant campagne pour Bartolone lors des régionales de 2015, il obtient en parallèle de sa ministre la promesse d’une nomination à l’un des postes réservés à des hauts-
ferait ainsi partie, aux côtés de Bernard Arnault, Christine Lagarde, et de Thomas Pesquet de la cinquantaine
d’invités chargés de représenter la France au dîner d’État donné à Washington en l’honneur d’Emmanuel
Macron en 2018.
23 D’autres cadres de la macronie l’imiteront, Cédric O., conseiller de Hollande devenu l’un des plus
proches conseillers de Macron, faisant de sa sœur Delphine O. la suppléante de Mounir Mahjoubi et donc
députée dès lors que ce dernier est nommé, comme prévu, au gouvernement.
24 Voir à titre d’exemple : https://wikileaks.org/macron-emails/emailid/8357
88
fonctionnaires français à l’ONU New York. A vingt-six ans, le
voilà assuré d’obtenir, soit une députation, soit l’immunité diplomatique octroyée aux fonctionnaires internationaux et,
outre les diverses indemnités de fonction, le doublement de
son salaire. Tout cela dans l’ignorance la plus complète de sa
patronne, à qui François Hollande a promis Matignon et à qui
Attal continue de jurer fidélité.
*
Les échecs qui suivent n’importent plus guère, en un système
où les rapports d’influence priment sur les idées et les engagements. La mort de son père libère Attal d’une tutelle oppressante et lui permet d’officialiser sa relation avec Séjourné, par
le truchement d’un PACS qui scelle l’alliance de deux capitaux.
Utilisant les ressources sociales obtenues lors de son passage à
SciencesPo, Gabriel Attal recommande des individus « bien formés », à la confiance garantie par leur appartenance aux
mêmes réseaux de socialisation par brassées entières à Séjourné, qui, renforcé par cet influx auprès de Macron, sait
rendre à Attal l’influence que ce dernier lui permet d’acquérir.
Macron, qui a été propulsé en urgence du fait de la catastrophe
politique qui touche à tous les candidats du système, doit très
rapidement constituer des réseaux de confiance pour donner
l’impression d’être prêt. Pourtant, nul programme ni idée pour
gouverner, et il faudra des mois pour qu’enfin émergent des
propositions sérieuses, ses conseillers se montrant tout aussi
incapables d’imagination et de pensée que lui. L’appareil de
communication mis en branle fait de cette évidente difficulté
un atout, transforme en originalité la faiblesse, et permet de
masquer l’inanité d’une campagne montée en toute hâte pour
éviter que des candidats situés en dehors du système et de l’oligarchie puissent l’emporter.
*
89
Attal a parfaitement compris ce qu’il peut apporter à Emmanuel Macron, mais aussi à ce jeune homme nommé Séjourné
qui n’est pas sorti des grandes écoles et ne s’est pas socialisé au
sein des élites parisiennes. Les logiques de lutte contre le déclassement à l’œuvre au sein de ses anciens camarades de
l’Ecole alsacienne, alors même que la crise économique commence à créer des entonnoirs au sein des élites, lui donnent à
ce titre un avantage marqué. En position de pouvoir en un espace en expansion, il attire dans les filets de la macronie naissante une dizaine de jeunes qu’il sollicite, teste et sait recommander. Leurs noms jonchent les Macronleaks, qui exposent
leurs échanges de mails complaisants, mêlant sans fards monstrations d’amitié et propositions de service sans le moindre
contenu. Attal, qui se trouve au confluent de ces réseaux relationnels qui ont fait mêler anciens de l’Alsacienne et nouveaux
des grandes écoles, sait en jouer, et le système qui se met en
place lui permet, lorsqu’il échoue à obtenir l’investiture socialiste dans les Hauts-de-seine, de rebondir immédiatement.
Lorsqu’il obtient du néant et sans le moindre début de justification l’une des circonscriptions les plus courues et faciles d’accès du pays, personne ne moufte, car personne ne le connaît, ni
lui ni les mécanismes qui lui ont permis de monter. A Vanves et
Issy-les-Moulineaux, à quelques pas de Paris, là où André Santini, baron local tenant les lieux depuis vingt-ans a décidé de ne
pas se représenter, où plus de soixante pour cent des électeurs
viennent de voter pour Emmanuel Macron, voilà que celui dont
le conjoint siège au comité d’investiture pour y représenter le
Président de la République25, se voit ouvrir un boulevard. Emmanuel Macron s’apprêtant à être élu, Attal n’a plus qu’à officialiser son engagement, redessiner doucement son CV, et sans
guère de campagne, obtenir son mandat. Le 18 juin 2017, il
entre en cette Assemblée nationale qu’il connaît si bien et où
Alexandra R., maintenant oubliée, l’avait introduit quelques années plus tôt.
25 « Il connaît – « pour les avoir choisis », fanfaronne-t-il devant ses proches – chaque élu LREM ». Le
Point, 12 octobre 2017.
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Immédiatement bombardé whip de la commission des affaires
culturelles et éducatives grâce à l’appui de son conjoint – qui
continue de taire leur relation et, devenu conseiller politique à
l’Elysée, est chargé de superviser la distribution des postes au
sein de la nouvelle Assemblée – Attal prend dès lors sans difficultés un ascendant incompréhensible pour le quidam sur ses
nouveaux camarades députés. Nourri à la source du pouvoir,
au courant de toutes les confidences de l’Élysée, ayant toujours
un coup d’avance, il est nommé dans la foulée rapporteur de la
loi créant Parcoursup, dont la mise en place catastrophique
n’aura là encore aucun d’effet sur la suite des événements. Tirant de sa proximité avec l’Élysée, dont les raisons ne sont jamais explicitées, une ascendance sur des journalistes sevrés
par la politique du secret mise en œuvre au château, il échange
des informations, se fait mousser, donne l’impression d’une altière supériorité. L’accès au pouvoir fascine et justifie a posteriori un génie qu’autrement personne n’aurait perçu. De pl, personne n’a plus d’intérêt à exposer les ressorts de son ascension.
La fausse pudeur en vogue dans l’oligarchie, doublée de la
crainte d’un outing qui serait mal perçu, protègent la mystique
d’Attal et sa capacité à s’imposer. Le voilà distillant à droite à
gauche anecdotes, tout en couvrant de façon méticuleuse les
ressorts de son ascension, obtenant de Richard Ferrand tout ce
que son conjoint ordonne à ce dernier d’octroyer.
Il reste cependant à transformer cet immense capital en notoriété. Malgré l’échec de Parcoursup, enlisé en des polémiques
interminables, et l’absence encore d’un quelconque fait de
gloire – doté d’un charisme contestable et d’une éloquence incertaine – le jeune député est cependant et contre toute logique
bombardé porte-parole du parti présidentiel en décembre
2017. L’insigne inconnu se montre incapable en un premier
temps de susciter un quelconque intérêt, et tarde deux mois à
provoquer le moindre article à son sujet. C’est alors que Séjourné obtient de l’Elysée qu’il soit invité à la matinale de
France Inter en pleine mobilisation des cheminots et des étudiants, à la place d’un Jean-Michel Blanquer qui sait très bien
l’intérêt qu’il trouvera à ne pas s’exposer.
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C’est alors que l’assurance de classe qu’il démontrait dès ses
plus jeunes années trouve en ce poste matière à expression.
L’affaire, si elle commence à vriller, rassure Macron qui voit en
ce jeune garçon un second parechoc, dont l’arrogance dépasse
la sienne, et qui saura dès lors détourner les coups. Dans sa circonscription, Attal n’hésite pas à briser une grève de postiers
épuisés, distribuant le courrier grimé en employé de l’ancien
service public pour « défendre ses administrés » et multiplie
les marques d’une pensée n’ayant plus à déguiser sa véritable
nature.
Les années socialistes sont écartées, et revient la véritable pensée d’un être construit et institué par et pour le service de sa
classe, qui comme Macron n’a plus de raison de le masquer. Il a
à peine le temps de voter contre l’interdiction du glyphosate
après avoir déclaré publiquement vouloir son interdiction26,
appuyer la proposition de loi contestée sur les fake news, décrire le gouvernement italien comme étant « à vomir »27 et
d’appeler à la mobilisation contre le « momo challenge »28, que
l’attend l’étape d’après. Se présentant moins d’un an après son
élection, à seulement 28 ans, à la présidence du groupe parlementaire majoritaire de son pays, Attal ne retire sa candidature
qu’une fois assuré que quelques semaines plus tard, un ministère lui sera octroyé. L’Elysée vient de lui offrir les réseaux de
Mimi Marchand, enclenchant une campagne de propagande visant à préparer et légitimer a posteriori sa nomination au gouvernement. Gabriel Attal, encore doté d’un salaire de près de
six mille euros par mois et de trois collaborateurs travaillant à
temps plein dans le seul but d’assouvir ses ambitions, n’ayant
toujours pas démontré la moindre idée ou engagement, a troqué les majordomes et voitures de fonction qui le servaient au
ministère de la Santé entre ses 22 et 27 ans par ceux de l’Assemblée. Lorsque, le 16 octobre 2018, il est nommé Secrétaire
26 https://www.liberation.fr/checknews/2018/09/17/quel-depute-a-vote-pour-ou-contre-l-interdiction-duglyphosate_1679273
27 https://www.ladepeche.fr/article/2018/06/12/2816259-aquarius-imagine-france-participe-trouversolution-humanitaire-bateau-declare-gabriel.html 28 https://www.20minutes.fr/societe/2328551-20180831-depute-lrem-gabriel-attal-demande-mesurescontre-momo-challenge-gerard-collomb
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d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, avec les attributions budgétaires et politiques qui vont
avec, en charge de la mise en œuvre du service universel, il est
peut-être, avec son conjoint, le seul à ne pas être surpris. Une
anecdote d’apparence insignifiante alors resurgit : plus d’un an
après son élection, le jeune député n’avait, au moment de sa
nomination, toujours pas inauguré de permanence électorale
dans sa circonscription. Comme si la star montante de la macronie n’avait pu s’empêcher de signifier à ses propres administrés à quel point, en son parcours, ils n’avaient pas compté.
*
Alors que le peuple bruisse, achevons cette fable en posant une
question. Pensait-on que ces êtres serviraient des idées, eux qui
se sont constitués au service d’intérêts ? Pensait-on que ces individus nous grandiraient, eux qui se sont contentés, tout au
long de leur vie, de construire une ambition que rien ne venait
substantialiser ? Pense-t-on vraiment qu’en de telles circonstances, la suite de l’histoire ait à être contée ?

 

 

 

Pourquoi s’étonner de ce que l’oligarchie, ses activistes et spadassins ne feraient pas l’union sacrée contre l’insurrection populaire ? Pourquoi Macron ne tenterait il pas avec la Droite et certainement l’extrême droite, de radicaliser sa position conservatrice en instrumentalisant les institutions, la réforme à venir pour en quelque sorte  tenter le coup de LNBonaparte millésime 2019 ..

En quoi serait il inimaginable que Pinaut, Bouygues, Niel, Drahi, le nain du Médef, Pigasse, Arnaud et consorts sans oublier  Bollore moyennant quelques « marchés » fassent front au delà de leurs divergences afin de mettre au pas l’insurrection en cours … et qui risque de prendre une dimension nouvelle avec l’actuel début de rébellion policière ?

N’est ce pas Fabrice Arfi, au Médef que des patrons affolés demandaient de tout lâcher récemment après le 8 décembre ? N’est ce pas à l’Elysée qu’un hélico avait été commandé (Canard Enchaîné) afin de parer toutes les éventualités ?

Quant aux « agents » mi pègre mi barbouzes, ne sont ils pas les interfaces d’avec des services étrangers pour parer eux aussi à toute éventualité ?

N’est ce pas Castaner qui le 18 décembre 2018 à propos des ronds points de Chatellerault à l’Assemblée, évoquait un comparaison entre les gilets jaunes et les talibans ?

On peut craindre tout de ce gouvernement si le mouvement en cours s’arrêtait … et avec la bonne presse que nous connaissons, on aurait les mêmes qui hier réclamait les oreilles et la queue de la Grèce, les mêmes qui nous racontent que le pays vit au dessus de ses moyens et qu’imposer les riches c’est les faire fuire, les mêmes qui font des « investigations » toujours contre les mêmes qui s’uniraient pour nous compter un nouveau « Je suis Charlie », une nouvelle raison d’Etat afin de cautionner un coup d’Etat de l’oligarchie comme sous LNB, comme aussi lors du référendum de 2005.

Deux spadassins du régime se rencontrent … quoi de plus normal dès lors que pas un « contre pouvoir » pas un journaliste n’aura le ventre de chercher ce qui effectivement pouvait bien motiver l’entrave à la justice de la nuit où on déménagea le coffre de Benalla …

 

Il serait peut être temps à ce stade de se pencher de nouveau sur l’épisode de Juillet dans le port d’Oran (forte implantation de MSC) … un port aussi fréquenté par le groupe Bollore , où un container de cocaïne a été prétexte à une purge sans précédent depuis Boudiaf de l’ensemble de l’armée Algérienne, des dirigeants de wilayas, de l’Assemblée, etc … sur fond de « 5ème mandat » de la « momie » Bouteflicka alors que Macron s’est rendu deux fois à Alger, avant et après son élection rencontrant un nombre conséquent d’hommes d’affaires liés à Said Bouteflicka, le véritable dirigeant de ce pays lié à la France.

On connaît aussi les liens de Djouhri avec Alger, mais encore… ceux de Benalla avec le Maroc qui ont été dénoncé par la presse Algérienne en Juillet 2018, c’était le 23…

Car à ce stade … et « en même temps » … difficile de croire que ce qui se passe à Alger ne peut pas être instrumentalisé depuis Paris par les uns ou par les autres, de part et d’autre du pouvoir.

Ce qui est frappant c’est l’absolu silence de la presse détenue par les courtisans bénéficiaires du CICE et de l’ISF concernant les affaires algériennes, ainsi que des médias où Niel ou « Mimi » ont des parts … Faut il aussi leur « foutre la paix » ?

A Brigitte désemparée (les fêtes approchent!) Carla a conseillé de demander à Tapie comment faire rebondir Emmanuel avant la nouvelle année.

Je crois qu’ils ont prévu un réveillon à la Mamounia pour en parler.

Benalla a réservé les suites et, mandaté par le roi du Maroc, il a été chargé de la sécurité de cet aréopage de choix.

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