Le Luxembourg, bientôt royaume du cannabis

Le Luxembourg, bientôt royaume du cannabis

Le Grand-Duché envisage de dépénaliser la production et l’usage récréatif du cannabis. Une mesure dans la lignée de la politique progressiste assumée du premier ministre Xavier Bettel.

Par Jean-Pierre Stroobants Publié le 14 décembre 2018 à 13h38, mis à jour à 01h18

Temps deLecture 2 min.

A priori, le pays ne devrait pas aller jusqu’à une légalisation totale, comme en Uruguay ou au Canada.
A priori, le pays ne devrait pas aller jusqu’à une légalisation totale, comme en Uruguay ou au Canada. BEN NELMS / BLOOMBERG VIA GETTY IMAGES

La reconduction de son gouvernement a longtemps semblé compromise, mais le premier ministre Xavier Bettel a rétabli la situation et est parvenu à sauver in extremis – 31 sièges sur 60 – sa coalition de libéraux, socialistes et écologistes, lors d’élections législatives, en octobre. Début décembre, il pouvait donc prêter à nouveau serment devant le grand-duc Henri, le chef de l’Etat. Et, dans la foulée, dévoiler un programme tonitruant, à faire pâlir les « gilets jaunes » – qui n’existent pas dans ce pays figurant parmi les trois plus riches au monde.

Au menu de sa coalition, on relève, en effet, rien de moins que deux jours de congé légal supplémentaires, l’annonce de la gratuité de tous les transports publics, une promesse de déductions fiscales supplémentaires pour les résidents étrangers ainsi que l’augmentation de 100 euros du smic (soit 2 048 euros brut depuis juillet) – Emmanuel Macron s’en serait-il inspiré ? Autre annonce fracassante : une volonté de légaliser le cannabis. Un coup fumant qui confirme que, décidément, il va falloir changer de regard sur le Grand-Duché, qui s’étend sur 2 600 kilomètres carrés.

On y voit encore flou

Passé du conservatisme chrétien démocrate à un progressisme assumé, le pays s’est, en effet, doté en quelques années d’une législation sur l’euthanasie, le mariage entre personnes de même sexe et la reconnaissance d’un troisième genre. Avant d’envisager cette dépénalisation de la production et de l’usage récréatif du cannabis. A l’heure actuelle, seul son usage à des fins thérapeutiques est autorisé.

Jusqu’où ira le projet, dont ni l’étendue ni la date d’entrée en vigueur ne sont précisées ? On sait que seuls les adultes pourront en consommer tranquillement, mais on ignore, à ce stade, quelles seront les décisions concernant la production. Sera-t-elle, aussi, autorisée à domicile ? L’accord de gouvernement parle seulement d’instaurer, sous le contrôle de l’Etat, « une chaîne de production et de vente nationale ».

A priori, le pays de M. Bettel ne devrait pas aller jusqu’à une légalisation totale, comme en Uruguay ou au Canada, qui ont l’un (en 2013) et l’autre (en 2018) autorisé totalement la vente, la production, l’achat et la consommation. Il ira plus loin, en revanche, que les Pays-Bas, qui ont resserré la vis en n’autorisant – en principe – la vente que dans les coffee shops et l’achat de 5 grammes au maximum. La détention de cinq pieds de la plante y est tolérée, mais la production à plus grande échelle y est, en revanche, interdite. Des projets pilotes de culture légale ont cependant été lancés dans une dizaine de villes néerlandaises dans le dessein d’éviter la mainmise des groupes mafieux sur l’approvisionnement.

La questions des taxes et recettes

Ailleurs en Europe, la détention de cannabis est punie au-delà de 3 grammes en Belgique, de 6 à 15, selon les Länder, en Allemagne et de 25 au Portugal, tandis qu’elle reste totalement illégale en France. Le Luxembourg, qui compte par ailleurs, depuis 2005, une « salle de shoot » et prévoit d’en créer une deuxième à la fin de cette année, devra aussi régler la question des recettes et des taxes liées à la dépénalisation du cannabis. Elle est, jusqu’ici, évoquée « de façon assez pudique », note Le Quotidien.

Le gouvernement préconise que les bénéfices provenant de la vente de cannabis soient investis en priorité dans « la prévention, la sensibilisation et la prise en charge dans le vaste domaine de la dépendance ». Un projet pas totalement convaincant, mais on sait qu’en matière d’usage de l’argent les dirigeants luxembourgeois n’ont, en général, pas beaucoup de leçons à recevoir.

Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, bureau européen)

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