Tchad: censure démasquée, silence français

Tchad: censure démasquée, silence français

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Banalisée depuis plusieurs mois, la censure des réseaux sociaux par l’État tchadien doit faire l’objet d’un rapport accusateur de la part d’ONG examiné ce 13 novembre par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Une première victoire pour une opposition citoyenne mobilisée contre un régime autoritaire soutenu par la France depuis près de trente ans.

Les Tchadiens connectés s’étaient habitués à s’informer et à communiquer via leur téléphone portable. Les voilà depuis de longs mois contraints de renoncer à WhatsApp, Twitter et autres Facebook et de coller l’oreille au bon vieux poste radio.

Au pouvoir depuis vingt-huit ans, Idriss Déby a fait de la censure d’Internet la norme dans un pays comptant déjà l’un des taux d’utilisateurs les plus faibles au monde. Le réseau privé virtuel (VPN) permet de la contourner, mais au prix fort. « Les écoliers, les étudiants, beaucoup n’ont plus les moyens de se connecter quotidiennement. Certains ne le font qu’une fois par semaine, voire une fois par mois. Cela a entraîné une baisse notable de la fréquentation », explique le blogueur Annadjib Ramadane.

L’information s’en trouve étouffée. « La censure se ressent sur le trafic car 70 % de nos visiteurs viennent des réseaux sociaux, devenus des outils indispensables pour échanger entre nous, avec nos lecteurs et nos informateurs », témoigne Mamadou Djimtebaye, directeur de publication de Tchadinfos.com. Dans un pays classé parmi les cinq plus pauvres du monde, ces blocages auraient coûté plus de 18 millions d’euros à l’économie nationale, selon une estimation de l’ONG Internet sans frontières. Le Tchad n’est pas le seul pays du continent africain à connaître ce genre de pratiques (voir cette carte), mais il se range du côté de ceux où le cybercontrôle s’exerce de manière renforcée.

Idriss Déby reçu à l'Élysée par Emmanuel Macron, lors de la conférence sur la Libye, le 29 mai 2018. © ReutersIdriss Déby reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron, lors de la conférence sur la Libye, le 29 mai 2018. © Reuters

D’abord sporadiques, les barbelés numériques se sont peu à peu installés dans le quotidien des Tchadiens. Une première fois en février 2016, à la suite de la diffusion sur les réseaux sociaux du viol d’une lycéenne par des fils de notables, puis en avril de la même année, lors de l’élection présidentielle. Il avait fallu attendre la fin de l’année pour un retour à la normale.

Rebelote depuis mars 2018. Confrontée aux dénégations du ministre de la sécurité publique qualifiant de « ragots » les accusations de blocage, l’ONG a voulu établir des faits en s’appuyant sur une expertise technique. Résultat, plus de 26 000 utilisateurs ont accepté que soit « scanné » leur téléphone, fournissant ainsi « des preuves techniques irréfutables sur le ralentissement sélectif ou sur la limitation des services Internet par les principaux opérateurs au Tchad », selon les mots du partenaire NetBlocks.

Les deux opérateurs en question, l’indien Airtel et le luxembourgeois Tigo, sont poursuivis en justice par un collectif d’avocats tchadiens. « Ces deux compagnies n’ont jamais communiqué ni informé sur la restriction d’accès alors qu’elles y sont obligées légalement », explique Frédéric Nanadjingue, l’un des avocats du collectif. La procédure d’appel engagée à la suite du rejet de la plainte a beau avoir peu de chances d’aboutir, l’objectif de décrédibiliser le pouvoir au travers des pratiques des opérateurs est déjà atteint.Airtel et Tigo ont reconnu bloquer le réseau à la demande de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep). Convoquée par le tribunal, cette dernière a produit un document signé du ministre de la sécurité publique ne laissant aucun doute sur l’origine gouvernementale de la censure. « Cela a permis de mettre à nu tous ceux qui sont derrière cette restriction », explique l’avocat.

Coïncidence ? Début octobre, en plein procès, Airtel a innondé N’Djamena de publicités vantant la division par huit du prix d’un de ses forfaits. « Cela donne une idée des marges qu’ils se font », critique Saleh Kebzabo, opposant arrivé deuxième à l’élection présidentielle de 2016.

Avec deux autres ONG, Internet sans frontières a également porté le combat contre la censure au Tchad à l’ONU. Leur rapport accusateur sera discuté à l’occasion du passage du Tchad à l’examen périodique universel du Conseil des droits de l’homme, le 13 novembre. « C’est une grande victoire, se félicite Abdelkerim Yacoub Koundougoumi, responsable d’Internet sans frontières pour l’Afrique centrale. Nous aurons l’occasion d’attaquer publiquement le régime. C’est une tribune importante car personne ne parle du Tchad. Ce sont avec ces petites batailles gagnées, des droits grignotés les uns après les autres que nous pourrons faire fléchir le régime. » En 2016, le blocage avait été levé après l’envoi d’une lettre aux autorités tchadiennes par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

À l’image des réseaux sociaux, toutes les formes de contestation sont durement réprimées par Idriss Déby, 65 ans, arrivé au pouvoir en 1990 après avoir renversé Hissène Habré. Les journalistes critiques, défenseurs des droits et manifestants sont systématiquement intimidés, arrêtés ou emprisonnés, dans un contexte d’effondrement du système public lié à la brusque chute du cours du pétrole, à la mauvaise utilisation de la manne pétrolière et à la corruption.

« Les efforts de diversification entrepris par le passé au Tchad n’ont pas abouti », constate la Banque mondiale dans un récent rapport. Priorité du budget national, l’armée a été accusée fin octobre par la Convention tchadienne de défense des droits de l’homme (CTDDH) de crimes de guerre dans la région du Tibesti, sur fond de découpage administratif contesté, d’exploitation aurifère et d’attaques de mouvements rebelles.

Le Tchad n’en demeure pas moins un allié indéboulonnable des forces étrangères en guerre contre le terrorisme au Sahel, au premier rang desquelles la France, présente militairement dans le pays de façon quasi continue depuis son indépendance en 1960. Paris doit à N’Djamena le sacrifice de ses soldats envoyés en première ligne contre les djihadistes au Mali lors de l’opération Serval, lancée en janvier 2013. Elle y a également installé le commandement de l’opération Barkhane, qui lui succède en juillet 2014. Le Tchad est enfin l’un des cinq membres de la force du G5 Sahel, impatiemment attendue par une force Barkhane bien seule au front avec ses alliés touaregs décriés.

Ces interdépendances ont conduit la France à mesurer ses paroles quand il s’agit de défendre les libertés des citoyens au Tchad et au Sahel. Sous Ibrahim Boubacar Keïta, le Mali a fait son entrée dans le club des pays censeurs d’Internet. Pas une remarque de Paris. De passage au Niger en décembre 2017, Emmanuel Macron avait qualifié le pays dirigé par Mahamadou Issoufou d’« exemple pour la démocratie ». Il l’avait ensuite reçu à l’Élysée en juin 2018, malgré des mois de répression de manifestations et d’emprisonnement d’activistes.

« Tout ne peut pas être sacrifié au nom du partenariat sécuritaire, dénonce Succès Masra, économiste et leader du mouvement Les Transformateurs. La censure d’Internet s’inscrit dans un cadre global de fermeture de l’espace démocratique. »

À l’exception de rares questions écrites au gouvernement, la politique française au Tchad est peu remise en cause à l’Assemblée nationale. Député LREM du Rhône et membre de la commission de défense, Thomas Gassilloud est le seul des sept députés membres du groupe d’amitié France-Tchad, rassemblant des élus LREM, LR et Insoumis, à avoir répondu à nos mails.

Avec le député Jacques Maire, ils sont revenus début octobre d’un déplacement au Tchad sans un mot sur la censure ni la répression. « J’ai découvert le blocage en arrivant sur place, écrit-il à Mediapart. En trois secondes, j’ai utilisé mon VPN [un tunnel sécurisé entre l’ordinateur et un réseau extérieur – ndlr]. Mes amis iraniens font la même chose et le blocage ne me semble que sur le papier. » Si la mission du groupe d’amitié est« d’entretenir le lien entre parlements, pour converger vers des bonnes pratiques démocratiques », le thème des blocages des réseaux sociaux n’a pourtant « pas été évoqué, tellement les autres sujets nous ont mobilisés ».

TOUS LES COMMENTAIRES

On les voit bien, les « exemples pour la démocratie » selon Manu…

Chez nous, il est en train de préparer une censure sur fessebouc™ avec son pote Zuckerberg : on ne pourra bientôt plus dire que du bien de LaReM… C’est rassurant d’avoir un président qui s’occupe enfin de nous, sinon nous serions tous capables de voter pour des populistes/nationalistes sans même nous en rendre compte surprised !

Vous oubliez le Mali. Des femmes et des enfants périssent sous les missiles français. Cela rappelle les  »Mechta » rasées en Algérie. Plus aucun homme ne s’y trouvait…

 Il n’y a que des démocraties exemplaires en Afrique, et des pays « amis » en conflit permanent à qui nous vendons des armes… la France, pays des droits de l’homme…

« Tchad: censure démasquée, silence français »

Il serait bon de comprendre que le temps des colonies est terminé et que la France n’a pas à se mêler des affaires intérieures tchadiennes.

Ce que font les autorités tchadiennes en matière de censure est l’affaire des tchadiens. Aucune société française n’est par ailleurs concernée. Le fait que le Tchad participe à des opérations militaires aux côtés de l’armée française ne confère pas à la France un droit de regard sur leurs affaires intérieures. Donc ce silence est justifié.

Sans le soutien de la France, Déby serait-il encore en poste ? Si nous maintenons artificiellement ce régime, nous avons aussi à répondre de ses manquements.

 Celui qui ne sait pas est un IGNORANT , celui qui SAIT et qui SE TAIT est un criminel ! DISAIT Bertolt Brecht …moi, je connais cette phrase ainsi…

Il existe aussi une autre  traduction :  « Celui qui ne sait pas est un ignorant, mais celui qui sait et qui ne fait rien est un criminel » Bertolt Brecht:

« Not’mait » quoi qu’il en soit est :FORT AVEC LES FAIBLES ET TELLEMENT FAIBLE AVEC LES FORTS…Donc SON silence est on ne peut plus justifié !!!!!!

  • NOUVEAU
  • 13/11/2018 15:52
  • PAR 

La France n’a jamais abandonné ses colonies. Elle maintient des dictateurs en place en Afrique partout où elle le peut.

Quand une critique se fait jour, elle s’abrite toujours derrière « la lutte contre le terrorisme ».

Sauf que le terrorisme ne serait pas ce qu’il est si le monde n’était écrasé par le talon de fer des riches puissances.

Macron hait les « riens ». Rien pour le Bien des Peuples ne viendra de lui: sauf les armes de leurs bourreaux.

Il est clair que les Insoumis ne sont tels que contre les systèmes Européen et français « antidémocratiques » qui opprimeraient le bon peuple ; les peuples de l’extérieur doivent, eux, se débrouiller tous seuls. C’est l’une des raisons pour laquelle le problème d’accueil des migrants est un non-sujet pour ce parti.

J’ai tendance à penser, sans doute à tort, que les Droits de l’homme devraient s’appeler « les Droits de l’homme blanc ». Car j’ai du mal à imaginer l’Apartheid en Afrique du sud perdurer ne fut ce que trois mois si les victimes avaient été des hommes blancs ; ou encore le commerce d’esclaves d’hommes noirs en cours en Libye passer sous silence si la marchandise était de peau blanche.

Pourtant je reste optimiste…

« Pourtant je reste optimiste »… eh bien pas moi…ce que vous dites m’interpelle car avant l’apartheid j’ai quasiment lu tout André Brink et ce que vous dites au sujet des blancs est tellement atrocement vrai…Après l’apartheid (si l’on veut croire que ce soit fini) je n’ai plus vraiment lu Brink, car bêtement, le fait de penser que « tout allait tellement mieux », m’a fait « filer » vers d’autres auteurs divers et variés comme on dit « bêtement » aussi, mais j’assume!

Je me souviens de ce vrai chagrin de Brink qui regardait l’Afrique du Sud avec un certain désespoir car « elle » n’était pas devenu ce qu’il espérait… Je me souviens de ceux « satisfaits » qui avec condescendance disait en parlant du désespoir de Brink malgré la fin de l’apartheid (si l’on veut croire que ce soit fini) /  » Ah oui, mais Brink il est dans l’affectif… j’ai bien failli en pleurer quand j’ai entendu « ça » !!!

J’arrête là…je ne vais quand même pas écrire un roman…d’ailleurs je ne saurais pas faire…

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