#Turquie Arabie Saoudite Avec l’affaire Khashoggi, Erdogan dispose d’un nouvel atout dans son jeu diplomatique !

 

 

Avec l’affaire Khashoggi, Erdogan dispose d’un nouvel atout dans son jeu diplomatique

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Dans la rivalité opposant depuis plusieurs années la Turquie à l’Arabie saoudite pour le leadership sur le Proche-Orient sunnite, le scandale de l’assassinat, à Istanbul, du journaliste saoudien Jamal Khashoggi fournit au président Recep Tayyip Erdogan un formidable instrument de pression et de négociation face au prince héritier Mohammed ben Salmane.

Istanbul (Turquie), de notre correspondant.– Si Recep Tayyip Erdogan est réputé pour son instinct politique, il est aussi un dirigeant chanceux. De la crise financière turque de 2001 qui l’a porté au pouvoir, au coup d’État manqué du 15 juillet 2016 qui lui a permis de purger son administration de toute forme d’opposition et d’imposer un régime autoritaire à la Turquie, le président turc a toujours pu compter sur sa bonne étoile. Une baraka dont il a su, à chaque fois, tirer le meilleur parti.

L’affaire Jamal Khashoggi, ce journaliste et dissident saoudien assassiné le 2 octobre dans les locaux du consulat général d’Arabie saoudite à Istanbul, ne déroge pas à la règle. Depuis la disparition du collaborateur du Washington Post, des sources bien placées au sein de l’appareil judiciaire turc multiplient, sous le couvert de l’anonymat, les révélations à la presse, qui ont déjà contraint Riyad à reconnaître la réalité du crime et sa préméditation.

Ces « fuites » savamment distillées laissent entendre qu’Ankara détient des preuves accablantes – on évoque notamment un enregistrement sonore de l’assassinat – mettant en cause la direction de l’État saoudien, à commencer par son homme fort, le prince héritier ben Salmane. La situation est une aubaine pour Erdogan, alors que la rivalité entre la Turquie et l’Arabie saoudite, née lors du Printemps arabe, pour le leadership sur l’Est méditerranéen et le Proche-Orient sunnite, a atteint un point culminant.

Recep Tayyip Erdogan et le roi saoudien Salmane à Ankara, le 12 avril 2016. © REUTERS/Umit BektasRecep Tayyip Erdogan et le roi saoudien Salmane à Ankara, le 12 avril 2016. © REUTERS/Umit Bektas

Entre les deux pays, la confiance et la cordialité n’ont jamais été de mise. Ancienne puissance tutélaire de la péninsule Arabique, l’Empire ottoman n’a pas laissé que de bons souvenirs. « D’abord, l’Empire ottoman a réprimé une insurrection en 1818 et fait décapiter les leaders de la famille al-Saoud », rappelle Yasar Yakis, qui a été le premier chef de la diplomatie de l’ère AKP (le Parti présidentiel de la justice et du développement, islamo-conservateur), entre 2002 et 2003. « Par la suite, il a choisi d’appuyer des rivaux de la maison al-Saoud, la famille al-Rachid. Les Saoudiens ont toujours gardé à l’esprit cet arrière-plan historique. »

Réciproquement, les Turcs n’ont pas oublié le « lâchage » de l’Empire ottoman par l’émir de La Mecque et son soutien à la révolte arabe pendant la Première Guerre mondiale. L’émergence d’une Turquie républicaine et laïque sur les décombres de l’Empire, en 1923, n’a pas arrangé la situation. « Il y a différents mots en arabe qui traduisent le concept de laïcité. L’un d’eux signifie être hors de la religion. Quand j’étais à Riyad, c’était toujours ce terme que les Saoudiens choisissaient pour désigner le régime turc », se souvient Yasar Yakis, qui fut ambassadeur de Turquie en Arabie saoudite de 1988 à 1992.

L’accession au pouvoir de l’AKP et d’Erdogan, issu de la mouvance islamiste, a en revanche été accueillie comme un « soulagement » par les Saoudiens, ajoute l’ancien ministre. L’Arabie saoudite est familière de l’islam politique turc. Elle a financé ses associations et ses entreprises amies à travers la Ligue islamique mondiale, fondée en 1962 à La Mecque par le prince Fayçal pour promouvoir le panislamisme. Lorsque le leader historique du mouvement, Necmettin Erbakan, qui a été le mentor politique d’Erdogan, a accédé pour la première fois à une fonction gouvernementale, en 1974, un de ses premiers gestes a été d’effectuer une visite officielle à Riyad.

Mais la volonté du nouvel exécutif turc de faire assumer à la Turquie un rôle de puissance régionale et la popularité acquise par Erdogan dans l’ensemble du monde musulman à la faveur de ses passes d’armes avec Israël – coup de colère contre le président israélien Shimon Peres lors du sommet de Davos en 2008, en réaction à une opération de Tsahal à Gaza, rupture des relations diplomatiques en 2010 après une attaque meurtrière (neuf Turcs tués) des commandos israéliens contre une flottille d’activistes cherchant à forcer le blocus de Gaza – ont vite jeté un froid à Riyad.Le fossé s’est sensiblement creusé à l’occasion des soulèvements arabes. « Quand le Printemps arabe a commencé, les dirigeants de l’AKP ont cru à l’émergence d’une zone dominée par les Frères musulmans, qui serait allée de la Tunisie jusqu’à la Syrie, en passant par la Libye et l’Égypte, commente Yasar Yakis, qui a également été ambassadeur au Caire de 1995 à 1998. Et ils ont pensé que la Turquie pourrait devenir le leader de cette ceinture des Frères musulmans, avec qui ils partageaient une même vision. »

L’islam politique turc s’est en effet inspiré, à partir de la fin des années 1970, des Frères musulmans et de leur mode d’action – toucher les classes défavorisées des banlieues et des campagnes par l’intermédiaire d’organisations de la société civile. À l’inverse, le régime saoudien a toujours abhorré les idées déstabilisatrices des Frères, qui remettent en cause l’autorité des pouvoirs en place et ne se sont pas privés de critiquer la famille Saoud.

Depuis lors, Ankara et Riyad se sont opposés sur la plupart des dossiers régionaux. Alors que l’Arabie saoudite a applaudi la reprise en main de l’Égypte par le maréchal Abdel Fattah al-Sissi après un coup d’État à l’été 2013, la Turquie a accueilli de nombreux Frères musulmans égyptiens fuyant le putsch. Les réunions de l’opposition syrienne, souvent organisées à Istanbul, ont été le théâtre d’innombrables querelles entre factions proches des Frères musulmans, soutenues par la Turquie et le Qatar, et poulains de l’Arabie, laquelle accorde en outre un soutien matériel aux milices kurdes, qu’Ankara rêve d’éradiquer.

Quand la Turquie convoque des pays membres de la Ligue arabe pour soutenir la cause palestinienne, l’Arabie saoudite se signale par son absence. Quand l’Arabie appelle à lutter sur tous les fronts contre l’influence de son ennemi iranien, c’est la Turquie qui se fait discrète.

Chantage à la « murder tape »

Au grand dam de Riyad, la diplomatie turque a pris pied, au cours des dernières années, sur la péninsule Arabique, pré carré saoudien. Soumis à un blocus imposé par l’Arabie depuis l’été 2017, le Qatar a accueilli avec soulagement l’installation d’une base militaire turque sur son territoire, qui hébergerait actuellement, selon la presse turque, quelque 3 000 soldats. Le petit État n’a pas été chiche de sa reconnaissance, puisqu’il a promis pour 15 milliards d’euros d’investissements en Turquie en août dernier, alors que le pays traversait une grave crise monétaire.

Ankara a également signé récemment un accord de coopération militaire avec le Koweït, inquiété par le ton comminatoire du prince Mohammed ben Salmane dans la gestion de différends pétroliers. Dans ce contexte tendu, Recep Tayyip Erdogan semble résolu à tirer un profit maximal de l’affaire Khashoggi, tout en évitant une crise frontale avec la famille Saoud, qui ne servirait pas les intérêts de la Turquie.

La presse turque déchaînée sur Khashoggi. © Capture d'écran BBCLa presse turque déchaînée sur Khashoggi. © Capture d’écran BBC

Pour atteindre cet objectif, le reis a habilement joué sur deux tableaux depuis trois semaines, astreignant d’un côté les instances officielles de l’État turc à la plus grande retenue, tout en maintenant la pression sur le royaume saoudien à travers des « fuites » calculées à la presse et des éditoriaux vindicatifs des médias progouvernementaux.Mardi, au cours d’une allocution très attendue devant son groupe parlementaire, le chef de l’État a dénoncé un meurtre « politique » et « prémédité »« La conscience internationale ne sera pas apaisée tant que toutes les personnes impliquées, des exécutants aux commanditaires, n’auront pas été punies », a-t-il prévenu, avant de proposer aux autorités saoudiennes de transférer les suspects à Istanbul – dont 18 membres supposés du commando impliqué dans la mort du journaliste – pour les y juger.

Erdogan s’est cependant abstenu de présenter au public les preuves que la Turquie affirme détenir. Il n’a pas non plus prononcé dans son allocution le nom du prince ben Salmane.

Ses « gâchettes » médiatiques, en revanche, ne se sont pas privées de ce plaisir. « Les personnes à présent suspectées d’avoir tué Khashoggi sont les bras droits du prince héritier qui ont été utilisés à de nombreuses reprises dans le passé. Ils ont été utilisés pour réduire au silence des hommes d’affaires et d’autres membres de la famille royale pour aider MBS [l’acronyme souvent utilisé pour désigner Mohammed ben Salmane – ndlr] à créer son système totalitaire », écrivait ainsi mercredi, dans le quotidien Daily Sabah, Ilnur Çevik, éditorialiste et conseiller médias d’Erdogan. « Désormais, où qu’il aille, le prince héritier sera regardé comme l’homme qui a le sang de Khashoggi sur les mains. »

Dans le quotidien Habertürk, l’éditorialiste Fatih Altayli a résumé l’opinion dominante des analystes turcs après le discours présidentiel : « Ce que j’ai compris du ton du président Erdogan, c’est le message suivant : vous avez été pris sur le fait. Je peux vous faire mal mais je ne le ferai pas. De votre côté, faites plus attention dans votre attitude à l’égard de la Turquie. »

Pancartes à l'effigie de Jamal Khashoggi, déposées devant les grilles protégeant le consulat d'Arabie saoudite lors d'une manifestation qui rendait hommage au journaliste assassiné, jeudi 25 octobre à Istanbul. © NCPancartes à l’effigie de Jamal Khashoggi, déposées devant les grilles protégeant le consulat d’Arabie saoudite lors d’une manifestation qui rendait hommage au journaliste assassiné, jeudi 25 octobre à Istanbul. © NC

Pour Sedat Ergin, du quotidien Hürriyet, un des bénéfices recherchés par le président turc est un affaiblissement du soutien jusque-là inconditionnel accordé à MBS par le chef de l’État américain Donald Trump. « La marge de manœuvre de l’administration Trump s’est considérablement rétrécie », écrit-il. Le Washington Post rapportait mardi que les autorités turques avaient fait écouter l’enregistrement sonore du meurtre à la directrice de la CIA, Gina Haspel, en visite à Ankara. « Une personne familière avec cet enregistrement a indiqué qu’il était incontestable et pourrait mettre plus de pression sur les États-Unis pour tenir l’Arabie saoudite responsable de la mort de Khashoggi », affirme le quotidien. Sedat Ergin fait également remarquer la déférence avec laquelle Erdogan s’est adressé, dans son discours, au roi Salmane, dont il a dit « ne pas douter de la sincérité » – une distinction visant selon lui à isoler encore un peu plus le prince héritier.

Dans son chantage à la murder tape, le reis serait davantage à la recherche de contreparties d’ordre économique, estimait pour sa part une source proche de l’exécutif de l’AKP, préférant s’exprimer sous le couvert de l’anonymat. « Il s’agit plutôt de contreparties financières, éventuellement dissimulées. Un soutien financier qui ne va pas se refléter dans les bilans officiels de la Turquie mais qui se gérera peut-être de la main à la main », affirme cette source.Reflet des mauvaises relations diplomatiques entre les deux pays, le commerce bilatéral était en net repli en 2017, les exportations turques vers le royaume saoudien tombant à 2,73 milliards de dollars alors qu’elles n’étaient pas passées sous la barre des 3 milliards depuis 2011, tandis que les investissements directs étrangers saoudiens en Turquie étaient inférieurs à 10 millions de dollars – contre 320 millions de dollars pour le Qatar.

Au lendemain du discours d’Erdogan, le prince héritier saoudien a pris la parole pour la première fois sur l’affaire Khashoggi, qualifiant d’« incident hideux » et « douloureux » le meurtre du journaliste. Cherchant visiblement à apaiser la situation, il a affirmé que « la justice prévaudra[it] » et qu’il n’y aurait « pas de rupture des liens avec la Turquie ».

Jeudi, le procureur général d’Arabie saoudite a admis que les suspects accusés du meurtre avaient commis un acte « prémédité », une version que Riyad n’avait jamais évoquée jusqu’ici. Peu après l’annonce du procureur, des médias d’État saoudiens ont indiqué que le prince Mohammed avait présidé jeudi la première réunion d’une commission chargée de restructurer les services de renseignement.

TOUS LES COMMENTAIRES

Les photos qui parlent… On a enfin pigé.

Merci. Nous nous doutions un peu qu’erdogan voulait annuler le traité de Sèvres.

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Traité_de_Sèvres

Vous savez très bien à quoi médiapart était occupé depuis une dizaine de jours, non?

Ils sont en campagne pour leur candidat aux européennes, celui qui a soutenu l’ANI et le CICE.

Mais bien sur, il a des convictions à gauche hein…

« Vous savez très bien à quoi médiapart était occupé depuis une dizaine de jours, non?  »

Découper Mélenchon en petits morceaux ?

J’ai bon ?

  • NOUVEAU
  • 27/10/2018 13:17
  • PAR 

Il nous reste à recevoir une information sur ce qui se passe dans les couloirs du pouvoir saoudien. À propos, le personnage sur la photos n’est pas MBS, mais le roi Salmane.

Dans un site israélien comme Dreuz, on apprend que Jamal Kashoggi était un horrible personnage proche de ces abominables Frères musulmans, dont Israël ne déplore pas tant que cela la mort.

  • NOUVEAU
  • 27/10/2018 13:31
  • PAR 

Trois grandes familles se partagent le pouvoir en Arabie, les Saouds, les Ben Ladens et les Khashoggis.

Présenter ce Khashoggi comme un simple journaliste est éminemment réducteur. C’était avant tout un politique qui s’était reconverti au journalisme aux USA après qu’il se soit retrouvé en opposition avec le Prince MBS. Là on est proche des vendetta à la Corse ou à la Sicilienne.

La logique serait que le Roi MBS sacrifie son jeune homonyme au profit de l’un ou l’autre des nombreux princes que compte cette famille monarchique pléthorique (harems obligent).

Tant que ce ne sera pas fait, Erdogan tiendra l’Arabie Saoudite par les couilles et pourra la faire cracher au bassinet (au grand dam de ces crétins d’Amerloques qui l’ont absout des attentats du 11 septembre, et que pourtant Macron essaie tant de singer) !

Oui. Les motivations de ce khashoggi étaient loin des grands principes des « droits de l’homme » ou du Bien commun, sauf pour s’en servir comme paravent. Nous assistons à des règlements de comptes internes aux dictateurs saoudiens. Objectivement, ce crime est quand même abject. Mais pas plus que le reste, ce dont sont capables les mbs-trumps-poutines-macrons.

KSA a un poids plus important que la Turquie mais la Turquie est un pays qui mêle développement, religion et liberté, ce que les citoyens du monde arabe cherchent, de plus les politiques de MBS vont dans le sens contraire des ambitions du citoyen arabe, sa derive autoritaire, son rapprochement avec l’Israel et ses politiques intérieures font que la Turquie ait avance.

Mahomet a inventé l’Islam pour tenter d’unifier les tribus arabes au nom d’un commandement religieux intouchable : ça a remarquablement bien marché… au début !

Aujourd’hui les Saouds continuent à exploiter à fond le filon en brandissant le wahhabisme contre tous les pays musulmans potentiellement concurrents. Dans cette lutte, l’Arabie saoudite a toujours été très contente de l’existence d’Israël pour lutter contre l’Egypte de Nasser & Co, la Syrie des Assads, l’Irak de Saddam Hussein, et l’Iran (depuis qu’il est aux mains de ses principaux concurrents religieux, les chiites).

En définitive, de tous les multiples conflits au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite ne s’en était mêlée physiquement d’aucuns, avant de s’attaquer au Yémen, avec le succès qu’on sait (faut dire que l’impunité dont elle a bénéficiée après le 11 septembre a pu lui laisser croire qu’elle était effectivement protégée par Allah).

 

Les saoudiens s’étaient déjà mêlés de la guerre civile au Yémen entre 1962 (dépôt de l’imam par son armée) et 1967 (retrait des égyptiens suite à la guerre des 6 jours) et ils ont fait parti de la coalition lors de la guerre du Koweit. Lors de cette première guerre du Yémen, ils étaient les alliés des houtistes de Saada dont ils sont maintenant les ennemis.

Vous faites juste abstraction de cette mâne céleste qu’est le pélerinage à la Mecque. La rotation interne au sein de la fratrie Saoud (tous produits américains) ou cette prépondérance imaginaire turque ne sont qu’accessoires. Les States veulent s’approprier les bénéfices substantiels de la  »croyance ». Combien de millions de musulmans sous leur coupe ? Voyages uniquement à bord de leurs aéronefs, l’hôtellerie exploitée à leur entier bénéfice. Sera intronisée la branche qui acceptera cette mise sous tutelle économique. Il y avait une multitude de moyens et de lieux pour perpétrer cet assassinat, sauf qu’il fallait ficeler dos à dos l’Arabie et la Turquie qui sont tombés pieds et poings liés dans le piège. Selon les voeux capitalistiques, aucune tête ne doit dépasser. L’Europe est tolérée (il est vrai qu’elle a enfanté  »l’Amérique ») sous conditions… par exemple, être la servante lors d’agressions armées (Afghanistan, Iraq, Syrie…) en échange de pourboires…

  • 27/10/2018 16:18
  • PAR 

Cette histoire n’a rien à voir avec la chance et elle a été orchestrée à Ankara avec tout l’art qu’on connaît des services secrets turcs …

Erdogan du même coup joue un coup de billard multibandes dont les Saoudiens ne sont pas la seule cible.

1) Erdogan joue un coup de maître contre MBS afin de consolider ses positions dans la péninsule arabique, notamment au Qatar, avec l’objectif de faire financer là bas son influence sur le monde musulman … ce n’est pas d’une influence religieuse qu’Erdogan veut.. .L’Islam n’est ici que l’autoroute de son projet politique qui est de réaliser l’expansion de la Turquie.

2 ) Il est déjà financé par l’Allemagne… d’abord par les investissements de la communauté germano turque, dont certains membres ont même investi la sphère médiatico politique. Ensuite par les subsides de la RFA pour la gestion des migrants.

3) Ce qui se joue est une intense bataille culturelle pour l’hégémonie d’Erdogan pour supplanter les deux capitales déchues du monde arabe (le Caire et Bagdad).  La Turquie tient actuellement des positions en Syrie et en Irak. Il semble que le Hamas gazaoui ait déjà de fructueuses relations avec l’AKP.

4) Le soutien à Sisi … fait que Al Azar, l’université du Caire fief des frères musulmans lourdement réprimés sont enclins à se tourner vers le leader turc …

5) l’influence des frères musulmans vent debout contre les wahabites et les saoudiens se lit aussi au Maroc, et en Algérie.

6) Erdogan livre toute l’information aux occidentaux UE et US … afin de les mettre en défaut quant à leur discours sur les « droits de l’Homme » … ce qui fait objectivement l’affaire de Poutine qui sait lire dans la stratégie d’Erdogan. Soit les UE et US isolent MBS et cela permet d’avancer en terre arabe, soit ils continuent leurs commerces … et alors ils sont discrédités et alimentent le nationalisme turc en soutien de l’AKP d’Erdogan. C’est aussi donc une vengeance contre l’attaque subie par la livre turque ces derniers mois, qui met à mal l’économie de ce pays.

7 ) Il faut craindre une offensive une offensive politique de premier ordre contre la Grèce dans les prochains mois et contre Chypre … Politique… avec des provocations militaires, car ce qui est en jeu c’est le pétrole et le gaz dont les terminaux syriens sont à portée de main d’Erdogan, ainsi que la zone gazière et pétrolière supposée en Mer Egée.

8) Il est également clair qu’en cas de réalisation de ses objectifs, et si MBS continue son entêtement à vouloir tout régenter dans la péninsule arabique alors qu’il est enlisé au Yemen, alors Oman sera un nouveau soutien pour Erdogan. Alors ce dernier se retournera directement et « naturellement » contre l’Iran en entraînant avant certainement, les occidentaux dans le conflit.

Voilà ce que dit l’affaire Khashoggi dont on se complaît à décrire la boucherie pour ne pas voir l’ineptie de la réaction occidentale dont celle de Macron est une caricature… Ce n’est pas la boucherie (même odieuse ) qui est importante, mais le point qu’Erdogan vient de marquer, dans la révision générale et politique du monde musulman qu’il opère… avec pour objectif Ankara et Istanboul comme futur capitale culturelle d’occident du monde musulman. Ce après avoir lourdement pesé dans la décision prise par les Saoud de s’aventurer au Yemen.

C’est le cas de le dire… La vision de l’UE et de l’OTAN avec notamment les agissements de Merkel depuis trois ans sont totalement hors sol et en dehors de la plaque et annoncent une défaite politique majeure… si ce n’est pas militaire.

Donc,  Recep Tayyip Erdoğan est une brute sanguinaire, Mohammad Ben Salmane un crétin, les Ayatollah des séniles, l’Emir du Qatar limité intellectuellement.

Donc la terre est plate. Ite missa est.

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