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Disparition mystérieuse d’un journaliste saoudien dans son propre consulat

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Dans un scénario qui semble tiré d’un James Bond, Jamal Khashoggi, un journaliste critique du régime de Riyad, s’est rendu au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Quarante-huit heures plus tard, il n’est toujours pas réapparu.

Cela ressemble à une scène tirée d’un film de James Bond. Malheureusement, elle n’a rien de fictif. Mardi 2 octobre 2018, vers 13 h 30, le journaliste saoudien Jamal Khashoggi, 59 ans, a pénétré dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie, pour y récupérer un document administratif afin de pouvoir se marier avec sa fiancée turque. À 21 heures, plusieurs heures après la fermeture du consulat, celle-ci, qui l’attendait à l’extérieur, a fini par sonner l’alarme : Jamal Khashoggi n’était toujours pas sorti du bâtiment. Quarante-huit heures plus tard, il n’a toujours pas réapparu ni donné signe de vie à sa famille ou à ses amis.

Jamal Khashoggi.Jamal Khashoggi.

La police turque, chargée de la protection du poste diplomatique, a assuré à une association de journalistes avoir visionné les bandes vidéo de surveillance de l’immeuble sans y trouver nulle trace de la sortie de Khashoggi. Sa fiancée ainsi que ses proches et ses collègues soupçonnent le régime saoudien de l’avoir enlevé.

À Riyad, le gouvernement saoudien a assuré mercredi 3 octobre que Jamal Khashoggi avait bien quitté le consulat après avoir récupéré ses papiers, mais les Turcs ne semblent pas partager cette version. Le porte-parole et conseiller à la sécurité nationale du président Erdogan a affirmé le même jour : « Nous suivons ce problème avec attention. Selon nos informations, cette personne est toujours à l’intérieur du consulat d’Arabie saoudite. »

Disparition, exfiltration ou enlèvement de Jamal Khashoggi : aucun des cas de figure ne peut être exclu au vu de l’attitude du prince héritier Mohamed ben Salmane (surnommé MBS) ces derniers mois. En novembre 2017, il a retenu pendant plusieurs jours le premier ministre libanais en visite à Riyad, le contraignant à une humiliante démission en direct à la télévision (qui sera retirée ensuite). À la même époque, il a fait procéder à une rafled’une centaine de membres de la nomenklatura saoudienne pour les enfermer dans un hôtel pendant plusieurs semaines. Ils ne sont sortis qu’en crachant au bassinet une partie de leur fortune. Un peu plus loin des spotlights, MBS a également fait procéder aux arrestations d’une dizaine de critiques de son régime (théologiens réformateurs, militants des droits des femmes, blogueurs).

Jamal Khashoggi ne fait pourtant pas partie des critiques les plus véhéments du régime actuel. Cousin du milliardaire vendeur d’armes Adnan Khashoggi, lui-même oncle de Dodi al-Fayed, l’ultime amoureux de Lady Di, le journaliste est issu d’une des grandes familles saoudiennes proches du pouvoir. Après avoir démarré sa carrière comme journaliste en Afghanistan, où il interviewera plusieurs fois Oussama Ben Laden, il n’a cessé de faire des allers-retours entre des postes de conseillers auprès de la famille Saoud et des responsabilités à la tête de différents médias du royaume.

Mais, en 2017, c’est la rupture. Dans la guerre civile interne à la famille régnante, il appartient au clan des perdants. Même s’il soutient la « vision 2030 » de MBS et ses ambitions réformatrices, il devient ouvertement critique des méthodes du prince héritier et du poids trop important accordé aux religieux dans la gestion des affaires du royaume. Il s’exile à Washington, où il devient commentateur pour le Washington Post et un invité fréquent des chaînes de télévision américaines pour commenter l’actualité du Moyen-Orient. Dans sa dernière chronique en date du 18 septembre 2018 pour le Washington Post, il dénonce la répression en cours en Arabie saoudite, fustigeant ceux qui s’expriment candidement, et regrette de n’avoir pas su, par le passé, hausser la voix : « Cela m’était douloureux de voir mes amis arrêtés. Mais je ne disais rien. Je ne voulais pas perdre mon emploi ni ma liberté. Je m’inquiétais pour ma famille. J’ai fait un choix différent désormais. J’ai quitté ma maison, ma famille et mon travail. Faire autrement serait revenu à trahir ceux qui croupissent en prison. Je peux désormais parler quand d’autres ne le peuvent pas. »

Sont-ce ces mots qui ont attiré le courroux de MBS ? Rien ne permet de l’affirmer, mais la disparition de Jamal Khashoggi au consulat saoudien d’Istanbul suscite les craintes. « C’est un message clair adressé aux critiques du régime, a expliqué le dissident saoudien réfugié au Canada Omar Abdulaziz. Cela signifie : nous pouvons mettre la main sur vous où que vous soyez. Et si nous vous attrapons, votre famille paiera également. »Khashoggi était en effet en Turquie afin d’épouser sa fiancée. Pour cela, il avait besoin d’un document officiel de son pays validant le divorce d’avec sa précédente femme, restée en Arabie saoudite. C’est à cette fin qu’il s’est rendu au consulat mardi 2 octobre, et qu’il n’en est toujours pas ressorti à l’heure où ces lignes sont écrites (jeudi 4).

Reste à voir comment vont réagir les autorités turques, qui ne sont pas en très bons termes avec Riyad. Le parti du président Recep Tayyip Erdogan est proche des Frères musulmans alors que le mouvement politique islamique est la bête noire des Saoudiens. Ankara affiche également sa sympathie pour le Qatar qui, depuis un an, est en conflit ouvert avec l’Arabie saoudite. En bref, tout cela ferait un excellent James Bond. Mais on n’en connaît pas encore la fin et, contrairement au cinéma, le méchant risque de l’emporter.

TOUS LES COMMENTAIRES

  • NOUVEAU
  • 04/10/2018 19:29
  • PAR 

Comme tous les dictateurs, » MBS » craint plus que tout la transparence et la liberté d’expression. Que l’on se permette d’essayer de rendre compte de la réalité de ce qui se passe dans son pays lui est insupportable. Alors, il a trouvé la parade, la même que celle qu’il emploie contre ses concitoyens qui contestent sa mainmise absolue sur le pouvoir : il tue.(T Cantaloube)

sinon merci pour votre article et dans vos enquêtes  a venir …une pensée pour l économiste ESSAM AL ZAMAL arreté en ARABIE .

Et on peut compter sur Emmanuel Macron, président du pays supposé des droits de l’homme eux-aussi supposés, pour s’opposer à MBS et exiger la liberté de ce garçon. Hein? comment, ah voui, nos contrats, les ventes d’armes, de rafales, de chars Leclerc, ? ah voui c’est juste, on va plutôt demander à Justin Trudeau, les Canadiens n’ont pas de ces pudeurs…

Il serait très improbable que ce soit le premier.

Peut-être demander un coup de main à Macron, il est très pote avec MDS.

macron-et-mds-01
  • NOUVEAU
  • 05/10/2018 09:22
  • PAR 

Hallucinant.

Il est peut-être déjà parti par les tuyaux

La saoude caustique…

Mais on n’en connaît pas encore la fin et, contrairement au cinéma, le méchant risque de l’emporter.

Qui sont les gentils ? Les gentils frères mus, la Turquie d’Erdogan et le Qatar, qui sont comme chacun sait des défenseurs de la veuve et de l’orphelin (enfin ça dépend lesquels) et les pays de cocagne des journalistes indépendants ?

Bonne chance à ce journaliste, coincé entre les islamistes tendance frères mus et islamistes tendance saoud…

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Une réflexion sur “#Turquie #Israel Arabie Saoudite #USA Disparition mystérieuse d’un journaliste saoudien dans son propre consulat

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