#Libye #Angleterre #France #USA Saïf al-Islam Kadhafi: «Comment l’argent libyen est venu à Sarkozy» !

Saïf al-Islam Kadhafi: «Comment l’argent libyen est venu à Sarkozy»

Mediapart a eu accès à l’intégralité du témoignage transmis par Saïf al-Islam Kadhafi aux juges. Tout en confirmant les versements, le fils du défunt Guide libyen relie les financements de Sarkozy en 2007 à sa promesse d’une révision du procès d’Abdallah Senoussi dans l’attentat en 1989 contre le DC10 d’UTA.

Quoi qu’en dira Nicolas Sarkozy, c’est un nouveau et important témoin à charge contre lui dans l’affaire libyenne. Saïf al-Islam Kadhafi, le fils du Guide libyen naguère invité d’honneur dans les jardins de l’hôtel de Marigny, a écrit aux juges français, le 11 juillet dernier, pour leur communiquer son « témoignage » au sujet des « rapports » de l’ancien président français avec l’État libyen, et le rôle de ce dernier « dans le financement de sa campagne électorale ».

Ainsi que Le Monde l’a révélé, dans ce document transmis le 10 août par ses avocats londoniens, Saïf al-Islam Kadhafi confirme la remise à Claude Guéant d’une somme de 2,5 millions d’euros en espèces, par l’ancien directeur de cabinet de son père, Bachir Saleh, afin d’abonder la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

Saïf al-Islam Kadhafi, le 15 mai 2014, au tribunal de Zintane, en Libye.Saïf al-Islam Kadhafi, le 15 mai 2014, au tribunal de Zintane, en Libye.

Selon une scène cocasse déjà rapportée par l’ancien premier ministre libyen Baghdadi al-Mahmoudi, le collaborateur de Sarkozy avait dû grimper sur la valise trop remplie pour la fermer…

Le 16 mars 2011, à la veille de l’offensive occidentale en Libye, Saïf al-Islam Kadhafi avait été l’un des premiers à évoquer l’affaire devant une caméra d’Euronews, exigeant que « Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale »« J’étais le premier à évoquer le financement de la campagne de Sarkozy devant les médias, suites aux incidents de février. Je n’avais demandé la permission à personne à ce sujet, car Sarkozy avait démontré qu’il n’était pas un allié sincère et avait joué un rôle critique dans l’aggravation du conflit en Libye », expose aujourd’hui le fils Kadhafi.

Sept ans plus tard, l’ancien président français est mis en examen pour « corruption passive »« financement illicite de campagne électorale » et « recel de détournements de fonds publics libyens », et l’actuel État libyen, né des décombres du régime de Kadhafi, s’est même constitué partie civile dans l’affaire, au vu de l’enquête préliminaire ouverte à Tripoli.

L’intégralité du document rédigé par Saïf al-Islam Kadhafi, auquel Mediapart a eu accès, est une synthèse accablante des compromissions dont l’équipe Sarkozy est accusée avec le régime libyen. Nous en publions donc les principaux extraits.

 1. Saïf al-Islam Kadhafi confirme le rôle clé de Takieddine, les paiements à Guéant, la promesse d’une grâce du condamné Senoussi, et le rôle de l’avocat de Sarkozy, Thierry Herzog.

« Un personnage dénommé Ziad Takieddine fait son apparition. Mohamed Abdallah Senoussi avait fait sa connaissance et l’avait présenté à son père, Abdallah Senoussi [directeur du renseignement militaire, et beau-frère de Mouammar Kadhafi – ndlr]. Ziad Takieddine s’est présenté en tant qu’ami de Sarkozy, et a proposé l’organisation d’une visite de ce dernier à Tripoli. Senoussi s’est chargé de l’organisation de la visite et de la rencontre.

Ziad Takieddine est celui qui a parlé avec Abdallah Senoussi, qui a personnellement parlé à son tour avec le Guide. Senoussi a discuté [avec Mouammar Kadhafi] de la candidature de Sarkozy et s’est vu promettre l’examen de la question. Par la suite, Takieddine a coordonné avec Abdallah Senoussi et son fils Mohamed l’organisation de la visite du ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy et nous a prévenus de sa venue. Sarkozy a rencontré le Guide [le 6 octobre 2005 – ndlr] et tous deux ont discuté de sa demande d’obtenir un soutien en vue de s’engager en tant que candidat dans la campagne de l’élection présidentielle.

Sarkozy avait pour rival Dominique de Villepin, également candidat. Or, les chances de réussite de ce dernier étaient maigres, ce qui avait été confirmé par des rapports spécialement commandés à cet effet. Ceci avait encouragé l’État libyen à s’intéresser à la question du soutien à Sarkozy, qu’il avait effectivement reçu sous la forme d’une somme de deux millions et demi d’euros. M. Sarkozy a dépêché un représentant, M. Claude Guéant, afin de recevoir l’argent ; et j’ai appris de Bachir Saleh qu’il avait reçu l’argent en espèces à son bureau. Bachir Saleh m’en a informé, me rapportant une anecdote selon laquelle la valise n’ayant pu contenir les sommes facilement, Claude Guéant serait monté dessus, appuyant avec ses pieds pour la fermer. Claude Guéant serait ensuite reparti en France avec ce montant.

Kadhafi et Sarkozy en décembre 2007. © ReutersKadhafi et Sarkozy en décembre 2007. © Reuters

Takieddine était au courant de tous ces détails, dont il avait assuré le suivi et la coordination. Quelque temps plus tard, Abdallah Senoussi m’a informé que Ziad Takieddine lui avait rapporté que Sarkozy serait prêt à intervenir dans les efforts visant à prouver son innocence dans l’affaire UTA, en raison de la faiblesse des éléments à charge contre lui. Sarkozy aurait indiqué qu’il aurait recours à un avocat dénommé Thierry Herzog pour se charger de cette mission.Senoussi a sollicité mon intervention, vu que Sarkozy avait demandé une augmentation à hauteur de deux millions d’euros. J’ai à mon tour discuté de ce sujet avec Baghdadi, étant donné que la Libye était visée derrière l’accusation [en réalité, la condamnation – ndlr] de Senoussi. Baghdadi m’a informé que le sujet serait étudié et que des concertations auraient lieu avec l’échelon supérieur afin de débloquer les montants et soutenir l’élection de Sarkozy, à partir des fonds alloués à la politique ou aux honoraires d’avocats dans les affaires internationales connues. Et le soutien à Sarkozy a en effet été augmenté à hauteur du montant demandé, je ne suis toutefois pas au courant de la façon dont cela s’est fait et des modalités du paiement.

Sarkozy a remporté l’élection présidentielle et il est descendu lors de sa première visite en Libye à l’hôtel Al-Mahary. Voici un fait qui a marqué cette visite : Senoussi devait aller à la rencontre de Sarkozy dans son hôtel, mais le protocole français a demandé l’annulation de la rencontre et de la visite à l’hôtel, par crainte des journalistes et afin de ne pas embarrasser le président Sarkozy, vu que Senoussi était mis en cause dans l’affaire de l’avion UTA. Les deux hommes se sont alors contentés d’un appel téléphonique, durant lequel Sarkozy a remercié Senoussi du soutien que lui avait apporté la Libye. Ils ont évoqué la clôture de l’affaire relative à Senoussi, et Sarkozy a confirmé l’imminence de cette clôture et le classement de l’affaire sans en identifier les responsables.

L’appel a été enregistré et je l’ai personnellement écouté par la suite. Il existe deux copies de cet enregistrement, une aux archives des renseignements libyens, la seconde se trouve quelque part chez Senoussi. »

  • COMMENTAIRE DE MEDIAPART : L’affaire ne sera pas close pour autant. Jusqu’à au moins 2009, l’équipe de Nicolas Sarkozy va s’employer à analyser les perspectives d’une réouverture du dossier, afin de faire tomber le mandat d’arrêt d’Abdallah Senoussi (lire ci-contre). MThierry Herzog, un proche de Nicolas Sarkozy, avait reçu un mandat d’Abdallah Senoussi pour ces diligences, après sa visite à Tripoli, en novembre 2005. Comme Mediapart l’a montré, MFrancis Szpiner, l’un des avocats de SOS Attentats, partie civile dans l’affaire du DC10, avait en outre accompagné Thierry Herzog lors de ses rencontres avec les juristes libyens mandatés par Senoussi.

 2. Saïf al-Islam Kadhafi confirme le rôle d’Alexandre Djouhri, l’intermédiaire français proche de Villepin, dans les pourparlers d’achat des avions Airbus par la Libye, et évoque un financement politique de l’ancien premier ministre.

« Une fois les dossiers des affaires Lockerbie et UTA clos [en 2004 – ndlr], la Libye a conclu plusieurs contrats stratégiques, notamment un contrat pour l’acquisition d’avions Airbus. Les instances libyennes en charge de ce contrat ont fait l’objet de plusieurs contacts commerciaux de la part d’agents commerciaux, d’intermédiaires commerciaux et de politiques, tels que Mansour Ojjeh, l’homme d’affaires français d’origine saoudienne [patron du groupe TAG – ndlr]. […]

Alexandre Djouhri, en bonne compagnie. © DR/MediapartAlexandre Djouhri, en bonne compagnie. © DR/Mediapart

Les contacts de M. Ojjeh avec les autorités libyennes avaient pour objet le contrat relatif aux avions Airbus, et les contrats d’armement avec la France. Il a proposé que les contrats se fassent au nom d’une entreprise baptisée Sofresa afin d’éviter les obstacles juridiques et administratifs pouvant entraver la conclusion du contrat au profit de la Libye. […] Or nous avons hélas découvert que cette entreprise existait pour mener à bien les contrats entre l’Arabie saoudite et la France et pour servir de biais afin de verser commissions et pots-de-vin aux décisionnaires dans ces contrats.À l’occasion des différents rounds de négociation, la partie libyenne a fait connaissance avec […] un certain Alexandre Djouhri, par l’entremise de M. Ojjeh. Ce dernier jouissait de bonnes relations avec le cercle des proches de Jacques Chirac, et il s’est dit prêt à nous faciliter toutes les démarches concernant le réacteur nucléaire de la société Areva, et à fournir toutes autres facilités à la demande du gouvernement libyen.

Les contacts avec Alexandre Djouhri se sont multipliés, et je lui ai présenté Bachir Saleh [directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi – ndlr], celui-ci étant chargé du dossier des relations avec la France. […]

C’était le début des élections françaises et Sarkozy occupait le poste de ministre de l’intérieur. Alexandre Djouhri et le cercle des proches du président Jacques Chirac soutenaient le candidat Dominique de Villepin contre Sarkozy. Je suivais ces informations en prévision du sort des relations libyo-françaises, à la lumière du changement induit par les résultats des élections présidentielles françaises.

À travers ces contacts et concertations, il nous a été proposé de soutenir la campagne électorale de Dominique de Villepin. Parmi les demandes de cette équipe figurait le paiement du reliquat des sommes contractuelles conclues par la Libye pour la location d’un avion Falcon de fabrication française, propriété d’Alexandre Djouhri. Ce point a en effet fait l’objet de discussions avec l’équipe et les dettes, ainsi que les intérêts relatifs au retard, ont été réglés. Et ce, bien que le ministère des finances ait émis des réserves contre le paiement des intérêts qu’Alexandre Djouhri avait maintenus. Selon ses dires, il aurait envisagé d’utiliser le montant de ces intérêts pour verser des pots-de-vin aux proches du président Jacques Chirac, dans le cadre du soutien de la coopération avec la Libye. Ce fut le début de la coordination avec le cercle des proches de Chirac et du candidat Dominique de Villepin [ce dernier renonce à se présenter en mai 2006 – ndlr]. »

  • COMMENTAIRE DE MEDIAPART : Ces éléments viennent confirmer les investigations en cours concernant la vente des Airbus à la Libye. Plusieurs témoins ont effet rapporté l’intervention de Mansour Ojjeh aux côtés d’Alexandre Djouhri dans ces négociations qui avaient lieu chez EADS, en présence du directeur international d’alors, Jean-Paul Gut. En outre, l’examen des comptes de l’intermédiaire a fait apparaître un virement à Mansour Ojjeh et un versement de 500 000 euros à Dominique de Villepin en 2009.

 3. Saïf al-Islam Kadhafi souligne les ambitions commerciales de Sarkozy en faveur du nucléaire et du Rafale. La partie libyenne « a maintenu la décision d’annuler le contrat » des Rafale et « ceci a visiblement irrité Sarkozy ».

« Faciliter à la Libye l’obtention d’un réacteur nucléaire à usage civil de la société Areva figurait parmi les engagements pris par Sarkozy.

À chaque fois, Sarkozy proposait avec une étrange insistance à la Libye d’acheter des avions français Rafale. Nous avons appris par la suite que le propriétaire de l’entreprise Dassault était patron d’une puissante institution médiatique qui était l’un des soutiens de Sarkozy. Ce contrat était très important pour Sarkozy, qui a fait des promesses à la société Dassault de commercialiser personnellement le Rafale sur les marchés, à plus forte raison après l’échec enregistré avec l’Inde et le Maroc, dont les contrats concernant le Rafale avaient été annulés en faveur des F16 américains. Sarkozy aurait également, selon ses dires, besoin du soutien financier et médiatique de Dassault lors des prochaines échéances électorales.

Serge Dassault avec Nicolas Sarkozy, le 23 juin 2007, au Bourget. © ReutersSerge Dassault avec Nicolas Sarkozy, le 23 juin 2007, au Bourget. © Reuters

La Libye souhaitait en même temps acquérir de la France des appareils Eurocopter Tiger mais l’Allemagne, qui participait à leur fabrication, s’y est opposée. Or grâce à ses prérogatives, Sarkozy est parvenu à contourner le veto allemand, en ordonnant la vente à la Libye d’appareils utilisés par l’armée de l’air française de type Eurocopter Tiger. C’était là l’occasion pour Sarkozy de nous confirmer son engagement à honorer ce qui avait été convenu en matière de coopération avec les autorités libyennes, en contrepartie du soutien fourni lors de ses élections.

Ce qui précède fait partie d’un accord passé entre la Libye et Sarkozy. Je me rappelle avoir personnellement évoqué ces contrats dans les médias français et avoir fait état de la levée de l’embargo sur les armes et le matériel pour la Libye. […] À l’époque, Sarkozy effectuait une visite aux États-Unis après avoir remporté les élections. Il a été vraisemblablement gêné par mes déclarations, vu qu’il m’a demandé de temporiser et de modérer mes déclarations qui irritaient certains de ses adversaires et de ses rivaux, selon ses dires.

Sarkozy s’est engagé à réaliser toutes les ententes et les accords passés avec la partie libyenne, ainsi que toutes ses promesses prises devant nous, notamment celles relatives à l’obtention par la Libye de techniques et de matériel, l’accent étant mis entre autres sur le réacteur nucléaire, le matériel sécuritaire, le matériel d’espionnage et la coopération en matière de renseignement. Il nous a transmis le dossier d’une société française de surveillance d’Internet dénommée Amesys. Sarkozy l’a présentée par le biais de Claude Guéant, en tant que collaborateur du ministère français de l’intérieur.

Sarkozy est ensuite revenu à la charge pour redemander l’achat d’avions Rafale. J’avais personnellement obtenu des informations des Émiratis concernant l’ampleur des complexités techniques de cet avion et son coût élevé, informations que j’ai transmises au commandement. À cela s’ajoutait l’avis technique et juridique du secrétariat de la défense sur l’existence de risques considérables dans ce contrat, car il ne prévoyait pas les détails et les garanties concernant la fourniture à la Libye d’un nombre suffisant de munitions compatibles avec ses avions. Ce qui à soi seul constituait une bonne raison de ne pas tenir compte du contrat. »

« La partie française a ensuite envoyé une délégation pour me rencontrer à Al-Djoufrah et Éric Trappier, actuel président de l’entreprise Dassault Aviation, en faisait partie. Le but était d’exercer des pressions sur la partie libyenne afin de mener à bien le contrat des Rafale. Je les ai informés de l’avis des autorités libyennes compétentes, avis qu’ils connaissaient déjà, et qui leur a été notifié au travers des canaux et points de contact prévus à cet effet.

Sarkozy a également dépêché le ministère de l’intérieur français accompagné d’une importante délégation et de représentants du ministère de la défense français afin d’aboutir à la conclusion du contrat relatif au Rafale, illustrant encore la curieuse persistance de Sarkozy à satisfaire le groupe Dassault propriétaire de l’entreprise et d’une institution médiatique, au mépris des intérêts de la partie libyenne, qui a maintenu la décision d’annuler le contrat.

Ceci a visiblement irrité Sarkozy, si bien que lors de la guerre de 2011, Sarkozy a rencontré Bachir Saleh et lui raconté que Kadhafi s’était moqué de lui et n’avait pas fait l’acquisition du Rafale, signe que le sujet tenait à cœur à Sarkozy à titre personnel, et passait devant le discours qu’il répandait alors dans l’opinion publique sur l’instauration de la démocratie en Libye. »

  • COMMENTAIRE DE MEDIAPART : Le 25 mai dernier, l’ex-présidente d’Areva, Anne Lauvergeon, a raconté aux juges l’activisme de Nicolas Sarkozy en faveur d’un partenariat nucléaire avec la Libye. Dès le mois de juillet 2007, un accord de « coopération dans le domaine des applications pacifiques du nucléaire » avait été signé, avec une « rapidité atypique » et sans qu’Areva ait été associée. Ce projet échoue grâce à l’opposition de la pédégère, qui estime que « le régime n’était pas suffisamment rationnel pour être capable de gérer le nucléaire civil de manière sûre ». Mais comme le souligne Saïf al-Islam Kadhafi, Guéant et Takieddine ont introduit avec succès la société de matériel de guerre électronique Amesys en Libye. Au menu, entre autres : la vente d’un logiciel d’espionnage de tout l’Internet libyen (Eagle), utilisé par le régime pour contrer l’opposition lors du printemps arabe.

 4. Saïf al-Islam Kadhafi confirme la mise à l’écart de Takieddine au profit de Djouhri sur la scène franco-libyenne, la relation nouée par Djouhri avec Bachir Saleh « à l’insu du commandement libyen », puis les menaces reçues par ce dernier pour qu’il se taise au sujet de la campagne de Sarkozy. Il ajoute que Sarkozy avait demandé un soutien pour sa campagne à venir en 2012.

« Nous avons remarqué le retrait de Ziad Takieddine de la scène pour des raisons pas très claires et nous avons remarqué l’émergence d’Alexandre Djouhri.

B. Saleh © drB. Saleh © dr

Après la guerre contre la Libye, nous avons acquis la certitude que Ziad Takieddine avait été écarté du cercle des proches du président Sarkozy, et qu’Alexandre Djouhri était en contact direct avec Bachir Saleh et était devenu l’ami de Sarkozy après avoir fait preuve d’hostilité à son égard. Des liens se sont tissés entre Bachir Saleh et Alexandre Djouhri, […] des relations de travail dont l’échelon supérieur du commandement libyen n’était pas au courant à l’époque. Cela comportait l’acquisition de biens immobiliers en Suisse, laquelle acquisition a été récemment dévoilée.Toujours durant la guerre contre la Libye, Alexandre Djouhri menaçait Bachir Saleh de mort s’il évoquait le soutien de la campagne de Sarkozy. À noter également dans ce contexte qu’après la date du 20 août 2011, Bachir Saleh a été arrêté à la capitale Tripoli par la milice de Zintan dirigée par Brahim al-Madani. Celui-ci aurait déclaré avoir subi des pressions de la part des Français afin de libérer Bachir Saleh et l’envoyer en France. Et devant le tollé médiatique suscité par sa présence en France, il a été transféré en Afrique du Sud. Les menaces de mort adressées par Alexandre Djouhri à Bachir Saleh, si ce dernier évoquait le sujet du financement de Sarkozy, n’ont pas cessé. Ceci a été confirmé à maintes reprises par Bachir qui redoutait d’être assassiné à cause de cette histoire.

Mabrouka al-Charif (vice-directrice du protocole de Mouammar Kadhafi) a servi d’intermédiaire entre le Guide et Sarkozy, [et elle] a transmis en 2010 une note de Sarkozy indiquant avoir chargé Mabrouka de transmettre un message verbal au commandement libyen. Mabrouka a dévoilé la teneur du message, à savoir que Sarkozy espérait obtenir un soutien financier de la Libye pour s’engager dans les élections présidentielles à venir en 2012. Des copies de ce message ont été conservées dans les archives libyennes et françaises. »

  • COMMENTAIRE DE MEDIAPART : Les mots de Saïf al-Islam Kadhafi sur les menaces exercées par Djouhri visent à livrer un début d’explication à l’attentat dont a été victime Bachir Saleh, à Johannesburg, le 23 février dernier. Grièvement blessé par des tireurs non identifiés, Saleh a été exfiltré par des proches dans un pays du Moyen-Orient. Lors d’une interview à Cash Investigation (France 2), il avait pour la première fois reconnu l’existence de financements occultes en direction de Sarkozy. La « demande » par Nicolas Sarkozy d’un financement pour la campagne de 2012 avait déjà été mentionnée devant les enquêteurs par un témoin entendu sous X, ancien membre du protocole libyen.

 5. À la suite de l’intervention de Sarkozy en faveur de la libération des infirmières bulgares, Saïf al-Islam Kadhafi assure que les Qataris auraient révélé aux dirigeants libyens avoir « avancé des fonds » pour la campagne de 2007.

« Le gouvernement libyen a également enquêté sur l’intérêt des Qataris dans la prise en charge des indemnisations [des victimes du sida à Benghazi – ndlr], à la demande de Sarkozy. Il s’est avéré, de leur propre aveu répété plusieurs fois au commandement libyen, qu’ils auraient pris en charge le montant de l’indemnisation des victimes du sida payé à leurs familles, soit un million de dinars pour chacun des 438 enfants contaminés. Ils ont également indiqué avoir auparavant avancé des fonds en soutien à Sarkozy lors des élections présidentielles de 2007, remportées par Sarkozy, en sus des sommes réglées dans l’affaire des infirmières bulgares précitée ; à charge pour ce dernier de fournir le feu vert de la France au Qatar pour l’acquisition d’une part importante de la société EADS.

Des informations obtenues directement des Qataris indiquent que Sarkozy auraient également pris l’engagement d’œuvrer pour obtenir l’aval de l’Italie, de l’Allemagne et de l’Espagne, partenaires de la France dans le groupe EADS. Monsieur Jean-Paul Gut, directeur chez EADS, m’a confirmé cette information ultérieurement lors de notre rencontre. Dans la foulée de son départ de EADS, il avait fondé une société privée et a travaillé avec les Qataris. Ces derniers étaient ravis de la collaboration de Sarkozy, qu’ils auraient affublé du sobriquet Sarkozy al-Thani, en allusion à la famille régnante au Qatar. »

  • COMMENTAIRE DE MEDIAPART : Malgré plusieurs tentatives, l’entrée des Qataris dans EADS a échoué, mais ces derniers ont pu monter en puissance dans Lagardère Active – actionnaire d’EADS. Ainsi, Qatar Holding, une des branches d’investissement du fonds souverain Qatar Investment Autority (QIA), entré au capital de Lagardère en 2007, a fait grimper sa part à 12,83 % en 2012, se propulsant ainsi premier actionnaire, puis à 16,7 % en 2017. La piste d’un financement politique de Nicolas Sarkozy par le Qatar en 2007 pourrait éclairer bien des facilités de l’Émirat en France. À Saïf al-Islam Kadhafi d’en dire un plus aux juges dans un prochain mémorandum.
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