#France #SarkozyGate #BANKING #Scandale La Caisse des dépôts happée par le capitalisme de la barbichette

 

 

La Caisse des dépôts happée par le capitalisme de la barbichette

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Les dispositions de la loi Pacte organisant une reprise en main de la Caisse des dépôts viennent d’être votées en première lecture à l’Assemblée nationale. Des nominations controversées ainsi qu’un licenciement spectaculaire suscitent aussi de vives critiques au sein du groupe public, qui mime les travers du capitalisme de connivence.

La Caisse des dépôts et consignations (CDC) traverse une période de turbulences. Alors que l’arrivée du nouveau directeur général, Éric Lombard, auparavant patron de Generali France, était intervenue sans trop de vagues, le climat s’est depuis nettement dégradé au sein de la plus puissante des institutions financières publiques. Et à cela, il y a deux raisons qui se cumulent : d’abord, la loi Pacte devrait être définitivement adoptée la semaine prochaine en première lecture à l’Assemblée nationale, et les dispositions inquiétantes qu’elle contient concernant la gouvernance de la CDC, viennent tout juste de l’être. Et sur cette réforme viennent se greffer tout à la fois des nominations qui suscitent la controverse au sein de l’établissement public, ainsi qu’un licenciement qui fait beaucoup de bruit.

Si cette réforme de la gouvernance de la CDC inquiète tout à la fois de nombreux cadres de l’établissement (qui ne peuvent pas l’exprimer en public) mais aussi tous les syndicats de cette très puissante maison, c’est qu’elle risque de constituer une rupture dans une histoire longue de plus de deux siècles, comme nous l’avons déjà détaillé (notre enquête est ici).

Créée en 1816, la CDC joue en effet depuis plus de deux siècles un rôle tout à la fois considérable et très singulier dans l’économie française. Considérable parce que l’établissement public est l’investisseur de long terme de la place de Paris ; parce qu’il gère une bonne partie des caisses de retraite des Français ; parce qu’il est le principal financeur des collectivités locales ; ou encore parce qu’il gère le Fonds d’épargne où est centralisée une partie de la collecte du livret A, qui finance le logement social. La Caisse est aussi tout à fait singulière parce qu’elle est placée depuis sa création sous la protection du Parlement et dispose d’un statut d’autonomie vis-à-vis du gouvernement.Cette puissance financière et cette autonomie au service de l’intérêt général ont agacé de nombreux gouvernements. Dans la fureur libérale qui a submergé la France depuis plus de trente ans, il s’en est même trouvé pour rêver de privatiser la Caisse des dépôts. L’oligarchie de l’inspection des finances et de la direction du Trésor a, de son côté, toujours été en guerre contre la CDC, espérant obtenir sa banalisation pour mettre la main sur les fonds considérables qui sont sous sa gestion.

Mais tous ces projets, de la simple banalisation jusqu’à une privatisation, avaient jusqu’à présent capoté. Politiquement trop sensibles ou trop sulfureux, ils n’avaient jamais abouti. Force de régulation, de stabilité et d’intervention dans l’économie française, la CDC, qui est en quelque sorte le banquier de l’intérêt général, a résisté à tous les assauts.

Mais avec Emmanuel Macron qui gère le pays à la manière d’un banquier d’affaires, faisant sans cesse la part belle aux appétits privés au détriment de l’intérêt général, ces temps sont peut-être révolus. Multipliant les projets de privatisation les plus contestables, de la Française des jeux jusqu’à Aéroports de Paris en passant par Engie, le gouvernement a aussi prévu, dans son projet fourre-tout de loi Pacte, plusieurs dispositions qui concernent la CDC.

Éric Lombard, DG de la CDC.Éric Lombard, DG de la CDC.

Des dispositions qui, pour certaines d’entre elles, peuvent paraître techniques ou anodines, mais qui, toutes ensemble, intriguent et finissent par soulever une cascade de questions : mais que cherche donc le gouvernement et pourquoi ne joue-t-il pas cartes sur table ? Au travers de la banalisation de la CDC qui se profile, n’est-ce pas une privatisation que veut préparer Emmanuel Macron ? C’est la crainte des syndicats de la puissante institution financière. Et quand on examine de près les dispositions insérées dans le projet de loi, on ne peut pas leur donner tort : c’est peut-être la plus contestable et la plus dangereuse des privatisations qui est sur les rails. Ce que conteste la direction de l’établissement.À la lecture du projet de loi, on a d’abord tôt fait de comprendre que l’autonomie de la CDC, qui constitue depuis deux siècles son ADN, est malmenée par deux dispositions majeures, donnant la main au gouvernement sur des points décisifs du fonctionnement de l’institution financière.

D’abord, l’article 30 du projet de loi modifie la composition de la commission de surveillance de la CDC, dont le nombre de membres, dans le projet de loi initial, devait passer de 13 à 15. Les salariés de l’établissement public y trouvaient leur compte, puisque deux de leurs représentants pourront y siéger – ce qui est assurément une disposition vertueuse. Mais dans le même temps, l’État devait disposer d’un contrôle renforcé, puisqu’il devait avoir désormais la possibilité de nommer quatre personnalités qualifiées au sein de cette commission.

Explication : « Cette instance comprendra désormais la présence de quatre personnalités qualifiées désignées par l’État, à raison de leurs compétences dans les domaines financier, comptable, juridique et économique ou dans celui de la gestion, qui viendront se substituer aux représentants de droit des corps de contrôle (Cour des comptes, Conseil d’État) et de la Banque de France », lisait-on dans les attendus du projet de loi. Plus brutalement dit : l’Élysée pourra y placer des obligés et mieux contrôler l’établissement.

Au terme du débat à l’Assemblée, le projet a été un peu adouci, puisque finalement le nombre des membres de la commission de surveillance a été porté à 16, avec deux personnalités qualifiées en plus nommées par le Parlement, et une en moins pour l’exécutif. Mais cela ne change les choses qu’à la marge : c’est toujours l’exécutif qui garde la main. Avant le vote de cet amendement portant le nombre des commissaires-surveillants à 16, des députés avaient formulé de « vives inquiétudes » pour la « vieille dame » qu’est la CDC. Pour Charles de Courson (UDI-Agir), la direction du Trésor « n’a jamais digéré la loi de 1816 ». Celle-ci est née parce que « Napoléon a pillé les caisses publiques pour financer ses aventures guerrières », a-t-il affirmé, le Parlement devant « protéger l’épargne des Français » que « tout gouvernement est tenté de vouloir piller ».

Autre intrusion en force de l’État dans le fonctionnement interne de la CDC : c’est lui seul qui fixera la ponction opérée à son profit chaque année dans les résultats de l’établissement. Dans les attendus du projet de loi, cela est présenté de manière presque anodine : « L’article 36 vise à clarifier les relations financières entre la CDC et l’État s’agissant des modalités de fixation du versement. La détermination de son montant continuera à donner lieu à un avis de la Commission de surveillance, qui conservera ainsi la pleine faculté de se prononcer sur le versement, avant qu’il ne soit définitivement fixé par décret. »

Mais c’est en réalité une règle du jeu financière totalement nouvelle qui est instaurée : jusqu’à maintenant, le versement effectué par la CDC au profit du budget de l’État résultait d’un accord contractuel ; avec cette loi, Bercy pourra prendre le décret qu’il veut, et piocher dans les réserves de la CDC autant qu’il veut.

Les « meilleurs standards »… du privé !

Ce changement est considérable, car la CDC avait été placée dès 1816 sous la protection du Parlement pour la défendre contre l’avidité des gouvernements. Sous des allures anodines, c’est donc une disposition d’une très grande portée qui est prise, tournant le dos à ce que sont l’histoire et la raison d’être de l’institution financière publique depuis deux siècles.

Mais il y a encore plus grave. D’un article du projet de loi à l’autre, on comprend vite que sa philosophie générale est de remettre en cause le statut si particulier dont jouit depuis toujours la Caisse pour la rapprocher du statut d’un établissement de crédit ordinaire, ou pour tout dire d’un établissement de crédit privé.

Dans les attendus, c’est dit de manière elliptique, mais c’est dit tout de même : « La modernisation de la gouvernance de la CDC vise principalement à renforcer les prérogatives de la Commission de surveillance, afin de rapprocher son fonctionnement des meilleurs standards en vigueur. » Et les « meilleurs standards » sont visiblement ceux… du privé !

Du même coup, la supervision et le contrôle des activités de la CDC vont changer du tout au tout. Jusqu’à présent, c’était la commission de surveillance de la CDC qui était chargée de ce contrôle, sous la tutelle des commissions des finances de l’Assemblée nationale et du Sénat. Avec ce projet de loi, c’est l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) qui en aura la charge. Gendarme des banques privées, cet organisme qui dépend de la Banque de France voit donc ses compétences élargies à l’institution financière publique.

En clair, la CDC va être contrôlée comme s’il s’agissait d’une banque privée, selon les mêmes règles. Ce qui constituera aussi une évolution majeure : comment une institution publique, chargée de missions d’intérêt public, peut-elle être astreinte à des contrôles suivant des règles identiques à celles qui encadrent les activités d’une banque privée ?

Là encore, les attendus du projet de loi présentent cette réforme avec beaucoup de précautions : « L’article 35 vise à soumettre la Caisse des dépôts et consignations au contrôle de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Cette évolution est rendue nécessaire par le renforcement des compétences de la Commission de surveillance comme organe délibérant, celle-ci ne pouvant à la fois se prononcer sur la stratégie et la gestion de l’établissement et en assurer la supervision prudentielle. En outre, la supervision de la CDC par une autorité indépendante permettra de renforcer la protection des fonds gérés par la CDC et de procurer des garanties accrues quant à la solidité du modèle économique de l’établissement. L’exercice du contrôle prudentiel de l’ACPR restera effectué dans un cadre juridique élaboré au niveau national, prenant en considération, à travers une série d’exemptions, la spécificité du modèle économique de la CDC. À cet égard, la CDC, qui est explicitement exclue du champ d’application du cadre réglementaire prudentiel européen, ne sera pas soumise à la supervision de la BCE. Par ailleurs, l’exemplarité de la CDC sera renforcée, la supervision par l’ACPR permettant d’aligner la CDC sur les meilleurs standards internationaux et européens. L’ensemble de ces dispositions apporte des garanties accrues de solidité financière à l’établissement sans entraver ses capacités d’action. »

Mais d’une formule, la même philosophie du projet transparaît tout de même, puisqu’il s’agit « d’aligner la CDC sur les meilleurs standards internationaux et européens ». Des standards qui sont ceux des établissements privés, happés par la logique du profit, et non ceux d’établissements publics, assumant des missions d’intérêt général.

De cette mutation qui menace la CDC, on a d’ailleurs une autre illustration puisque les règles comptables auxquelles elle doit se plier vont aussi changer. Jusqu’à présent, l’établissement suivait les règles des établissements publics et disposait donc d’un comptable public, responsable sur ses deniers personnels de son activité. À la CDC, ce comptable public est le caissier général. Or cette fonction va disparaître.

Une nouvelle fois, tout est dit de manière elliptique : « Les articles 33 et 34 visent à moderniser le cadre comptable de la CDC, afin de le rapprocher du droit commun. Cette évolution, qui vise à conférer plus de souplesse à la gestion de la CDC, poursuit le même objectif d’efficacité que le renforcement des compétences de la Commission de surveillance. Suivant les recommandations de la Cour des comptes, il est ainsi proposé la suppression de la caisse générale et de rendre applicables à la CDC les règles de la comptabilité commerciale. Les dispositions relatives aux prérogatives des commissaires aux comptes font également l’objet d’un alignement avec les meilleures pratiques en matière de gouvernance d’entreprise. »

En quelques formules, c’est la même philosophie qui transparaît, puisqu’il s’agit de rapprocher la CDC « du droit commun » ou d’un « alignement avec les meilleures pratiques en matière de gouvernance d’entreprise ». Autant de formules qui invitent toutes à la même conclusion : c’est l’esprit même de la CDC, sa raison d’être, qui sont menacés avec ce projet de loi.

La direction de la CDC conteste radicalement ce diagnostic. Elle fait valoir que la CDC n’avait pas d’actionnaires, et qu’elle n’en aura pas plus à l’avenir ; qu’il s’agit d’un établissement sui generis et qu’elle le restera ; qu’elle est placée sous la protection du Parlement et que le projet de loi le confirme ; que l’État fait d’autant moins intrusion dans sa gestion que les pouvoirs de la commission de surveillance sont fortement renforcés. Bref, la direction de la CDC conteste une remise en cause de l’autonomie de l’établissement et plus encore une marche inavouée vers une privatisation. Pour elle, le projet de loi n’envisage qu’une modernisation de la caisse et des mesures de toilettage.

C’est aussi la version que fait valoir le ministère des finances, qui a publié un communiqué de victoire (il est ici). Ce point de vue n’est évidemment pas partagé par les syndicats de la CDC qui, unanimes, dénoncent cette réforme. On peut par exemple consulter ici (pdf, 1 B) l’analyse de la CGT de la CDC.

Mais à cette immense secousse sont venus s’adjoindre d’autres, faisant craindre aux syndicats que la reprise en main de l’institution ne soit en réalité d’ores et déjà engagée, avec la mise à l’écart d’un gêneur, et plusieurs embauches de complaisance.

La première de ces affaires commence le 17 juillet dernier. Ce jour-là, un salarié qui travaille à la CDC depuis 1983, et qui a progressivement grimpé les échelons pour devenir le secrétaire général adjoint de la commission de surveillance de la CDC, après avoir été secrétaire général par intérim et antérieurement responsable de l’audit de la CDC, se voit notifier son licenciement pour cause réelle et sérieuse, ainsi justifiée « par un comportement déloyal à l’origine d’une perte de confiance ». Il lui est reproché d’avoir refusé de signer un avenant à son contrat de travail en vue d’une mobilité géographique…

De l’École vétérinaire à la Caisse des dépôts

Mais, selon plusieurs témoins consultés par Mediapart, ce ne serait qu’un prétexte. La véritable raison de ce licenciement brutal, ce serait que l’intéressé était un appui et un conseil précieux pour les parlementaires et les autres membres de la commission de surveillance, dans leur approche de la loi Pacte et de ses conséquences sur le statut et les attributions prudentielles de la commission de surveillance.

Si l’affaire venait un jour devant les prud’hommes, l’intéressé n’aurait guère de difficulté à faire prévaloir cet argument, parce qu’il transparaît dans plusieurs procès-verbaux de cette même commission de surveillance. À preuve, lors de la séance du 25 juillet dernier de cette commission de surveillance, le député (LR) Gilles Carrez manifeste cette inquiétude, affirmant qu’il a « travaillé » et « bénéficié de la très grande compétence et de l’expertise » de ce cadre et qu’il lui en est « très reconnaissant ». Et de « rendre hommage à la collaboration » qu’il a eue avec celui qui vient d’être prestement licencié.

Mêmes éloges du député (LREM) Jacques Savatier, qui lui aussi salue l’intéressé et veut lui « rendre hommage pour le travail qu’il a fait ». « Et je n’ai eu qu’à être satisfait de lui qui faisait super bien son travail », insiste-t-il. Deux autres membres de la commission de surveillance expriment par la suite la même gratitude.

Ce qui est tout de même paradoxal : pourquoi licencie-t-on si vite un cadre qui est aussi unanimement apprécié ? Pour beaucoup de syndicalistes, l’affaire est entendue : comme l’exécutif veut reprendre la main sur la CDC, et imposer un fonctionnement plus vertical, limitant au maximum le contrôle du Parlement, il était utile d’écarter celui qui leur permettait d’exercer leur mission en toute indépendance.

Le 13 septembre, devant la commission spéciale constituée par l’Assemblée nationale pour examiner le projet de loi Pacte (le compte-rendu est ici (pdf, 1 B)), le député Charles de Courson a, lui aussi, fait part de son inquiétude : « J’indique que la suppression des moyens dont étaient dotés nos collègues membres de la commission de
surveillance s’est accompagnée du licenciement des personnes qui étaient à leur disposition. Elles ont été licenciées pour déloyauté, pour faute, au motif qu’elles devaient être loyales au directeur général et non pas aux membres de la commission de surveillance. On marche sur la tête ! »

L’affaire fait d’autant plus jaser dans les couloirs de la CDC que, dans le même temps, des embauches inhabituelles sont survenues ces derniers mois. La présidente de la commission de surveillance, la députée LREM et ex-PS Sophie Errante, a ainsi pu recruter sur les effectifs de la CDC, et avec des attributions similaires à celles du cadre licencié, un directeur de cabinet qui n’a forcément pas les mêmes compétences et la même connaissance de la maison. S’il n’est pas interdit de recruter un directeur de cabinet sur le budget de la CDC, il est en revanche étrange que le détenteur de ce poste soit toujours « collaborateur parlementaire de la députée ». D’autant plus étrange que la loi n’autorise pas un tel prêt de main-d’œuvre…

Olivier Sichel, DG adjoint de la CDC.Olivier Sichel, DG adjoint de la CDC.

Éric Lombard a, par ailleurs, annoncé, sans information préalable, le recrutement d’Olivier Sichel, en qualité de directeur général adjoint avec de larges attributions. S’il lui était tout à fait possible de le faire, il ne pouvait en revanche lui attribuer directement ou par délégation des attributions de direction et d’administration interne à l’établissement public CDC. Le code monétaire et financier indique en effet que le DG est assisté de sept directeurs nommés (dans les mêmes conditions que les directeurs d’administration centrale) par décret.Or, neuf mois après son arrivée à la CDC, Olivier Sichel n’a toujours pas été nommé par décret, alors que Michel Yahiel, directeur des retraites recruté après lui, a été nommé par décret voilà six mois. Ce qui n’a pas empêché Olivier Sichel de restructurer plusieurs directions de la CDC et de créer et piloter la fameuse banque des territoires ainsi que de négocier le projet de rapprochement capitalistique avec La Poste. Pourquoi ? Si un décret n’a pas été pris, est-ce parce que le nouveau promu bénéficie d’un statut et d’une rémunération qui s’écartent des pratiques de la CDC ? C’est la question que beaucoup se posent.

Selon nos informations, un point au moins serait notoirement inexact : la rémunération d’Olivier Sichel se situerait sous le plafond des 450 000 euros fixés sous le précédent quinquennat. À la direction de la Caisse, on fait par ailleurs valoir que la loi Pacte, qui ne rend plus nécessaire ce type de décret, a été appliquée par anticipation.

Et l’affaire ne s’arrête toujours pas là. Comme Mediapart l’a déjà raconté (notre article est ici), le même Olivier Sichel a embauché en mai dernier Sophie Ferracci, pour qu’elle devienne la directrice de son cabinet. Ce qui a suscité l’étonnement au sein de la CDC, pour deux raisons. D’abord, est-il bien raisonnable que le directeur général adjoint dispose d’une directrice de cabinet ? Alors qu’Emmanuel Macron a fixé des règles très strictes pour faire maigrir les effectifs des cabinets ministériels, il peut paraître surprenant qu’à la CDC, des pratiques strictement opposées aient cours. Ensuite, Sophie Ferracci – et c’est le cœur de la controverse – est une proche d’Emmanuel Macron. Elle est l’épouse de Marc Ferracci, qui est lui-même un intime du chef de l’État depuis plus de quinze ans. Professeur à Panthéon-Assas, il est l’un des économistes ayant contribué à élaborer le programme économique du candidat lors de la campagne présidentielle. Emmanuel Macron a d’ailleurs été le témoin de mariage de Marc et Sophie Ferracci.

Le même Olivier Sichel a aussi réalisé une autre embauche qui suscite beaucoup de perplexité dans la puissante institution. Il s’agit d’une dénommée Gisèle Rossat-Mignod, qui est désormais directrice du réseau – un poste capital puisque pilotant l’ensemble du réseau de la CDC et des territoires (22 implantations et près de 800 agents). Ce qui intrigue beaucoup de monde, c’est que l’intéressée a une formation de vétérinaire. Elle est, certes, devenue par la suite sous-préfète, puis directrice de cabinet du patron d’Aéroports de Paris, Augustin de Romanet, qui fut dans le passé patron de la CDC – lequel Augustin de Romanet s’est fâché pour une raison mystérieuse avec sa collaboratrice et a tout fait pour qu’elle ne rebondisse pas à la CDC. En haut lieu, on défend pourtant cette embauche, estimant que l’intéressée a une connaissance remarquable des territoires et que ses premiers pas à la Caisse sont remarquables. On fait aussi valoir qu’elle a été choisie parmi de nombreux autres candidats, parce que son parcours dans l’administration préfectorale est remarquable.

Autre embauche qui fait du bruit : un dénommé Antoine Troesch va devenir en novembre directeur des investissements de la Banque des territoires (le communiqué est ici), après être passé par Morgan Stanley puis Orano (ex-Areva). Commentaire d’un syndicaliste de la maison : « Ça promet pour la transition écologique… et accessoirement cela veut dire qu’il n’y a plus aucun fonctionnaire “à la tête” de la Banque des territoires de la CDC ! » Enfin, une ultime embauche fait beaucoup parler, celle de Marie-Louise Antoni, nommée par Éric Lombard (le communiqué est ici) « conseillère à la transformation » (sic).

Ex-journaliste au Nouvel Économiste, ex-conseillère au CNPF (l’ancêtre du Medef), ex-lobbyiste en France du clan italien des Agnelli, elle est par la suite entrée au comité exécutif de Generali France, avant même qu’Éric Lombard n’en devienne le patron. Figure connue de la petite cour de récréation du capitalisme parisien, elle avait joué un rôle clef pour offrir un point de chute au comité exécutif de Generali France à Jean-Marie Colombani, quand ce dernier avait été démis de ses fonctions de directeur du Monde (lire ici). Ce qui n’était qu’un prêté pour un rendu, puisque auparavant le même Jean-Marie Colombani, très proche de certains milieux d’affaires italiens, l’avait fait coopter au sein du conseil de surveillance du groupe des Journaux du Midi (Le Midi-LibreL’Indépendant…), que le groupe Le Monde venait de racheter. À la ville, l’intéressée est aussi la compagne de Philippe Lagayette qui fut patron de la CDC. Décidément, un tout petit monde…

En somme, avec la réforme de la gouvernance, et ces nominations, c’est bel et bien une banalisation qui est engagée : la CDC fait un pas de plus pour se rapprocher du capitalisme de la barbichette.

TOUS LES COMMENTAIRES

  • NOUVEAU
  • 04/10/2018 20:13
  • PAR 

L’état a besoin de plusieurs milliards d’euros, la Caisse des Dépôts et Consignationspeut les lui donner si elle est privatisée et devient sous les ordres de Macron

Un pactole inutilisé¹, fallait pas laisser passer ça.

 

¹. il y a des usages qui n’en sont pas au sens d’un banquier privé.

Pauvre Charles de Gaulle ! Se faire récupérer à Colombey par l’actuel PR qui est un grand pote de DCB, c’est le monde à l’envers. Il a dû « voir rouge » !

  • NOUVEAU
  • 04/10/2018 20:59
  • PAR 

Inutile d’aller chercher de l’or en Guyane alors qu’une montagne de fric sera mise à disposition des  » copains en tout genres ».

Fort à parier que cette manne va fondre plus rapidement que les icebergs de l’arctique.

Mais toujours selon les plus hauts standards de la profession.

Les notaires utilisent beaucoup la CDC.

Macron et sa clique sont en train de dépecer la France au profit des rapaces et des esclavagistes.

 

Je pense que l’auteur de l’article n’a aucune idée de l’activité de la CDC qui intervient plus comme un fonds d’investissement qu’un outil de l’action publique. Icade, Veolia, Eiffage cela n’a rien à voir avec des missions régaliennes… ni à ses missions légales …

C’est vous qui dites n’importe quoi ! VEOLIA, EIFFAGE ne sont pas des filiales de la CDC ! En revanche , la protection de 300 milliards d’euros d’épargne populaire, le financement de 70 % des logements sociaux, la protection de millions de comptes bancaires en déshérence, la gestion de la retraite d’un actif sur 5 … ne font probalement pas à vos yeux embués de la CDC un outil de l’action publique !

C’est plaisant de vous lire, je n’ai pas prétendu qu’il s’agissait de filiales mais bien d’investissements.

La CDC a plus de 30 milliards de fonds propres qu’en fait elle ? si naivement vous croyez que c’est investi dans le logement social, vous avez tort, ce qui est investi dans le logement social ce sont vos livrets de Caisse d’Epargne, pour la protection des comptes en déshérence pensez vous que la CDC soit amenée a y consommer des fonds propres ? idem pour la gestion de vos retraites.

Il y a donc 2 CDC, l’une publique et une autre qui investit comme le ferait Goldman Sachs, à quoi sert Icade ? ou qui investit pour les copains, la participation dans Accor a-t-elle un sens encore ou jamais eu mais cela date des fondateurs ? ou dans Veolia ? ou dans la Société Générale ? Cette ambivalence entre positions anciennes sans rendement et l’agressivité d’un hedge fund mérite à être connue.

Combien de ces fonds propres vont ils à la BPI ?

 

 

 

Mes parents ont fait toutes leurs carrières à la CDC d’abord dans les directions régionales chargées des prêts aux collectivités locales puis au pôle de gestion des retraites à Bordeaux. J’y ai travaillé deux été aussi. 40 et qq années de service. La caisse comme on disait à la maison on était fier d’y travailler l’esprit d’intérêt général c’était important. je lis votre article et je suis abattue de tant de mépris et de foutage de gueule. On nous prend pour des cons sous enrobage de modernisation. Le libéralisme EN MARCHE forcée fait miam miam de l’argent du livret A, des comptes de dépôt des notaires. LREM ne fait que dévorer, Emmanuelle en tête rayant le parquet doré de la rue de l’Université. Fais gaffe Manu le bois ça peut rester entre les dents du bonheur et ça fait des échardes! Emmanuelle (je suis née avant lui d’abord, et je signe de mon prénom car c’est le compte Mediapart de mon homme ). Merci Laurent.
Et après tout ce mic mac, le petit épargnant, qui n’a pas de compte dans des paradis fiscaux, verra son avoir disparaître. C’est déjà un peu ce qui se passe avec les 0,75% de rapport, nettement en dessous de l’inflation. Je pense que Mr Macron se venge et nous fait payer les mauvais résultats de sa popularité .Mais que pouvions nous attendre d’un monsieur qui n’a connu aucune des difficultés de la vie ?
  • NOUVEAU
  • 05/10/2018 08:56
  • PAR 

Et cela vous étonne ? On a élu un putain de Banquier. Le banquier est dans le palmarès des voleurs, entre l’assureur et le garagiste. Et encore, le garagiste, on l’aime presque.

Avec le garagiste, on a quelque chose en retour. Les deux autres cités ont du mal à ne pas tout garder.

  • NOUVEAU
  • 05/10/2018 09:22
  • PAR 

« La Caisse est aussi tout à fait singulière parce qu’elle est placée depuis sa création sous la protection du Parlement et dispose d’un statut d’autonomie vis-à-vis du gouvernement.

…  l’Élysée pourra y placer des obligés et mieux contrôler l’établissement. »

L’inversion antidémocratique du calendrier présidentielles / législatives a favorisé l’inhibition parlementaire au profit de l’hypertrophie du présidentialisme déjà excessif de la Ve, et voilà ce genre d’assemblée prostituée votant des loi Pacte la démettant de sa propre fonction parlementaire de protection et de garantie de l’intérêt général !

Excellent article de Laurent MAUDUIT qui souligne bien les enjeux cataclysmiques du projet de loi PACTE sur l’avenir du secteur public financier (ou de ce qu’il en reste)  et de ses missions. La situation est d’autant plus grave à la CDC, qu’elle se combine avec un jeu sombre de connivences et de chausse-trappe, fait de licenciement abusif, de recrutements douteux et de réorganisations illégales à l’instar de beaucoup d’autres affaires qui fleurissent depuis le début de ce quinquennat. Au delà de cette question, on voit bien comment ces évolutions font émerger une vision très idéologique de la place du secteur public dans l’économie qui voudrait que celui ci soit mieux géré dans un cadre privé de marché et soit simplement « régulé » de façon plus ou moins lointaine  par l’autorité publique. De façon plus anecdotique mais bien pregnante sur la Caisse des dépôts c’est sans doute ce mouvement anticipé qui fait que le management de l’institution se « privatise » à grande vitesse .. au mépris des lois et réglements encore en vigueur ! Doit-on le laisser faire ???

  • NOUVEAU
  • 05/10/2018 10:48
  • PAR 

« Mais avec Emmanuel Macron (…) faisant sans cesse la part belle aux appétits privés au détriment de l’intérêt général ».

Tout est dit mais il s’agit d’une évolution qui dépasse la France. Main dans la main avec la présidence de Monsieur Trump (« élu par Goldman Sachs et les multinationales »), notre Président fait avancer le « libéralisme totalitaire », libéralisme à outrance présenté comme le seul est unique système valable pour l’ensemble de l’humanité.

Un sujet plus qu’ interessant mais le « style »!!! Filandreux qui s’écoute écrire, ça gâche tout! N’ y a t’ il pas à Médiapart quelqu’un pour réécrire les articles de Mauduit?

 

…la fête néolibérale bat son plein  kiss

…et la grande truanderie continue le pillage du pays ! yell

D’aucuns vont finir par crier « Aux Armes Citoyens »… cool

 

  • NOUVEAU
  • 05/10/2018 16:46
  • PAR 

À rire tellement c’est cousu de fil blanc, et à pleurer tellement ça va passer, comme d’hab’, comme une lettre à la poste !

De tout temps nous nous sommes habitués à quelques entourloupes qui faisaient surface au détour d’une enquête un peu fouillée, mais là, c’est tous azimuts et à la puissance 10 : Toutes ces magouilles banco-copino-Macronistes sont à vomir !

Ce ne sont pas les ours(es) des Pyrénées dont il faut se débarrasser, ce sont les jeunes loups -qui se croient tout permis- de la clique LREM, menés par le mâle « M » dont la voracité et la soif de toute puissance va nous saigner à mort !

  • NOUVEAU
  • 05/10/2018 17:25
  • PAR 

 

Par-delà « l’écume des jours »  (affaire Bellala, etc),  le  bulldozer  en  mission  avance.

Inéluctablement.

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