#Libye #France Financements libyens: la mise en examen de Claude #Guéant est aggravée par les juges ! #Sarkozy #Kaddhafi #Haik #Debbasch #Herzog #Israel #Maurice #Malte #Togo #Gnassingbe

 

 

 

Financements libyens: la mise en examen de Claude Guéant est aggravée par les juges

Le scandale des financements libyens de Sarkozy est une affaire d’État qui n’a pas fini de rebondir. Déjà poursuivi dans ce dossier, l’ancien ministre Claude Guéant vient de voir sa mise en examen alourdie par les juges de six nouveaux délits, dont « complicité de financement illicite de campagne électorale »,« corruption passive » et « recel de détournements de fonds publics ». Explications.

C’est un inventaire à la Prévert des délits financiers inscrits au Code pénal. L’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, a vu, mardi 11 septembre, sa mise en examen considérablement aggravée par les juges de l’affaire des financements libyens, comme Mediapart l’avait annoncé en juin dernier.

Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, son secrétaire général de l'Élysée, en 2008. © ReutersNicolas Sarkozy et Claude Guéant, son secrétaire général de l’Élysée, en 2008. © Reuters

Déjà mis en examen dans ce dossier pour « faux et usage de faux » et « blanchiment de fraude fiscale en bande organisée », l’ancien ministre de l’intérieur, ancien secrétaire général de l’Élysée, ancien directeur de la police, ancien directeur de cabinet puis de campagne de Nicolas Sarkozy l’est aussi désormais pour six nouveaux délits : « complicité de financement illicite de campagne électorale », « recel de détournements de fonds publics », « corruption passive », « complicité de corruption passive », « recel de corruption passive » et « blanchiment de corruption passive en bande organisée ». Cette nouvelle mise en examen a été rendue publique par RTL lundi 17 septembre, et confirmée à Mediapart.Acteur central de l’affaire des financements libyens, que ce soit dans son volet « financement politique » (via la campagne présidentielle de 2007) ou « enrichissement personnel » (en lien avec l’achat d’un appartement en 2008), Claude Guéant a invoqué son droit au silence devant les juges qui l’ont interrogé la semaine dernière.

Son avocat, Me Philippe Bouchez El Ghozi, a pour sa part fait savoir auprès de RTL qu’il considérait comme « juridiquement contestable » cette nouvelle salve de mises en cause, dont il va demander l’annulation devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris.

Mediapart republie ci-dessous son article de juin dernier dans lequel nous révélions que Claude Guéant se trouvait, d’après les juges, au centre d’un vaste « pacte de corruption »entre la France de Nicolas Sarkozy et la Libye du dictateur Mouammar Kadhafi.

———————

Le préfet Claude Guéant n’a rien perdu de sa morgue, mais cela ne l’a pas tiré d’affaire pour autant. Il est, selon les juges, au cœur d’un « pacte de corruption » passé par les autorités libyennes avec Nicolas Sarkozy. Devant les magistrats qui l’ont interrogé une journée entière, le 5 juin dernier, l’ancien ministre de l’intérieur a opposé d’anciennes postures aux questions et aux éléments nouveaux accumulés par l’enquête, répétant souvent, acculé, n’avoir « aucun souvenir » ou « aucune observation » à formuler.

Lors de son audition, qui a été suspendue et devra reprendre mi-juillet [elle fut repoussée finalement au 11 septembre – ndlr], les magistrats lui ont d’ores et déjà annoncé leur volonté d’alourdir sa situation judiciaire de six nouveaux chefs de poursuites.

  • Pour « recel de détournements de fonds publics », s’agissant des fonds libyens destinés à la campagne de Nicolas Sarkozy.
  • Pour « complicité de corruption passive », pour l’aide et l’assistance apportées au futur candidat à compter de 2005, « en nouant des contacts et en participant à des discussions avec les collaborateurs de Mouammar Kadhafi en vue d’organiser le financement de la campagne ».
  • Pour « recel de corruption passive (…) en réceptionnant des fonds versés par le régime libyen dans le cadre d’un pacte de corruption passé avec Nicolas Sarkozy » et pour « complicité de financement illégal de campagne électorale ».
  • À titre plus personnel, l’ancien lieutenant de Nicolas Sarkozy sera en outre mis en examen pour « corruption passive » et « blanchiment de corruption passive en bande organisée », ont également annoncé les juges.

Ces nouveaux soupçons de délits pourraient lui être formellement signifiés à l’issue de sa seconde audition dans un mois.

L’enquête a notamment montré que les 500 000 euros qui ont permis à l’ancien secrétaire général de l’Élysée de s’acheter un appartement parisien en 2008 provenaient d’une « organisation sophistiquée de blanchiment » coordonnée par l’intermédiaire Alexandre Djouhri, actuellement retenu sous contrôle judiciaire à Londres.

Claude Guéant a été secrétaire général de l'Élysée sous Sarkozy à partir de 2007, puis nommé ministre de l'intérieur le 27 février 2011. © ReutersClaude Guéant a été secrétaire général de l’Élysée sous Sarkozy à partir de 2007, puis nommé ministre de l’intérieur le 27 février 2011. © Reuters

Les juges soupçonnent Claude Guéant d’avoir bénéficié de ces fonds « pour accomplir un acte facilité par sa fonction, en l’espèce des interventions en faveur d’Alexandre Djouhri », d’une part « auprès de la direction d’EADS » pour qu’il reçoive les commissions qu’il exigeait sur la vente d’avions Airbus à la Libye, et d’autre part « auprès du ministère du budget » concernant une dette fiscale de 1,5 million d’euros d’une société immobilière de Djouhri.

Claude Guéant avait déjà été mis en examen en 2015 pour « blanchiment de fraude fiscale en bande organisée, faux et usage de faux » dans l’affaire. C’est un nouveau coup dur qui attend l’ancien ministre, déjà condamné par la justice pour avoir détourné les primes en liquide du ministère de l’intérieur, mis en examen dans l’affaire des sondages de l’Élysée et récemment placé en garde à vue dans le Kazakhgate.

À travers Claude Guéant c’est une pièce centrale du dispositif sarkozyste qui se trouve désormais prise dans les filets de l’affaire libyenne.

Claude Guéant fut directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy (2005-2007), puis directeur de sa campagne présidentielle de 2007, ensuite secrétaire général de l’Élysée (2007-2011) et enfin ministre de l’intérieur (2011-2012). En un mot, le premier lieutenant. Et celui qui, au sein de l’équipe Sarkozy, est allé le plus souvent au contact des autorités libyennes. Son rôle dans le financement de la campagne de 2007 a été mis en avant par plusieurs témoins, dont deux anciens dignitaires libyens, Baghdadi Al-Mahmoudi, ancien premier ministre, et Abdallah Senoussi, beau-frère de Kadhafi et ancien chef des services de renseignements militaires du régime, entendus en Libye en décembre 2016 et janvier 2017.

« L’enquête a permis de constater que l’ancien régime a, par le biais de plusieurs responsables sécuritaires et politiques, apporté son soutien à la campagne électorale du candidat à la présidence française Nicolas Sarkozy en 2006-2007 en fournissant des fonds à celui-ci par l’entremise de son directeur de campagne électorale Claude Guéant et d’un homme d’affaires d’origine libanaise nommé Takieddine », a résumé l’actuel procureur général libyen dans une synthèse transmise aux juges français en novembre dernier.

Lors de son interrogatoire du 5 juin, Claude Guéant a en outre avoué avoir rencontré secrètement Abdallah Senoussi, pourtant recherché par la justice française pour son implication dans l’attentat contre le DC-10 d’UTA, lors d’une visite à Tripoli, le 1eroctobre 2005.

L’entrevue a eu lieu en présence de l’intermédiaire Ziad Takieddine, mais sans aucun autre témoin, a dû concéder Claude Guéant. C’est embarrassant : Ziad Takieddine a par le passé confirmé avoir remis des fonds venus de Tripoli à Nicolas Sarkozy et Claude Guéant. Or, quelques semaines après les remises présumées de cash libyen, Claude Guéant ouvrait dans le plus grand secret une chambre forte dans une banque, louée le temps de la campagne présidentielle, selon les découvertes des enquêteurs de l’Office anticorruption (OCLCIFF). Les policiers ont aussi pu établir que la campagne présidentielle avait été largement abondée d’espèces non déclarées.

L’audition de Claude Guéant est intervenue peu après la mise en examen de l’actuel président de la commission des finances de l’Assemblée nationale Éric Woerth (pour complicité de financement illicite de campagne) et deux mois après celle de Nicolas Sarkozy (lui aussi pour corruption passive, recel de détournements de fonds publics libyens et financement illicite de campagne électorale). Les trois hommes démentent toute implication dans cette affaire.

  • TAKIEDDINE, SENOUSSI ET LE « PACTE DE CORRUPTION »

Claude Guéant est un acteur de premier plan de l’affaire libyenne. Et il l’a finalement confirmé aux juges. À chaque étape importante du rapprochement entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, et de toutes les tractations secrètes qui les ont accompagnées, le “Cardinal”, comme il fut surnommé, est là, discret et affairé. « Après le retour de Nicolas Sarkozy [au ministère de l’intérieur – ndlr] , il est exact que Ziad Takieddine s’est manifesté auprès de moi pour me dire qu’il avait des relations avec certaines autorités libyennes, a reconnu Claude Guéant devant les juges. Lorsque j’ai fait un voyage préparatoire du déplacement du ministre, Ziad Takieddine était à Tripoli. »

L’ancien ministre assure que l’intermédiaire « n’a jamais été mandaté » par les autorités françaises : « Il n’a jamais été chargé d’aucun dossier. Nous n’avons jamais eu besoin de lui pour préparer un voyage ou organiser une rencontre entre le colonel Kadhafi et Nicolas Sarkozy. » En réalité, de nombreuses notes de Ziad Takieddine témoignent de ses conseils prodigués à Claude Guéant lors des premiers voyages à Tripoli en 2005. Dans une note de cadrage adressée à Claude Guéant, aujourd’hui entre les mains des juges, l’intermédiaire soulignait ainsi que la visite préparatoire de Guéant devait « revêtir un caractère secret », afin d’évoquer « l’autre sujet important ».

Le sujet important est désormais identifié par l’enquête : il s’agit d’un pacte de corruption. Un pacte liant la promesse libyenne d’un financement politique à la promesse du clan Sarkozy d’obtenir entre autres la révision du procès de l’affaire de l’attentat du DC-10 d’UTA, et de blanchir Abdallah Senoussi, condamné à perpétuité et sous le coup d’un mandat d’arrêt international.

En janvier 2017, l’ancien dignitaire libyen a déclaré aux juges avoir rencontré Claude Guéant en 2005, lors de sa visite préparatoire. Et ce dernier a confirmé cette rencontre, le 5 juin dernier. Un rendez-vous secret organisé par… Takieddine.

Claude Guéant, Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy, en juillet 2007, à Tripoli, en Libye. © ReutersClaude Guéant, Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy, en juillet 2007, à Tripoli, en Libye. © Reuters

« Je n’étais pas au courant que j’allais rencontrer Senoussi, a soutenu Guéant. Je n’avais pas une connaissance précise du dossier [judiciaire] […] Il m’a fait part effectivement de sa préoccupation relative à sa condamnation pénale. Il m’a expliqué qu’il avait un besoin impératif de venir en France pour se faire soigner d’un cancer et que pour cela il fallait qu’il retrouve une liberté de voyager. (…) J’ai enregistré mais je n’ai rien fait du tout, d’une part parce qu’il avait été condamné certes par contumace, mais pour une affaire d’une gravité extrême, et que d’autre part il s’agissait d’une affaire strictement judiciaire. »Question des juges : « Puisque vous avez dit qu’il s’agissait d’une affaire strictement judiciaire, avez-vous opposé à M. Senoussi une fin de non-recevoir ? »

Claude Guéant : « Non, j’ai juste enregistré sa demande. »

Cette demande sera réitérée lors du tête-à-tête de Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi quelques jours plus tard, selon le témoignage de l’interprète libyen de la rencontre, Moftah Missouri. Deux mois plus tard, Brice Hortefeux, ministre délégué aux collectivités territoriales, dépêché à son tour en Libye, rencontrera tout aussi secrètement le beau-frère du Guide libyen, à son domicile de Tripoli.

La révision de la situation judiciaire d’Abdallah Senoussi dans l’affaire de l’attentat du DC-10 était l’une des contreparties attendues par les Libyens au financement de la campagne. Le beau-frère de Kadhafi a d’ailleurs été le premier, parmi les dignitaires libyens, à opérer les versements en faveur du candidat, selon ses propres aveux devant la Cour pénale internationale en 2012, puis devant des magistrats libyens en 2017.

Cité par Senoussi, Ziad Takieddine s’est quant à lui auto-incriminé en avouant avoir personnellement remis à Claude Guéant et Nicolas Sarkozy, entre novembre 2006 et janvier 2007, trois valises de cash venues de Libye pour un montant total de 5 millions d’euros. En outre, comme le montrent plusieurs documents désormais versés à la procédure judiciaire, l’équipe Sarkozy a bel et bien œuvré, entre 2005 et 2009, pour rendre inopérant le mandat d’arrêt qui avait été émis par la cour spéciale de Paris contre Abdallah Senoussi.

Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, son secrétaire général de l'Élysée, en 2008. © ReutersNicolas Sarkozy et Claude Guéant, son secrétaire général de l’Élysée, en 2008. © Reuters

« Il est absolument faux de prétendre que j’ai demandé de l’argent à quelque personnalité libyenne que ce soit pour la campagne de Nicolas Sarkozy ou pour toute autre raison », a martelé Guéant.

L’ancien ministre s’est plaint des « incohérences flagrantes » qui émailleraient les déclarations des dignitaires, en particulier celle de l’ancien premier ministre Mahmoudi al-Baghdadi. « Il est question d’une remise de 3 millions de dollars. Qu’est-ce que je vais faire de 3 millions de dollars ? Je vais aller à la banque changer 3 millions de dollars ? »

Mais Claude Guéant a sa théorie, nouvelle : il avance que les autorités libyennes auraient en fait pu verser des fonds à Ziad Takieddine, en croyant de bonne foi répondre à une demande de Nicolas Sarkozy, alors que l’intermédiaire en était seul bénéficiaire… Mieux : Takieddine aurait pu faire ces déclarations sur ces remises d’espèces au ministère par « peur d’éventuelles représailles » libyennes, « pour expliquer à ses commanditaires libyens qu’il avait bien fait son travail ».

Une hypothèse jugée peu crédible par les magistrats dans la mesure où l’intermédiaire avait déjà gagné beaucoup d’argent en Libye grâce à des marchés commerciaux avec la France, que ce soit la vente de matériel d’espionnage (4,7 millions d’euros) ou avec la compagnie Total (7 millions d’euros).

À l’instar de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant a également tenté de contester le récit de l’intermédiaire et sa description des lieux s’agissant des remises de cash au ministère de l’intérieur. « Nous comprenons mal l’intérêt de ces contestations sur le trajet utilisé par Ziad Takieddine pour venir vous voir au ministère de l’intérieur dans la mesure ou vous ne contestez pas qu’à cette période, il est venu plusieurs fois dans vos bureaux du ministère de l’intérieur, lui ont rétorqué les juges. Ce n’est donc pas quelqu’un qui prétend être allé au ministère alors qu’il n’y a jamais mis les pieds, mais quelqu’un qui s’y rendait relativement souvent, qui y avait déjà été lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur en 2002, qui est un intime de Brice Hortefeux également installé dans ces locaux. Sans préjuger de la véracité de ses propos, on n’est pas en présence d’un mythomane qui inventerait des contacts inexistants. »

Claude Guéant reconnaît d’ailleurs que Ziad Takieddine est venu le voir « cinq ou six fois » au ministère de l’intérieur, entre juin 2005 et janvier 2007. L’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy a aussi avoué être allé une fois ou peut-être deux au domicile de l’intermédiaire, avenue Georges-Mandel. Et notamment pour « boire un verre » avant la campagne présidentielle avec Saïf al-Islam Kadhafi, le fils du Guide libyen, qui est lui aussi l’un des pourvoyeurs de fonds présumés de la campagne, ainsi que l’avait consigné dès 2007 l’ancien premier ministre libyen, Choukri Ghanem (mort dans de troubles circonstances en 2012), dans un carnet manuscrit.

« Je ne sais pas quand, et combien de fois, [Ziad Takieddine] a vu M. Guéant, il s’en expliquera », avait déclaré de son côté Nicolas Sarkozy, prenant ses distances avec son lieutenant de toujours, lors de son audition en garde à vue, en mars dernier. Puis deux jours plus tard, sur le plateau de TF1, l’ancien président avait enfoncé le clou : « S’il y a des faits qui lui sont reprochés, et il a droit comme les autres à la présomption d’innocence, il s’en expliquera. Pas en tant qu’ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, mais en tant que Claude Guéant lui-même. »

  • DJOUHRI, L’APPARTEMENT, LES 500 000 EUROS

Le problème de Claude Guéant, dans cette affaire, c’est qu’il s’est enrichi personnellement. L’enquête financière a ainsi pu déterminer un lien entre des fonds libyens et un achat immobilier de prestige à Paris. En mars 2008, trois mois après la fastueuse visite d’État offerte par Nicolas Sarkozy à Mouammar Kadhafi à Paris, Claude Guéant a reçu sur son compte bancaire un virement de 500 000 euros qui lui a permis d’acquérir trois semaines plus tard un bel appartement situé derrière l’Arc de triomphe, pour un montant de 700 000 euros payés comptant.

Selon l’enquête, cet argent tombé du ciel lui est parvenu via « une organisation sophistiquée de blanchiment », au service de l’intermédiaire Alexandre Djouhri, en lien avec un gérant de fortune, « consistant à utiliser des comptes bancaires de deux Saoudiens au Crédit agricole suisse, en faisant circuler des sommes d’argent de l’un à l’autre, pour percevoir des fonds liés à ses affaires, régler ses dépenses, disposer d’espèces, de manière totalement opaque », selon les magistrats.

Alexandre Djouhri ? Claude Guéant le connaît si peu. « Je savais qu’Alexandre Djouhri faisait des affaires, déclare-t-il aux juges. Mais il ne m’a jamais parlé précisément de ce qu’il faisait. (…) M. Djouhri voyait effectivement parfois le président de la République. Je confirme qu’il ne m’a jamais parlé de ses affaires et je ne l’ai jamais entendu parler au président de ses affaires. »

Dès 2015, Claude Guéant a prétendu que les 500 000 euros miraculeux provenaient de la vente de deux petites marines hollandaises – elles n’en valaient même pas le dixième – à un avocat malaisien. Il n’a pas modifié sa version d’un iota en dépit des découvertes judiciaires qui la contredisent en tous points. L’enquête a conclu à une « vente fictive ». L’argent ayant en réalité parcouru le monde (l’Arabie saoudite, puis la Malaisie) avant d’arriver sur le compte parisien de Guéant. Pire : le premier virement en faveur de Guéant avait été opéré par un gérant de fortune établi en Suisse, Wahib Nacer, qui se trouve être le gestionnaire des comptes d’Alexandre Djouhri et… de Bachir Saleh, l’ex-directeur de cabinet de Kadhafi et patron de l’un des fonds souverains libyens, le LAP.

Les policiers ont fini par établir que le virement initial avait été compensé quelques mois plus tard par de l’argent libyen grâce à la vente surévaluée d’une villa à Mougins, dans le sud de la France, au LAP de Bachir Saleh, le tout par l’entremise d’une société au Panama (voir ci-dessous un extrait de l’émission Cash Investigation).

Les enquêteurs ont aussi retrouvé un RIB de Claude Guéant au domicile de Djouhri. « J’ignorais tout à fait qu’Alexandre Djouhri ait disposé de mon RIB, a certifié Claude Guéant aux juges. Une chose est certaine et je suis catégorique, jamais je n’ai donné à M. Djouhri mon RIB. Je ne vois pas pourquoi je lui aurais donné du reste. C’est à M. Djouhri qu’il faudrait poser la question. »

Plus loin : « C’est à lui d’expliquer pourquoi ce RIB se retrouve dans ses archives. »

Les juges, incrédules : « A-t-il été en situation de vous dérober un RIB ?» 

« Il n’est jamais venu à mon domicile. Je l’ai rencontré dans mon bureau de l’Élysée, mais je ne vois pas comment il aurait eu accès à mon chéquier », s’est défendu Claude Guéant.

Mais en dépit de ces dénégations, Claude Guéant semble avoir été mis dans la boucle de plusieurs dossiers par Alexandre Djouhri. Deux télécopies saisies chez le gérant de fortune de l’intermédiaire prouvent qu’Alexandre Djouhri a adressé au secrétaire général de l’Élysée un dossier d’intervention auprès du ministre du budget au sujet du passif fiscal de la société propriétaire de la villa de Mougins, celle que Djouhri se préparait à vendre aux Libyens. Hélas, Guéant n’en a « aucun souvenir ».

Autre intervention, il avait signalé aux dirigeants d’EADS qu’Alexandre Djouhri prétendait que le groupe d’aéronautique lui devait de l’argent sur la vente d’avions Airbus à la Libye. « J’ai rappelé à EADS que les représentants libyens souhaitaient que ces engagements soient honorés, a expliqué Guéant aux magistrats. Si mon souvenir est exact, je vous confirme que Bachir Saleh m’a parlé de ces engagements. Cela s’est passé à Paris. Par la suite, Alexandre Djouhri a relayé cette demande de Bachir Saleh. Est-ce une fois, deux fois je ne saurais vous dire. » EADS avait refusé de payer Djouhri, d’autant qu’un paiement de commission avait déjà été effectué sur un compte au Liban.

  • SQUARCINI ET LA CAVALE DU BRAS DROIT DE KADHAFI

Sous Sarkozy, la France a su par la suite se montrer protectrice des intérêts personnels de Bachir Saleh, parfois surnommé la « boîte noire » de Kadhafi. Non seulement les services secrets l’ont exfiltré de Libye au moment de la guerre, mais les autorités françaises, sous l’autorité directe de Claude Guéant, alors ministre de l’intérieur, ont organisé sa fuite de France, en mai 2012, au lendemain de révélations de Mediapart sur l’affaire des financements libyens.

La cavale de Bachir Saleh, pourtant visé par un mandat d’arrêt émis par Interpol, avait été coordonnée par Alexandre Djouhri et Bernard Squarcini, alors patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI, aujourd’hui DGSI). « J’ai appris son départ après qu’il a quitté la France, et je n’ai joué strictement aucun rôle dans ce départ », a soutenu Claude Guéant, lors de son audition.

Les juges : « À ce moment-là, Bernard Squarcini est placé sous votre responsabilité hiérarchique, et M. Moutouh [en contact téléphonique avec Bernard Squarcini au même moment – ndlr] est votre conseiller. Quant à Alexandre Djouhri, c’est votre ami. Nous sommes entre les deux tours de l’élection présidentielle. Pouvez-vous sérieusement affirmer ne pas avoir été informé en temps réel de ce départ ? »

Guéant : « Je l’affirme avec le plus grand sérieux. »

Sur cette cavale spectaculaire, Nicolas Sarkozy s’était montré en audition totalement amnésique : « Comprenez-vous que nous puissions nous interroger sur la position de M. Guéant, ministre de l’intérieur et supérieur hiérarchique de M. Squarcini, compte tenu de sa proximité avec vous, et notamment sur le fait qu’il ne vous avait pas informé ou rendu compte de l’exfiltration de M. Saleh à un moment où celui-ci fait la une de la presse ? », avaient questionné les enquêteurs.

« Claude Guéant a été pendant des années un collaborateur remarquable, qui a exercé des missions que je lui ai confiées de manière infatigable, professionnelle et loyale. À la minute où il est nommé ministre de l’intérieur, il n’est plus mon collaborateur », a répondu Sarkozy, lâchant une fois de plus son ancien bras droit sur procès-verbal.

Depuis des années, les proches de Claude Guéant lui disent qu’il est le « bouc émissaire »et le « paratonnerre parfait » de Nicolas Sarkozy dans ce dossier, comme cela ressort par exemple d’un échange de SMS avec son fils en 2013 intercepté par la police. De fait, l’ancien “Cardinal” ne cesse de prendre la foudre sans rien dire.

TOUS LES COMMENTAIRES

Et bien sûr Sarkozy n’était au courant de rien, donc même pas complice ! Et de ce fait pas impliqué ni poursuivi pour recel ?

Non seulement « on » ne peut pas « aller chercher » un président en fonction mais pas plus un ancien ! Macron a de beaux jours devant lui.

Il ne vous aura pas échappé, dans votre clairvoyance, que macron n est pas concerné par l affaire dite « lybienne »

Il ne vous aura pas échappé non plus que Sarkozy Est justement mis en examen dans l affaire dite lybienne depuis le 21 mars 2018…

Ensuite, sans me prononcer de quelque sorte que ce soit en bien ou en mal sur la politique de macron, je ne vois pas en quoi vous pouvez le mettre sur le même plan qu un ex PR dont on sait a présent qu il s est rendu coupable de forfaiture. De grâce épargnez moi le couplet des polices parallèles parce qu un bas du front a mis un coup de poing place de la contrescarpe…

J avoue ne pas bien saisir le sens de votre commentaire. Je ne me fais que peu d illusions sur la capacité de la justice a condamner Sarkozy, qui a toujours su bravement s entourer d une armée de fusibles, mais le parallèle me semble quelque peu hasardeux.

Ce n est que mon opinion, mais peut etre avez vous connaissance de faits que j ignore

Pour résumé l’affaire: Des juges qui ne connaissent rien à l’art (cf tableau vendu par Guéant), et qui attaquent un intègre fonctionnaire au dessus de tout soupçon, puisqu’il était l’ami des Balkany !

 

Trop injuste !

SARKOZY il n’y toucherons jamais ! c’est ça la dite république française

Mais que GUEANT le  cardinal et françafrique sombre = un immense plaisir et les autres??????

Claude Guéant a invoqué son droit au silence devant les juges qui l’ont interrogé la semaine dernière.

Certainement comme le fera Benalla demain devant la commission du Sénat. Si on comprend bien il faut attendre d’être au tribunal pour avoir un peu d’informations et encore si le  » prévenu » veut bien .

Tous est pourri autour de Sarkozy et Macron en a pris exemple.

  • NOUVEAU
  • 17/09/2018 16:18
  • PAR 

C’est dommage de tout mélanger dans les commentaires. L’affaire Benalla et la Libye, ce n’est pas tout à fait la même chose.

La 1ère, c’est certes significatif, mais niveau 3ème division avec un peu de recul.

La Libye, c’est Ligue des Champions / Coupe du Monde.

Un peu de recul sur la gravité relative des actes de chacun me semble opportun !

Ce n’est pas le propos des insoumis en pantoufles! Eux… c’est les hurlements avec la meute!

« À côté du besoin de définir, se trouve le danger de s’embrouiller. » 
Honoré de Balzac ; Physiologie de l’insoumis l’employé

  • NOUVEAU
  • 17/09/2018 16:22
  • PAR 

Guéant commence à prendre de l’âge et nous voici rassurés que vraisemblablement il passera les prochaines canicules à l’ombre….

  • NOUVEAU
  • 17/09/2018 16:23
  • PAR 

L’avocat :

«Le pauvre, il comprenait « cet argent , c’est des financements, lis bien ! » ,
et il essayait de lire le post-it sur la valise de billets, il ne pouvait pas croire qu’on lui avait dit « c’est des financements libyens« , quoi.

C’est bête, hein, M. le juge, d’être grand ministre et à la merci de petites erreurs d’interprétation.»

(j’imagine l’avocat réduit à ce genre d’arguties de gamin… l’immaturité de Sarko aura fait tache).

  • NOUVEAU
  • 17/09/2018 16:39
  • PAR 
rien que pour sa rencontre secrete avec ce lybien senoussi assassin par UTA interposé et recherché…. « par toutes les polices « ( aveugles et sourdes) gueant devrait deja etre en taule ( et je me propose de souder la porte )

Je ne ferai pas « un tableau » de l’affaire, Fabrice Arfi l’a déjà amplement dessinné. Je constate simplement que l’instruction judiciaire sur la grande générosité de Kadhafi, semble progresser à pas de géants !

à pas de Guéant ?

Yes, Sir !

  • NOUVEAU
  • 17/09/2018 16:47
  • PAR 

il en faut combien de délits pour aller en prison pour c est gens la

c est comme le sketch de Coluche concernant les flics

au bout de 30 blâmes c est un avertissement et au bout de 10 avertissements…..   etc

  • NOUVEAU
  • 17/09/2018 16:54
  • PAR 

Comment ? Sarkozy serait-il vénal au point de se servir de l’argent d’un dictateur pour enfumer le peuple de France ? Reprenez-vous  Mr Guéant , un laquais , fût-il vénal lui aussi , doit toujours respecter son maître et ne pas le spolier à son tour…..Vous et votre mentor êtes dans le caca : pas sûre qu’un paquet de six rouleaux de PQ suffisent à vous redonnez meilleur aspect !

  • NOUVEAU
  • 17/09/2018 16:55
  • PAR 

Un pognon de dingue, comme dirait méprisant de la République…

Vous rendez vous compte du nombre de mecs qui n’auraient pas besoin de traverser la rue pour trouver du boulot et pour vivre dignement si tout ce fric volé par ces escrocs avait été utilisé pour le bien commun !

  • NOUVEAU
  • 17/09/2018 17:37
  • PAR 

Comme le souligne l’excellent article de nos chers Laske -Arfi , Sarko Bismuth s’est compromis et encanaillé avec Khadafi contre une terrible contrepartie: financement libyen de sa campagne en échange du blanchiment de Senoussi , commanditaire de l’attentat du DC8 d’UTA avec la mort des 150 passagers environ dont près de 60 Français.

Lequel Senoussi aux ordres ne pouvait être que le bras armé de Khadafi, son beau frère . .

Le sujet important est désormais identifié par l’enquête : il s’agit d’un pacte de corruption. Un pacte liant la promesse libyenne d’un financement politique à la promesse du clan Sarkozy d’obtenir entre autres la révision du procès de l’affaire de l’attentat du DC-10 d’UTA, et de blanchir Abdallah Senoussi, condamné à perpétuité et sous le coup d’un mandat d’arrêt international.

Beaucoup d’intervenants sur MDP , certainement des adeptes de Mélenchon niant l’exode de près de 2 millions de citoyens vénézuéliens , conséquence de la Politique économique et de répression brutale qui leur enlève toute liberté.

Osez demander la destitution de Macron suite à l’affaire Benalla  jusqu’à en faire une affaire d’Etat et ainsi les mettre au même niveau : les bras m’en tombent et c’est à désespérer du fanatisme de certains.

Regardez le site du « Figaro  » et vous y trouverez  des commentaires identiques : c’est vrai que Mélenchon a toujours eu une grande sympathie pour Serge Dassault et une affection particulière pour Patrick Buisson .

Publicités

Une réflexion sur “#Libye #France Financements libyens: la mise en examen de Claude #Guéant est aggravée par les juges ! #Sarkozy #Kaddhafi #Haik #Debbasch #Herzog #Israel #Maurice #Malte #Togo #Gnassingbe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s