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Paul Singer, l’Américain qui a fait chuter Vincent Bolloré en Italie

Isabelle Couet / Chef du service Marchés |
Paul Singer, l’Américain qui a fait chuter Vincent Bolloré en Italie Mike Blake/Reuters

Le fonds américain Elliott a trouvé suffisamment d’alliés pour renverser le pouvoir de Vivendi au sein de Telecom Italia.

L’annonce tombe en début d’après-midi à Wall Street, le 25 avril : Vincent Bolloré est mis en examen dans le cadre de ses activités de concessions portuaires en Afrique. La nouvelle n’émeut pas grand-monde outre-Atlantique, sauf celui qui est devenu l’un des adversaires les plus coriaces de l’industriel. Son nom : Paul Singer, un milliardaire de 73 ans, qui cultive l’art de se faire des ennemis. Son goût du combat a forgé la légende de ce roi de la finance new-yorkais aux airs de professeur d’université. Il est aussi la source de sa fortune. Son fonds d’investissement, Elliott (le second prénom de Singer), qui gère 34 milliards de dollars, est non seulement l’un des plus anciens et rentables, mais aussi le plus redouté. Le seul nom d’Elliott fait trembler les patrons et les Etats. Un CV que l’homme fort de Vivendi connaît sans doute bien après des semaines d’une épique bataille contre l’Américain à la barbe blanche impeccablement taillée.

C’est début mars que le missile Paul Singer fait son apparition dans le ciel Bolloré. Un véritable psychodrame va se nouer des deux côtés des Alpes. Elliott est entré au capital de Telecom Italia, chasse gardée de Vivendi. Le hedge fund a l’intention d’ébranler l’édifice construit par l’industriel qui, depuis 2015, a accru son emprise sur le fleuron transalpin. Vincent Bolloré a placé ses lieutenants au conseil d’administration de Telecom Italia ? Le clan Singer, qui tire à boulets rouges sur la gestion de Vivendi, réclame le remplacement de six administrateurs. Les adversaires se rendent coup pour coup. L’Américain fustige l’« égoïsme et le cynisme » du camp Bolloré, après sa démission en bloc du conseil. Côté français, on souffle que l’infréquentable Silvio Berlusconi est l’allié de Paul Singer. Les rivaux en viennent même à croiser le fer devant la justice. Et, coup de grâce, quelques jours avant l’AG fixée à ce vendredi 4 mai où doit se dénouer l’incroyable feuilleton, le fonds écrit aux actionnaires et évoque les ennuis judiciaires de l’homme d’affaires breton.

UN SELF-MADE MAN QUI BOUSCULE LES NANTIS

Le duel entre Singer et Bolloré n’est pas qu’une bataille autour d’une entreprise. C’est la confrontation de deux mondes. Certes, les deux hommes ont en commun d’être milliardaires, durs en affaires et culottés. Tous deux mêlent aussi famille et business. Vincent Bolloré confie progressivement à ses enfants les rênes de son empire. Paul Singer s’appuie sur l’aîné de ses deux fils, Gordon, qui dirige les opérations européennes d’Elliott à Londres. Les ressemblances s’arrêtent là. Bolloré est catholique, issue d’une lignée d’industriels, affectionne les yachts. Singer est juif, farouchement sioniste, vient de la classe moyenne et pratique la voile. Fils d’un pharmacien, il a fait son droit à Harvard. L’homme a tout construit seul, ce qui explique sans doute son côté franc-tireur. « Paul Singer aime bousculer les petits arrangements de l’establishment et piquer ceux qu’il considère comme des nantis », témoigne un ami des Singer. Vincent Bolloré incarne sans doute cela à ses yeux. « En France, personne n’ose le contrarier. Il a pu transformer Vivendi en un fief personnel sans avoir besoin de lancer une OPA ! », poursuit le même proche. Le Breton symbolise un système français qui n’obéit pas aux règles du financier américain.

Pour ce fervent soutien du « Grand Old Party », pétri de libéralisme, la France est un étrange pays. Paul Singer a appris à la connaître lors de la grande bataille contre l’Argentine, celle qui a assis à jamais l’effroyable réputation d’Elliott. Le fonds, qui avait acheté de la dette du pays à prix cassé lorsque celui-ci sombrait dans la faillite, a traîné l’Etat argentin devant les tribunaux. Contrairement aux nombreux porteurs de titres qui ont fait des sacrifices, la société de Paul Singer a réussi un coup de maître : la justice de New York a condamné Buenos Aires à la rembourser à 100%. Arracher ce verdict fut une immense victoire pour celui qui décortique les contrats à la recherche de la moindre faille. Mais une sentence ne fait pas tout. Surtout quand on affronte Cristina Kirchner, l’inflexible présidente qui a popularisé l’expression de « fonds vautour ».

La veuve de l’ancien président Nestor Kirchner a mis un point d’honneur à ne jamais verser un dollar au « yankee ». Le fonds aux ressources inépuisables s’est donc mis en quête de biens argentins en tout point du globe. En octobre 2012, Elliott met ainsi la main sur le Libertad, un trois-mâts de la marine nationale, qui fait escale au Ghana. L’opération scandalise et contraint Cristina Kirchner à ne plus prendre son avion présidentiel pour se déplacer à l’étranger. Dans ce jeu du chat et de la souris, le fonds du milliardaire met aussi son nez dans les affaires entre l’Hexagone et le pays d’Amérique latine. Elliott frappe à la porte de la très secrète Banque de France, la soupçonnant de prêter de l’argent et de servir de coffre-fort à une banque centrale argentine devenue l’instrument du gouvernement péroniste. Peine perdue. L’institution éconduit son huissier. Le quai d’Orsay aussi lui barre la route. Faisant fi du principe de la séparation des pouvoirs, le ministère tente d’influencer les magistrats concernant les saisies des comptes de l’ambassade argentine à Paris. Toutes ces manoeuvres n’empêchent finalement pas le patient hedge fund d’atteindre son objectif. En 2016, Mauricio Macri, fraîchement élu président, lui signe un chèque de 2,4 milliards de dollars pour solder la saga du siècle. Ironie de l’histoire, quelques mois plus tard, l’Etat français se dote d’une loi anti-« fonds vautours ».

UN HEDGE FUND QUI A HORREUR DU RISQUE

En défiant Bolloré, Paul Singer s’est offert une forme de revanche sur ce pays qui le maudit. La France ne pardonne pas à ce bulldozer, qui se sert du droit pour gagner de l’argent, d’avoir poursuivi l’Argentine, le Pérou ou le Congo. Elle ne goûte pas davantage ses offensives contre des sociétés – l’essentiel de son activité -, alors que Wall Street révère celui qui est désormais le premier « activiste » au monde. S’introduire au capital d’une société cotée, bloquer des OPA, dynamiter l’organisation… cette technique musclée employée chez Telecom Italia, AkzoNobel, Hyundai et d’autres, dans le but de faire grimper le cours de Bourse et d’empocher de juteux dividendes, passe mal dans l’Hexagone. Le terrain est d’ailleurs peu propice à ce genre de guérilla, même si Elliott a joué les trouble-fête chez le transporteur Norbert Dentressangle. « La France est en retard en matière de gouvernance, beaucoup de règles ne sont pas respectées », a confié aux Echos l’un des soldats de Paul Singer. La démocratie actionnariale serait souvent bafouée. Elliott préfère donc chasser au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas… et même en Italie.

« Il a essayé de changer les choses et protégé le capital de nombreuses personnes sur une longue période. Il était stable et digne de confiance. » Voici ce que l’austère Paul Singer aimerait que le Wall Street Journal (ne lui parlez surtout pas du New York Times) écrive dans sa nécrologie, comme il l’a confié à Bloomberg. Quand il définit sa méthode et ses valeurs, il n’y met pas davantage de fantaisie : « méticulosité, travail acharné, créativité et ténacité ». Ses clients, de nombreuses caisses de retraite américaines, y trouvent leur compte. Il leur a permis d’engranger 13,5% de rendement annuel depuis 1977. Ses deux seules années dans le rouge ont dû l’affecter personnellement mais n’ont pas terni sa réputation. Lorsqu’il a de nouveau ouvert ses portes à des capitaux en 2017, le fonds aurait collecté 5 milliards en vingt-quatre heures, selon Bloomberg. Du jamais vu.

« Les Singer sont des hommes de dossiers. Ils s’appuient sur des analyses et des preuves, pas sur des opinions », explique un avocat qui connaît les rouages de la machine Elliott. En ce sens, le hedge fund ne fait pas de paris. Il se lance dans un investissement uniquement quand il est convaincu de pouvoir influencer le cours des choses. Il envisage tous les scénarios et calcule leur probabilité de réalisation. Elliott le va-t-en-guerre a horreur du risque et met autant d’ardeur à protéger son investissement qu’à acculer ses cibles. Le fonds sait exactement combien de temps il peut tenir une position sans perdre d’argent. Dans le cas de l’Argentine, malgré des frais vertigineux, il s’est accroché plus de dix ans…

UN SOUTIEN DU MARIAGE GAY… ET DE TRUMP

Sa volonté de contrôle obsessionnelle touche jusqu’à ses clients. Ceux-ci sont soumis à des règles de confidentialité qu’ils osent rarement braver. Pour les gérants d’Elliott, la discrétion est une règle d’or. Les photos sont rares, l’usage des réseaux sociaux limité et la parole publique distillée avec parcimonie. Les secrets de la maison et de ses 400 employés sont donc bien gardés. Tout comme ceux de Paul Singer, qu’on imagine plutôt les yeux rivés sur une analyse financière que dans un stade de foot, lieu qu’il affectionne pourtant. Le New-Yorkais assiste même à toutes les Coupes du monde, d’après son entourage. Il se divertit aussi en jouant de la musique. Il aime le rock et a fait partie d’un groupe de reggae.

Paul Singer n’est pas toujours là où on l’attend. Conservateur, cet habitué de Davos, le rendez-vous du gotha des affaires, se sert désormais de cet événement pour défendre la cause homosexuelle. Depuis le « coming out » de son fils cadet, il s’est engagé en faveur du mariage gay. Autant dire qu’il n’était pas un fan du candidat Trump. En février 2017, le président américain a d’ailleurs affirmé que le vétéran de Wall Street avait mené campagne contre lui. « Mais je viens de rencontrer Paul et il m’a apporté un soutien total », a-t-il ajouté. Le financier aurait fait don de 1 million de dollars. Même Paul Singer préfère visiblement compter l’incontrôlable Trump parmi ses amis.

TROIS NUANCES D’ELLIOTT

Le fonds vautour  : la présidente argentine Cristina Kirchner (1) a popularisé ce terme pour dénoncer les agissements du fonds américain, considéré comme un vil spéculateur. Le fait d’armes d’Elliott : avoir acheté de la dette du pays en faillite au début des années 2000 et obtenu 2,4 milliards de dollars en 2016, sous la présidence Macri. Elliott a mené une guérilla judiciaire d’une ampleur inédite. Au point de faire réagir le FMI, qui a exhorté les Etats à se doter de contrats de dette plus protecteurs.

L’activiste  : en 2016, le fonds de Paul Singer a lancé une campagne contre le géant sud-coréen Samsung et son propriétaire, la très influente famille Lee. Objectif : redonner de la valeur à la branche Samsung Electronics du conglomérat, obtenir des dividendes et modifier la structure hypercomplexe du « chaebol » qui sert les intérêts des héritiers, dont Jay Y. Lee (2), qui se retrouvera derrière les barreaux pour corruption et détournement de fonds. Certaines des demandes de Paul Singer ont abouti.

Le partenaire  : Sigfox, une start-up toulousaine cofondée par Ludovic Le Moan (3), a fait parler d’elle en 2015 et 2016 grâce à des levées fonds époustouflantes. Elliott a participé aux tours de table, aux côtés de Bpifrance, Idinvest, Intel Capital et d’industriels. Un gérant d’Elliott siège au conseil d’administration de la pépite spécialisée dans les réseaux bas débit qui connectent les objets entre eux. L’engagement du fonds : aider Sigfox à se développer à l’international.

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