#Gabon #Togo Saga de la #Mafia #Corse en #Afrique De #Pasqua à #Bongo, de #Perez à #Tomi, de #Toussaint à Rougier

#Gabon #Togo Saga de la #Mafia #Corse en #Afrique De #Pasqua à #Bongo, de #Perez à #Tomi, de #Toussaint à Rougier

Il y a des moments o� seule la simple d�cence nous emp�che de citer toutes les vertus de notre Pillards de la for�t (Agone, 2002).�

Limitons-nous ici au rappel des deux principales.� La premi�re est d�avoir expos� les liens entre le groupe Rougier, roi de la fili�re du bois fran�africain, et la mafia corse, stricto sensu.� La deuxi�me est celle de n�avoir jamais �t� poursuivi en justice.�

Avec le recul nous admettons et regrettons, dans notre �crit, une seule erreur grave: notre trop grande prudence.� Pri�re donc, cher lecteur, d�ins�rer les pages qui suivent.

Si les fr�res Rougier sont certes des amoureux du bois, leur parrainage depuis vingt ans de M. Toussaint Luciani ne laisse aucun doute, � l�heure qu�il est, que leur vraie passion a toujours �t� la faune sauvage de Corse.� Les amours de Luciani, ancien OAS, ont toujours �t�, elles� multiples.� D�apr�s un ��blanc�� des services secrets mis en circulation peu de temps apr�s la publication de Pillards, Toussaint Luciani fait dans

tous les trafics, avec une grande priorit� pour les stup�fiants et les armes [�]. [voir document n�1]

Loin de hanter les faubourgs de l�affaire Elf, ce qu�a pu laisser entendre notre livre, l�entreprise Rougier se situe plus proche de ce qu�il faut bien qualifier de son milieu.� Branch�e Pasqua et Chirac, exhibant souvent des teintes brun�tres, elle fait partie des grands non-dits de l�instruction.�

Elle a �a en commun avec le CIAT, le Comptoir international d�achat et transit Afrique Export, cette coquille vide de Luciani abrit�e encore aujourd�hui dans les locaux de Rougier, au 75 avenue des Champs-Elys�es.� Au c�ur du bois sacr� de la Corsafrique, tout cot� en bourse que soit son h�te, il y fait toujours tr�s, tr�s sombre.���

Pourtant, faire finalement parler de l�indicible CIAT n�est pas une cause perdue d�avance.� Car notre but n�est pas uniquement de savoir le montant total de fric recycl� chez Rougier au cour des ann�es.� Comprendre l�actualit� nous int�resse aussi.� Par exemple les unes �voquant le chemin emprunt� par Charles Pasqua r�cemment pour retrouver le S�nat, chemin qu�il a d�broussaill� lui-m�me, et avec quelle finesse, l� o� il passe par l�Elys�e.�

Qu�� la rentr�e litt�raire 2002 les Rougier n�aient pas �t� d�une humeur proc�duri�re, cela se comprend.� Un an et demi auparavant ils avaient �chapp�s de justesse aux d�g�ts qu�a entra�n� une suite de perquisitions dans le quartier.� Le 13 f�vrier et le 1er mars 2001, les locaux de la Soci�t� d��tudes pour le d�veloppement (SED), 26 rue de la Tr�moille, ont �t� mis sens dessus dessous par la tro�ka Joly, Hullin et Courroye.�

Ces deux jours-l�, la p�che �tait exceptionnelle.� On a pu �tablir que la SED �tait le QG en France de Robert Feliciaggi et de Michel Tomi, ses v�ritables propri�taires�; que des valises bourr�es de millions de francs en esp�ces y ont transit� en provenance des PMU, des loteries et des casinos d�Afrique en passant par le Cr�dit foncier de Monaco�; que les porteurs de ces bagages �taient des hommes-liges de Jean-J� Colonna, ��le seul parrain corse�� selon la commission parlementaire sur la Corse de 1998�; que les Ange-Marie Michelosi, Antoine-Val�re Bozzi, Jean-Luc Codaccioni�dont il s�agissait �taient connus des services de police pour faits de prox�n�tisme, association de malfaiteurs, vol � main arm�e, et attentat � l�explosif, entre autres ; que ce que Le Parisien appelait des ��d�cideurs africains�� ont �t� les destinataires finaux du fric�; que Charles Pasqua se faisait un plaisir d�appeler souvent cet �tablissement�; que le fils de celui-ci, Pierre, avait �t� charg� par la direction d�une mission en Afrique, que les inspecteurs suspectent d��tre fictive ; que la femme de Jean-J� Colonna �tait une famili�re des lieux depuis son rachat d�un h�tel de luxe � Propriano gr�ce � l�aide de la Caisse de d�veloppement de la Corse, institution pr�sid�e par l�ancien g�rant et actionnaire de la SED, No�l Pantalacci�; qu�une ribambelle de flics en service avaient �crit � Robert Feliciaggi � cette adresse pour demander des ��interventions���; que la Soci�t� d��tudes pour le d�veloppement poss�dait un��ventail de faux tampons consulaires de la R�publique gabonaise.

Le gros lot quoi.� Pas chiens lors du d�ballage � la presse, les enqu�teurs �taient seulement un peu chiants.� Dans la foul�e, ils ont oubli� un morceau de choix � et ils ont continu� � l�oublier par la suite, lorsque les mises en examen commen�aient � tomber�: le nom de la soci�t�-m�re de la SED.� Un oubli d�autant plus curieux qu�il s�agit d�une donn�e parfaitement publique.� Soucieux d��viter toute non-d�nonciation de crime, Les Pillards de la for�t s�est vu oblig� de combler cette lacune.� L�actionnaire principal de la SED, qui n�en a jamais compt� plus de deux, a toujours �t� le CIAT, qui ne s�est jamais trouv� ailleurs que chez Rougier.�

Mieux�: jusqu�en mai 1992, les bureaux du clan Rougier �taient le si�ge de la SED.� Les ann�es o� les Corses et les Niortais brassaient le plus d�argent africain, la salle de r�union du 75 av. Champs-Elys�es, deuxi�me �tage � gauche, d�bordait d�entrepreneurs d�un genre tout particulier.

Pour parler de la SED correctement, il faut donc d�abord parler du CIAT, et assez longuement.� Si le vrai lieu de naissance de notre histoire se situe sans aucun doute du c�t� des barricades d�Alger, nous aurons � reprendre ses fils vers le d�but de 1983.� Et il n�est nulle part question, � cette date, de M. Toussaint Luciani.

*

En f�vrier 1983 la filiale gabonaise et soci�t�-phare des Rougier est en pleine restructuration.� L�absorption par Rougier Gabon de l�ancienne Rougier Gabon SA, des vieux comptoirs coloniaux Ets Rayer et Cie. et de la Soci�t� africaine de d�roulage des Ets Rougier et fils s�accompagne d�apports en num�raires cons�quents (375 millions FCFA) et de l�augmentation du capital de sa soci�t�-s�ur, Bois d�roul�s du Gabon, de plus de 600 millions de FCFA.

Le 4 avril 1983 est cr�� le CIAT.� Objet�: le n�goce international et toutes op�rations d�import export.� La Banque Libano-fran�aise, 33 rue Monceau, est �lue pour abriter ses 100�000 FF de capital social.� Etablissement qui, tout comme la FIBA, devenue par la suite la banque pr�f�r�e du CIAT, ne conna�tra la c�l�brit� que beaucoup plus tard. �C�est � la Libano-fran�aise que 43,7 millions FF d�un pr�t Elf destin� � Paul Biya atterrissent en 1998 sur un compte de Daniel Leandri.� A l��poque, l�homme de main de Pasqua (charg� par Elf en 1991 de l�embauche des mercenaires pour un putsch mort-n� au Congo) jouissait d�un emploi fictif Elf agr�ment� d�un salaire mensuel de 83�333 FF.� De la m�me r�trocommission camerounaise, l�homme d�affaires Andr� Guelfi � ��D�d� la Sardine�� pour les intimes � re�oit 1,8 million FF, dont la presque totalit� est ensuite revers�e � la compagnie Air Entreprise.� En 1992 et 1993, cette derni�re assure de nombreux vols o�, tel un bambin, Pasqua voyage gratis.[1]

A sa cr�ation, le CIAT compte quatre actionnaires, dont trois de Corse-du-Sud.� Notre regard est attir�, au sein de cette �quipe, par la seule dame.� D�tentrice de 25% des parts et ��sans profession��, elle s�appelle Epouse Vescovali.

Par femme interpos�e donc, une bonne tranche du CIAT se trouve dans un premier temps entre les mains de nulle autre que Dominique Vescovali.� Cet �poux n�est pas seulement un fid�le parmi les fid�les de Pasqua et un proche de Chirac�: le jour de la signature des statuts du CIAT il est aussi, depuis trois semaines, premier adjoint au maire du 13�me arrondissement de Paris.� Treizi�me dont on se souvient que le maire �lu le 13 mars 1983 est un certain Jacques Toubon.� L�ann�e suivante, le maire devient secr�taire g�n�ral du RPR.

Surnomm� ��le Magicien�� pour ses prouesses en informatique, l�adjoint au maire bosse depuis 1977 (et jusqu�en 1996) chez Bull comme charg� de mission pour ��les relations avec le Parlement��.� En cette qualit� � informaticien qui pr�sente tr�s bien � il est d�s 1979 indispensable au petit peloton de pasqua�ens install�s 30 avenue de Messine, avec pour mission de faire �lire Jacques Chirac pr�sident de la R�publique.� La rumeur dit que notre hacker pionnier a su pirater n�importe quel coin des fichiers informatiques du RPR.

Il est bon de se rappeler que les militants de la rue Messine �taient quasiment tous issus de l�extr�me droite.� A l�instar du candidat dit socialiste, dont leurs efforts assuraient la victoire.� Aux c�t�s de Vescovali, on trouvait le futur secr�taire g�n�ral du RPF Jean-Jacques Guillet, ancien d�Occident (��Avec Guillet, c�est la Wehrmacht qui arrive�� confie un proche du maire de Meudon (Hauts-de-Seine) � Lib�ration (12/05/95)), ainsi que Jo�l Gali-Papa, ancien du Parti des forces nouvelles (PFN) et des Comit�s de d�fense de la R�publique.� Pour aller d�courager de vilains colleurs d�affiches UDF, on l�chait, la nuit, des escadrons de chiraquiens munis de battes de base-ball et de bergers allemands.

De telles amiti�s �taient faites pour perdurer.� En d�cembre 1981, la veille de la dissolution du SAC, Pasqua cr�e le mouvement Solidarit� et d�fense des libert�s (SDL).� Vescovali en est l�animateur principal.� C�t� rue, on plantait du Jupp� et du Toubon, du Jacques M�decin, de l�Alice Saunier-Seit�.� C�t� cour, toute autre ambiance, genre p�pini�re p�tainiste.� SDL comptait parmi les siens le Dr Fran�ois Bachelot, �lu d�put� FN en 1986, Jean Roussel, idem, et encore Pierre Lagaillarde, co-fondateur de l�OAS.� Comme c��tait beau de voir les anciens du SAC et les vieux ultras d�Alger trimant ensemble�!� Jean Taousson, lui, s��tait jadis rendu utile des deux c�t�s des barricades.� Chef du service de photographie de l��tat-major de campagne de Chirac, il se rallie � SDL comme responsable de son bulletin La Vraie V�rit�.� G�rard Ecorcheville, ancien d�Ordre nouveau et du PFN�est le secr�taire administratif du mouvement; Alain Robert, membre, a �t� pr�c�demment secr�taire g�n�ral d�Ordre nouveau, fondateur du PFN, et premier secr�taire g�n�ral du FN.� On s�arr�te l�.

Il nous est malheureusement impossible de pr�ciser ��les relations avec le Parlement�� qu�entretient l�informaticien de Bull au moment o� sa femme si�ge au conseil d�administration du CIAT.� Pour ce qui est d�autres de ses relations, pourtant, l�ann�e de la cr�ation du Comptoir, 1983, semble avoir �t� d�cisive.� La justice ne prendra connaissance de ces relations que seize ans plus tard, soit juste avant la mort de l�int�ress�.

D�but 1999, le juge d�instruction de Nanterre Patrick Desmure, enqu�tant sur le financement du RPR, met � jour l�existence des emplois offerts au parti par de nombreuses entreprises priv�es.� Le Monde notait�:

Le cas de la soci�t� Bull semble diff�rent. Les soup�ons des enqu�teurs portent sur le d�tachement d�un ing�nieur informaticien aupr�s du RPR, apr�s l�achat, en 1983, d�ordinateurs install�s dans les locaux de la rue de Lille. Interrog� par la brigade financi�re, cet homme aurait confirm� s��tre consacr� � la maintenance du parc informatique du RPR durant pr�s de quinze ans, tout en �tant r�mun�r� par Bull � alors entreprise publique. Selon son t�moignage, cette situation aurait pu �tre favoris�e par la pr�sence, au sein de la soci�t�, de deux personnes aux sympathies gaullistes affich�es�: Pierre Lasbordes et Dominique Vescovali � d�sormais mis en examen pour ��abus de confiance��. [22/02/99]

Contact� par Le Monde, le Magicien d�antan parlait d�une �ventuelle ��erreur de gestion�� et sp�culait�: ��Ils ont d� se laisser d�passer��.� Quant � lui, il n�a ��jamais eu le pouvoir de d�cider s�il fallait facturer ou non�� au RPR ce compr�hensif service apr�s vente qui a dur� une d�cennie et demie.� M�me s�il reconnaissait que c��tait bien lui qui, gr�ce � ses ��bonnes relations�� avec le RPR, gardait ��l��il sur cette installation��� jusqu�en 1990.� Son coll�gue M. Lasbordes a confirm� que l�affectation du technicien Bull au parti n�a pas �t� factur�e avant 1993-94.

Pendant le bref s�jour du couple Vescovali chez Rougier, idylle qui se termine le 17 d�cembre 1984, notre informaticien d�couvre un go�t que seule la premi�re cohabitation va pouvoir satisfaire�: celui de la for�t.� Le Monde du 14 mars 1987 rapporte�:

  1. Charles Pasqua a annonc�, jeudi 12 mars � Avignon, o� il visitait une caserne de sapeurs-pompiers, la nomination � son cabinet de M. Nicolas Sarkosy [sic] au poste de charg� de mission pour la lutte contre les risques chimiques et radiologiques, et de M. Dominique Vescovali � celui de charg� de mission pour la lutte contre les incendies de for�ts. M. Sarkosy est maire (RPR) de Neuilly-sur-Seine et M. Vescovali maire (RPR) du treizi�me arrondissement de Paris.

Le nouveau charg� de mission se met imm�diatement au boulot.� Craignant une r�p�tition des incendies de for�ts ravageurs des deux �t�s pr�c�dents, il organise des patrouilles de jeunes ��Casques verts�� dans le Massif des Maures pour faire de la surveillance pr�ventive.� Des volontaires sont aussi d�ploy�s sur l��le de Porquerolles, �le appartenant � presque 100% � l�Etat o�, soit dit en passant, se trouve une villa appartenant aux Vescovali.�

Pour couvrir la mise � disposition de 27 motos et 12 v�los, l�op�ration Casques verts b�n�ficiait d�un budget de 3 millions de FF pour les seuls mois de juillet et ao�t.� Mais la g�n�rosit� des ��relations�� de Vescovali est l�gendaire.� Cette op�ration se pr�sentait comme

le fruit d�une collaboration entre le minist�re de l�int�rieur et six soci�t�s (Bull, EDF-GDF, Elf, Rh�ne-Poulenc, Renault-VI et Thomson) qui innovent ainsi de mani�re originale une forme de ��m�c�nat vert��. M. Dominique Vescovali [�] dresse un premier bilan optimiste [�]. [Le Monde, 14/08/87]

Si nous n�avons rien � ajouter sur le premier des m�c�nes ici remerci�s, nous aurons plus loin l�occasion de revenir sur les cas de deux ou trois autres.

En cette ann�e 1987, les Rougier apprenaient eux aussi � ��innover de mani�re originale��.� Sa cr�ativit� stimul�e par les prochaines pr�sidentielles, Fran�ois-R�gis Motte, un des administrateurs du groupe et directeur du d�veloppement chez Castorama, se lance dans le financement occulte du parti gaulliste.� Et se retrouve en d�tention pr�ventive � la maison d�arr�t de Metz-Queuleu en mars 1988.�

Le syst�me de fausses factures pour lequel M. Motte a �t� inculp� �tait g�r� par Andr� Gusa�, entrepreneur en ma�onnerie de Toul.� Ce dernier avait un besoin pressant d�argent pour apporter une ��assistance administrative�� au groupe de M. Motte, suite au refus de la Commission d�partementale d�urbanisme et de commerce (CDUC) de Meurthe-et-Moselle d�approuver un projet d�extension de la surface du Castorama de Vandoeuvre.� Gr�ce � l�intervention de M. Gusa�, la CDUC a choisi de changer d�avis.

Devant le juge Gilbert Thiel, Andr� Gusa� s�est vite av�r� �tre collecteur de fonds du RPR.� Penchant dangereusement � droite, l�humble artisan laisse para�tre un profil tout vescovalien.� Membre du Club 89, haut lieu foccarto-chiraquien, il est responsable d�partemental du Service d�ordre r�publicain (SOR) � service des gorilles du SAC puis du RPR � dont le patron est Claude Dupont, ancien officier au 1er REP et capitaine de l�OAS (dix ans de t�le, amnisti� apr�s cinq).� Lors de ses aveux, Gusa� �voque une transaction avec Castorama courant 1987, o� il �tait beaucoup question du tr�sorier du RPR et ancien ministre de la Coop�ration Robert Galley.�

Arrive la fin de la premi�re cohabitation et Vescovali est nomm� responsable du RPR dans la troisi�me circonscription du Var.� Mission�: redorer l�image de la droite dans le ��Var-West�� sp�cialement du c�t�, lamentable, d�Hy�res.� Le maire (div. d.) L�opold Ritondale y pose probl�me.� Sa cit� des palmiers fait trop souvent la une.� R�glements de comptes par balles ou explosifs�; une mairie, jouant aux RG, qui s�offre un fichier des administr�s�; sale histoire des flics videurs de parcm�tres�; fausses factures�; casino trouble.� Au deuxi�me tour des l�gislatives de 1988, M. le maire accepte de ne pas se pr�senter, mais aux municipales de mars 1989 il n�en est pas question.� Il refuse cat�goriquement d�

entendre les appels � la raison�de la droite,�tout particuli�rement du RPR, fortement repr�sent� [� Hy�res] par M. Dominique Vescovali, conseiller du treizi�me arrondissement de Paris, proche de MM. Chirac et Pasqua. [�] Cette fois-ci, M. Ritondale refuse d�obtemp�rer et s�en va en guerre sans investiture. (Le Monde, 08/02/89)�

Et il gagne.� Le matin du 26 mars 1991, � 70 ans, il est toujours en guerre contre le m�me RPR, encore aussi fortement repr�sent� sur place par le Magicien, quand il est accueilli � la sortie de chez lui � coup de manches de pioches par deux individus portant des masques de carnaval.� Ils ne seront jamais identifi�s.

Autre ennemi de Vescovali dans le Var�: le savoureux Jo Sercia, vice-pr�sident du conseil g�n�ral, qui sera �crou� en 1995 pour recel d�abus de confiance et trafic d�influence aggrav� en qualit� d��lu, et encore en 1996 pour complicit� de voie de fait avec armes.� En mai 1988, essayant les habits de Monsieur Propre, Vescovali le fait virer du RPR.� Cinq ans plus tard, faisant fi des �tats-majors parisiens, Sercia se pr�sente aux l�gislatives contre la sortante � investie, elle � une certaine Yann Piat.� Le Magicien est conseiller de la d�put�e rescap�e du FN, assassin�e le 25 f�vrier 1994. �

Gr�ce � l�affaire Piat, le nom de Vescovali a �t� connu du grand public pour une semaine ou deux.� Jo Sercia a �t� tout de suite � et pour longtemps � soup�onn� d��tre le commanditaire du meurtre, soup�on surtout vif chez la famille et les proches de la victime.� Mais il ne sera jamais formellement mis en cause par l�instruction.� Au proc�s, Vescovali ne se prive pas de le pointer du doigt.� Cit� en tant que simple t�moin, Sercia profite de l�occasion pour r�gler quelques comptes personnels.� Ses propos ont �t� relat�s dans trois versions l�g�rement diff�rentes�:

��Ce monsieur a d�barqu� un beau jour dans le Var [�] avec des gens de l�OAS. Il m�a fait virer du RPR pour prendre ma place. Il a chamboul� tout le d�partement et, aujourd�hui, il continue � me salir��. [Le Monde, 14/5/98]

��Ce cocorico, en 1989, il avait tout l�OAS autour de lui��. [Sud Ouest, 14/05/98]

��[Ce cocorico] est venu semer le trouble dans la circonscription [�] entour� de porte-flingues et de gens de l’OAS��. [La Provence, 14/05/98]

Seul b�mol, en effet, aux excellents pr�ches de Vescovali � la barre (��Dans le Var, on parle de tuer, d��liminer, du m�me ton que l�on commande un pastis�� (Lib�ration, 13/05/98))�c�est que le pr�dicateur en question �tait trop bien plac� pour les prononcer.� R�v�l�s par France-Soir en juin 1994, des liens existaient entre Vescovali et la famille mafieuse Perletto, proche du parrain Francis le Belge.� La famille connaissait aussi le pr�fet du Var, Jean-Charles Marchiani.

Un mois apr�s le meurtre de Yann Piat, Vescovali prend contact avec le commissaire Marc Pasotti, directeur du SRPJ de Marseille�; il lui balance la bande du ��Macama��, rivale des Perletto.� Ces derniers venaient de lui offrir cette information lors d�un t�te-�-t�te� en �change de la lib�ration d�un des leurs, le charmant Franck Perletto (attaque d�un fourgon de la S�curipost, deux morts).� Pour sceller le deal, le Magicien organise un deuxi�me rendez-vous � Paris, o� sont pr�sents � ses c�t�s les membres de la famille Perletto et ��des hauts fonctionnaires du minist�re de l�Int�rieur��.� Tout cela � l�insu du juge d�instruction.

En 1996, ne se sachant pas sur �coute, Pasotti s��panche � propos de ce march� aupr�s d�un magistrat de Toulon, le juge Jean-Luc Tournier.� Celui-ci enqu�tait alors sur les menaces physiques dont faisait l�objet Albert L�vy, substitut du procureur de la R�publique de Toulon, du fait de sa trop grande curiosit� dans le dossier.� Quand, � la barre, le Magicien nie avoir jou� tout r�le d�interm�diaire, L�vy rapporte les propos qu�il venait de lui tenir ainsi qu�� Tournier�:

��Si au nom de l�int�r�t sup�rieur de la France, j�avais fait cela [�] je ne vous le dirais pas. Mais si l�int�r�t de la France �tait en jeu, je l�aurais fait sans r�fl�chir��. (Le Figaro, 19/05/98)�

Quelques ann�es plus tard, on le sait, un autre juge entendra ce m�me serment anti-dreyfusard de la bouche de Jean-Charles Marchiani.

Ce n�est pas une co�ncidence si ce dernier n�appr�ciait gu�re le brave Albert L�vy.� En un temps record, une note interne du 4 mars 1996 r�dig�e par le substitut du procureur � sa hi�rarchie sur le copinage Vescovali � Perletto arrive sur le bureau de celui que Nicolas Beau appelle���le pr�fet Boum-Boum��.� Ce fonctionnaire menace l�emmerdeur d�une mutation prochaine ��dans l�int�r�t du service et pour garantir l�ordre g�n�ral��.

Rien de surprenant non plus � ce que l�antagoniste de Vescovali et de Marchiani se trouve ensuite attaqu� par les amis d�Omar Bongo.� Le spirituel Alain Terrail, avocat g�n�ral � la Cour de Cassation,�fait la une (par sa d�claration ��Tant va L�vy au four qu�� la fin il se br�le��) au m�me moment que Georges Fenech, chef bongophile de l�Association professionnelle des magistrats (APM), dont Terrail est adh�rent.� Egalement pr�sident de la soi-disant Association internationale pour la d�mocratie, Fenech s�occupe de la surveillance des �lections gabonaises truqu�es de d�cembre 1998.

Ce magistrat �tait un familier du treizi�me arrondissement de Paris, l� o� notre tour du monde � la Vescovali a commenc�.� Pour son exercice gabonais, qui a exc�d� m�me Le Monde, Fenech disposait de l�aide non seulement de Robert Bourgi, avocat de Mobutu et marabout des affaires africaines � l�Elys�e, mais surtout de celle du maire d�arrondissement Jacques Toubon, ancien patron affair� du Magicien.� Fra�chement d�missionnaire de son poste de conseiller � l�Elys�e mais toujours pr�sident du Club 89, l�ancien ministre se serait rendu � Libreville le 6 novembre 1998.� Le terrain avait �t� balis� quelques mois plus t�t�:

[�] Au d�but de l��t�, un familier des dossiers africains avait �t� interpell� par les douaniers � son retour de Libreville, � l�a�roport de Roissy. Porteur d�une mallette contenant une tr�s importante somme en argent liquide, il avait expliqu� que ces fonds provenaient de la ��pr�sidence du Gabon��, et qu�ils �taient destin�s au Club 89. Confirm�e par plusieurs sources, cette information a �t� d�mentie par l�int�ress� lorsque celui-ci a �t� interrog� par Le Monde. A la suite d�un accord intervenu au sommet de l�Etat, cette interpellation n�a entra�n� l�ouverture d�aucune enqu�te. [Le Monde, 09/12/98]

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Uncertain way of gain, but I am in so far in blood that sin will pluck on sin.

Richard III, Acte IV, sc�ne 2

C�est au pays de Bongo, justement, que commence l�histoire du CIAT racont�e dans Les Pillards de la for�t.� Plus besoin ici de rappeler en d�tail le triste �pisode de la Soci�t� gabonaise d��tudes nucl�aires (Sogaben), dont Luciani devient le directeur en janvier 1988.� Un bref retour s�impose pourtant sur la chronologie exacte d��v�nements et sur un ou deux �l�ments du dramatis personae.

En d�cembre 1984, Toussaint Luciani fait main basse sur le Comptoir des Rougier.� Conseiller g�n�ral en Corse-du-Sud, il est le cousin de Robert Feliciaggi, l�ami de longue date d�Andr� Tarallo et le futur patron d�Elf-Corse (1987-88).� Depuis le d�but des ann�es 80 il est aussi, avec son fr�re Antoine, objet de l�int�r�t du Groupe des enqu�tes r�serv�es de la pr�fecture de police � Paris.�

Avec un tel profil, il est donc le candidat id�al pour monter un centre de stockage de d�chets nucl�aires au Gabon.� Pour r�aliser le r�ve le plus cher, voire le plus fou, de Bongo, il se met aux ordres de Jacques Foccart et de l�ex-pr�sident d�Elf et ancien patron de la Cogema, Michel Pecqueur.� L�id�e de faire de son royaume une puissance nucl�aire semble �tre venue au kleptocrate gabonais bien avant toute cohabitation.� Une d�l�gation de la Soci�t� fran�aise d��tudes et de r�alisations nucl�aires (Sofratom) se rend � Libreville le 29 juin 1983.� Avec l�amour pour la transparence que l�on sait, ces ing�nieurs pr�sentent � la presse l��bauche d�un projet de centrale nucl�aire gabonaise.� On est trois mois apr�s la cr�ation du CIAT.���

Mais c��tait bien s�r Chirac premier ministre le vrai espoir des promoteurs de cet avenir radieux.� Foccart, Luciani, Pecqueur, Bongo�: ils montrent tous un tr�s grand empressement � conclure avant les �lections pr�sidentielles de 1988.� Chirac rencontre Foccart pour donner son feu vert courant janvier 1988.� Le 28 janvier, Bongo sort une premi�re ordonnance accordant � la Sogaben ��le monopole du stockage du combustible nucl�aire��.� Une deuxi�me ordonnance suit le 8 avril, soit deux mois avant l�annihilation du candidat RPR aux pr�sidentielles.� L��chec de la Sogaben, jamais tr�s �lucid�, ne doit strictement rien � Chirac Super�colo.

Tous les administrateurs de la Sogaben sans exception referont surface plus loin dans la saga du CIAT.� Aux c�t�s de Luciani, en t�te d�affiche, Pascaline Bongo, fille d�El Hadj Omar.� On y trouve aussi le plus proche partenaire de Luciani, No�l Pantalacci, g�rant de la SED, qu�ils ont cr��e ensemble d�but 1985.� Jacques Bonnefoy, le quatri�me administrateur, se fait un nom au moment du montage en tant que directeur de la loterie nationale de Djibouti, pays alors en plein nettoyage ethnique.

L�accent gaulliste de la mauvaise plaisanterie Sogaben a trop souvent �t� n�glig� par le pass�.� Une honte, � la mesure de l�oubli dont souffre son cinqui�me administrateur, Bernard Furth.� Aujourd�hui actif dans le charbon et l�or canadien, en passant par l�uranium de Robert Mugabe, cet amateur de la nature adore aussi la politique.� Il est l�ancien secr�taire g�n�ral du Mouvement initiative et libert� (MIL).� Nous revoil� parmi les costards bruns qu�affectionnait tant Vescovali.

Cr��, comme SDL, � la mort du SAC, le MIL se voulait un ��mouvement de r�flexion��.� Les penseurs Foccart, Messmer et le g�n�ral de Boissieu comptaient parmi ses �minences grises.� Tr�s actif lors des pr�sidentielles et l�gislatives de 1988, le MIL fantasmait sur une Anti-France vecteur de trois id�ologies rouges�:

L��cologisme [�] une entrave � l�esprit d�initiative et au d�veloppement de certaines id�es�;

L�antiracisme [�] un instrument de d�sagr�gation qui aboutit � d�truire la nation�;

Le tiers mondisme m�lange confus et pervers de sentimentalisme et de politique mondialiste [qui] vise � culpabiliser l�Occident et les pays d�velopp�s pr�sent�s comme des exploiteurs cyniques des pays pauvres. En France la mauvaise conscience qui en r�sulte et qui est syst�matiquement cultiv�e emp�che de regarder en face les dangers de l�immigration et prendre des mesures n�cessaires pour le combattre.

Des dangers qui posent ��une menace mortelle pour l�identit� nationale��.�

Il fallut attendre 2004 pour que la France bien-pensante toute enti�re se r�veille � propos du MIL.� Avec stupeur, et avec une indignation qu�on a cru enterr�e peu apr�s le 21 avril 2002, elle a appris que le MIL existait toujours.� Et qu�il posait, lui, deux menaces mortelles�: une pour les deux journalistes fran�ais otages en Iraq, et, ce faisant, une autre pour ce que S�gol�ne Royal appelait la ��dignit��� de la France.� La presse a pu identifier, comme pied-nickel� en chef de l�historique mission Julia, un des derniers animateurs du MIL, G�rard Daury.� Le bon professeur Philippe Evano, �galement du MIL, a aussi �t� cit�, sans que son projet de monter une ��fondation pour l�environnement�� pour Omar Bongo soit per�u comme portant atteinte outre mesure � la m�me dignit�.� Pour ce qui est de Philippe Brett, vendeur d�armes � Bongo et patron d�une association pro-Saddam bas�e dans le b�timent o� se trouve Demain la France, nous n�avons strictement rien � signaler.� Aux grands hommes, la patrie reconnaissante.

Si le nom de Bernard Furth a �t� injustement n�glig� dans les versions consacr�es de l�affaire Sogaben, celui de Luciano Spada n�a, jusqu�ici, jamais apparu de tout.� Absent du tour de table franco-gabonais, il �tait un sp�cialiste notoire des d�chets.� Et il connaissait tr�s bien Toussaint Luciani � pour avoir travaill� ensemble, pendant la p�riode qui nous int�resse, au Congo-Brazzaville.� C�est Toussaint Luciani lui-m�me qui le dit, aux journalistes, en 1988.

Le plan de Spada d�enfouir deux millions de tonnes de d�chets toxiques europ�ens et am�ricains dans le sol congolais (avec 74 millions de dollars � la clef pour Sassou I) a re�u un tapage m�diatique tout � fait respectable au moment des faits.� D�s lors, cette dyslexie qui frappe tout examen du dossier Luciani bloque le rapprochement qui pourtant s�impose�: l�affaire de la Bauwerk A.G. para�t bien marqu�e par son expertise.

Pour �tre non radioactifs, les d�chets devant �tre livr�s par cette soci�t�-�cran bas�e au Liechtenstein n��taient pas pour autant plus app�tissants que ceux de la Sogaben.� Le contrat entre Spada et Jean Passi, repr�sentant de la Congolaise de r�cup�ration de d�chets industriels (CRDI), portait entre autres sur des�:

rebuts d�huiles, [�] d�riv�s de dissolvants non pompables, [�] d�riv�s de solvants (benz�ne, [�]), [�] sous-produits organiques-chimiques, goudron, [�] rebuts contenants des antiparasitaires, [�] poisons pour souris et rats, semence d�sinfectantes avec mercure, [�] vieux acides mordants, [�] ammoniaque liquide, bains alcalins de graissage contenant cyanure, [�] autres rebuts par exemple rebuts contenants l�iso-cyanure (MDI et TDI), [�] reste m�dicinal, r�sidus d�acide, rebuts de laboratoire en petit conditionnement, [�] batteries � mercure, [�] rebuts � composition inconnue [�].

Hasard du calendrier, ce contrat est sign� � Pointe-Noire le 18 janvier 1988, l�ordonnance cr�ant la Sogaben, � Libreville, le 28 janvier 1988.� Hasard du m�me calendrier, le projet congolais capote le 27 mai 1988 gr�ce � une mauvaise presse en Hollande, le projet gabonais le 8 mai gr�ce au d�part de Chirac de Matignon�(pour �tre d�finitivement enterr� en juillet � le projet s�entend � par Le Canard Encha�n�).

Il serait tout � fait instructif de savoir sur quels autres projets l�homme de Rougier aurait eu l�opportunit� de collaborer avec Luciano Spada.� Un r�cent livre italien nous aide � en imaginer quelques-uns, ainsi que le genre de commissions qui auraient pu passer par les locaux du groupe Rougier � l��poque.� Ilaria Alpi�: Un homicide au carrefour des trafics (Baldini & Castoldi, 2002) de Barbara Carazollo, Alberto Chiara, et Luciano Scalettari enqu�te sur la mort de la journaliste �ponyme, assassin�e en Somalie en 1994. �Le trafic pour lequel elle s��tait montr�e trop gourmande d�infos �tait celui de d�chets toxiques en provenance de la mafia italienne et � destination de l�Afrique.� Un repenti du nom de Gianpiero Sebri a accept� de parler aux auteurs�:

Une fois j�ai assist� � une op�ration de chargement d�armes et de d�chets toxiques. Nous �tions dans le port de Hambourg, il y avait avec moi un certain Licata, que Luciano Spada a pu d�crire comme un homme puissant et li� au clan mafieux de la ��famille�� Fidanzati. Il y avait six ou sept conteneurs, qui avaient �t� transport�s par des camions avec des plaques d�immatriculation am�ricaines [!]. Des armes et des substances extr�mement dangereuses ont �t� charg�es sur trois bateaux. Plus tard, Spada me sp�cifia qu�il s�agissait de substances radioactives.

Autre t�moin haut en couleurs, Nicolas Bizzio est un riche trafiquant italo-am�ricain et r�sident mon�gasque, qui dispose d�au moins une villa en Corse du Sud.� Lui aussi conna�t Spada.

Savez-vous combien d�argent on gagne dans des affaires pareilles�? Chaque bateau, selon sa cargaison, peut valoir jusqu�� 50 millions de dollars de b�n�fice net. En r�alit�, j�ai particip� � une seule op�ration, et en pleine l�galit��: c��tait en 1984. Spada s��tait rendu en Am�rique et avait obtenu le permis de d�charger en Guin�e les d�chets du d�capage des navires de la marine militaire US. Mais l�affaire ne se fit pas � cause des protestations des ��Verts�� europ�ens. Il s�agissait de 50 bateaux de 20�000 tonnes. Il y avait 650 millions de dollars de b�n�fices, si l�op�ration avait pu se conclure.

Mais il serait faux de penser que dans les ann�es Sogaben Toussaint Luciani s�entourait uniquement des membres de la p�gre.� Il fr�quentait aussi barbouzes d�Elf et escrocs chiraquiens.�

Dans la premi�re cat�gorie, Pierre Graziani tenait une, si ce n��tait la, place d�honneur.� Pote de Bongo, il aurait �t� un grand connaisseur de la Provision pour investissements diversifi�s (PID) d�Elf Gabon, le fameux portefeuille d�veloppement du groupe, � la comptabilit� avant-gardiste.� Pour Graziani, cas� � la fondation Elf, le sale trafic de d�chets toxiques n�aurait pas eu beaucoup d�int�r�t.� Son truc � lui, c��tait le trafic d�art africain.� Que du propre.

En automne 1996, la Tour Elf le d�p�che � Libreville pour prendre la temp�rature au Congo voisin.� Avec la r�ussite des Cobras en 1997 l�int�r�t du ��charg� de mission pour l�Afrique�� envers le Congo va en grandissant.� D�s que les armes se sont tues, il int�gre la petite �quipe de Philippe Jaffr�, en visite � Brazzaville en ruines, pour f�liciter l�heureux Sassou.� Deux semaines plus tard, c�est encore lui � collectionneur, et m�me peintre � qui accompagne l�avion que d�p�che Jaffr� en catimini � Pointe-Noire pour exfiltrer deux m�chants lissoubistes, fran�ais en l�occurrence, enlev�s par le nouveau r�gime.

Fin 2003, Graziani s�expose � Paris.� Ses peintures, bien entendu�: des pastels un peu flous, accroch�s dans la Chapelle de la Sorbonne, pour une expo joliment appel�e ��Sahara, des dunes c�lestes aux for�ts nuages��.� Prions.

Le nom de Fran�ois Musso se trouverait vers le haut de la deuxi�me liste d�amis de Luciani � la fin des ann�es 80, celle qui dans notre r�cit commence � s�allonger�: celle des voyous chiraquiens.� Sa nomination en 1994 comme charg� de mission aupr�s du maire de Paris a pu avoir des relents, pour les narines sensibles, de renvoi d�ascenseur.� D�put� europ�en RPR et vice-pr�sident du parlement europ�en pendant l��re Sogaben, Musso commence � d�tourner des aides publiques agricoles en Corse peu de temps apr�s.� Son cas a particuli�rement impressionn� les auteurs d�un rapport de l�Inspection g�n�rale des finances r�dig� en 1998.� Ceux-ci n�ont permis la fuite que d�une version tronqu�e de leur texte, qui est aujourd�hui log� dans un des coffres forts le moins visit� de Bercy�:

[L]e dossier [Musso] apporte des illustrations � toutes les anomalies d�cel�es par la mission�: Il est b�n�ficiaire de pr�ts agricoles alors qu�il n�assume plus les fonctions d�exploitant agricole, plusieurs de ses pr�ts ne sont pas justifi�s, certains pr�ts sont d�tourn�s de leur objet, ses d�clarations sont incoh�rentes, il a b�n�fici� de consolidations irr�guli�res, l�apurement de sa dette est factice, etc.

Dans le cas pr�cis de ce proche de Chirac, la question qui se pose n�est pas tant ce qu�il a fait d�ill�gal, mais plut�t ce qu�il n�a pas fait d�ill�gal.� On classe dans cette premi�re rubrique ce qu�il a fait pour Toussaint Luciani et son fr�re Antoine :

Musso a b�n�fici� d�un pr�t de 1,4 MF suppos� servir � l�acquisition d�un appartement selon un compromis de vente. Cette acquisition n�a jamais �t� r�alis�e. Ce pr�t a en r�alit� servi � faire assurer une op�ration de portage au profit de MM. Antoine et Toussaint Luciani.

Le justiciable a au moins fait preuve d�un excellent sens de l�humour.� Selon Lib�ration,

Fran�ois Musso a l�g�rement agac� les inspecteurs. Notamment lorsque, pour justifier un pr�t de 2,3 millions de francs en juillet 1992, il leur a trouv� des factures de travaux de dix ans plus vieilles que le pr�t� [21/07/98]

Une partie du pr�t en question a �t� d�tourn� vers la SCI Pantalacci, une des nombreuses soci�t�s-�crans de No�l Pantalacci, l�entrepreneur et conseiller territorial de la Corse que nous avons d�j� observ� au conseil d�administration de la Sogaben, ainsi qu�� la t�te de la SED.� Il est somme toute curieux qu�en juillet 1992, la SED ait �prouv� le besoin de s�accaparer tant d�argent d�une fa�on aussi discutable.� Apr�s tout, ce m�me �t�, la Caisse fran�aise de d�veloppement s�appr�tait � faire don de 230 millions de FCFA � l�un des filons d�or de la SED, et jouets pr�f�r�s d�Elf, Agricongo.�

Mais, une fois encore, on anticipe.

*

Il y a deux ans nous �crivions�: ��Mais si Toussaint Luciani est bien destin� � la c�l�brit�, c�est probablement l�affaire d�Annemasse qui l�y propulsera��.� En l�absence depuis deux ans de toute mise en cause de Toussaint Luciani dans l�affaire d�Annemasse nous pouvons affirmer�: si Toussaint Luciani est bien destin� � la c�l�brit�, c�est probablement l�affaire d�Annemasse qui l�y propulsera.�

Sur Annemasse, il y a du nouveau.� Ou plut�t, il y en avait voil� dix-sept ans.

Gr�ce aux recherches de Philippe Courroye et de son coll�gue mon�gasque Jean-Christophe Hullin, personne n�ignore aujourd�hui que la campagne du RPF aux �lections europ�ennes de 1999 a b�n�fici� d�un concours de 1,15 million d�euros de la jeune directrice du PMU gabonais, Marthe Mondoloni.� La somme serait provenue des 15 millions d�euros qu�a encaiss�s Robert Feliciaggi en 1995, lors de la revente de son casino savoyard, �tablissement qui a ouvert ses portes gr�ce aux autorisations sign�es tonton Charles en 1994.� Le geste du ministre avait fait fi de trois avis n�gatifs �mis depuis 1991 par la Commission sup�rieure des jeux.�

Quand l�affaire d�Annemasse �clate, les m�dias soulignent la rapidit� avec laquelle Pasqua est venu d�panner son ami.� Ils l�associent � celle avec laquelle le casinotier corse a ensuite mis son entreprise en vente.

La SCI de l�Arve � l�origine d�Annemasse a vu le jour bien avant la deuxi�me cohabitation.� Plus pr�cis�ment, elle est n�e en pleine premi�re cohabitation, le 12 d�cembre 1987.� Deux de ses cofondateurs � Jacques Bonnefoy et Bernard Furth � se r�uniraient un mois plus tard au tour de la table de la Sogaben.� Le troisi�me, Raymond Centelles, est simple p�cheur� au Congo-Brazzaville.���

Mais c�est Toussaint Luciani, non-associ� de la SCI de l�Arve, qui se charge des d�marches aupr�s du maire socialiste d�Annemasse, Robert Borrel.[2]� Sa m�moire mise � l��preuve par Le Figaro en 2001, celui-ci confirme�:

��A l��poque [�] on ne parlait pas de Robert Feliciaggi. Le projet fut d�abord mis en �uvre par Toussaint Luciani [�]. Fin 1993 [�] Toussaint Luciani est venu avec Robert Feliciaggi, qu�il m�a pr�sent� comme un industriel fran�ais exploitant des bois tropicaux au Gabon, en pr�cisant qu�il allait reprendre l�affaire �. [06/03/01]

A cette �poque lointaine, il semble que la profession d�exploitant de bois tropicaux au Gabon f�t quelque chose de recommandable.

Mais d�o� venait cette id�e g�niale de Toussaint Luciani, qui se pr�sente lui-m�me � une conf�rence de presse � Annemasse le 21 octobre 1988, comme ��coop�rant technique au Gabon��, d�o� venait ce coup de g�nie de faire passer Feliciaggi pour un forestier�?� Suivons l�ordre chronologique.

Le 25 janvier 1990�une note des RG sur le blanchiment d�argent au casino de Bandol parle d�un ch�que de 5,97 millions de FF pass� par la Banque internationale du Congo.� Les noms de Luciani et Feliciaggi sont �voqu�s.� Les fr�res Michel et Jean-Baptiste Tomi, d�tenteurs de Bandol, seront condamn�s � un an de prison pour blanchiment en 1996.

En juillet 1992 la DGSE, sous influence chiraquienne, fait circuler une note avertissant qui de droit des agissements en Afrique centrale de l�ex-ami Pasqua�: sont cit�s Daniel Leandri, Alfred Sirven, Jules Filippeddu, Jean-Pierre Tosi, Robert Feliciaggi et, last but not least, les fr�res Toussaint et Antoine Luciani.� Les infos sont reprises par la Direction des libert�s publiques et des affaires juridiques (DLPAJ) dans une salve sans fioritures du 6 mars 1994, d�non�ant au ministre de l�Int�rieur la candidature annemassienne de Feliciaggi et Cie..� Deux semaines plus tard, le 21 mars 1994, ce ministre octroie � la Soci�t� du Grand casino d�Annemasse (SGCA), que pilote la SCI de l�Arve, ��l�autorisation d�exploiter les jeux de hasard consistant dans la roulette fran�aise, la roulette anglaise et le black jack��.

Le 5 avril 1994 Feliciaggi, son fils Jean-J�r�me et le lieutenant de Luciani, Daniel Romo (actionnaire du CIAT 1984-99) rach�tent les derni�res parts leur manquant de la SCI de l�Arve.� Certes, le geste n�est que symbolique�; en avril 1992 le cache-sexe du clan a d�j� connu un premier nettoyage, d�logeant un Rocca-Serra et des Perez, Monsieur et Madame (voir ci-dessous)�; Jacques Bonnefoy, lui, avait �t� invit� � d�camper en octobre 1991.

Mais pour nous ce petit r�am�nagement � tout comme la remise des 337�500 FF en esp�ces par laquelle il a �t� finalis� le 29 avril 1994 � rev�t une importance capitale.� La mainmise des Feliciaggi sur Annemasse s�est effectu�e dans les locaux de Rougier. (document n�2)

Et pourquoi pas�?� Jusqu�en 1991, la SCI de l�Arve y a �t� domicili�e.

A deux pas du QG des Feliciaggi rue de la Tr�moille, les bureaux Rougier sont sans doute beaucoup plus conviviaux pour les conversations qu�ils ne veulent pas imaginer sur �coute.

Quittons l�ordre chronologique, pour noter deux dates marquantes dans l�histoire de l�utilisation des bureaux Rougier � des fins mafieuses.� C�est chez les Niortais que, le 2 octobre 1991, entrent dans le capital de la SCI de l�Arve le truand Francis Perez et sa femme Fran�oise.� Selon le ��blanc�� dit ��rapport Matignon���:

[�] Les FELICIAGGI-LUCIANI-FILIPPEDDU utilisent depuis au moins 1988 le nomm� PEREZ Francis, n� le 27/11/1962 � Oran et demeurant actuellement r�sidence Clair Azur, chemin de Saint Clair � S�te. Cet individu a v�cu au Portugal puis au Br�sil o� il a mont� une soci�t� de machines � sous avant de revenir en France en 1988 lorsque celles-ci ont de nouveau �t� autoris�es. C�est � cette �poque que les Corses en ont fait le PDG de la soci�t� du casino du Grand Sud [�]. Sur commission rogatoire du juge d�instruction VOGLIMACCI de Montpellier, PEREZ sera interpell� par le SRPJ le 26 mai 1993 pour escroqueries, abus de biens sociaux et autres dans le cadre de ces affaires. [�]

Nous pardonnons aux flics d�avoir oubli� la carte de s�jour camerounaise d�livr�e au tout jeune Perez � Yaound� le 26 juin 1982.� Un peu moins leur oubli de sa cr�ation de la Soci�t� des grands casinos du Cameroun le 19 avril 1991 � soit quelques mois seulement avant son passage chez les Rougier.�

Les services rep�rent Perez au milieu des ann�es 90 � Djibouti, puis en 1997 au Togo au sein de l�entreprise Lydia Ludic, la m�me ann�e en Centrafrique � la table du Royal Flush Casino, et finalement en 2001 chez Laurent Gbagbo.� Mais c�est tout particuli�rement ses activit�s au Br�sil qui les int�ressent.

Son association dans ce pays avec FILIPPEDDU Julien serait connue de tous. [�] Dans une note du 20/12/1999, l�officier de liaison stups au Br�sil fait le point sur la bande LAURICELLA [�], FILIPPEDDU [�] et autres, � partir des investigations men�es en Italie par le service anti-mafia, aux USA et au Nicaragua par le FBI et l�OCRTIS, et au Br�sil par lui-m�me et la police f�d�rale [�]. On y parle machines � sous, blanchiment d�argent, trafics d�armes et de coca�ne entre l�Italie, la France, l�Espagne, le Portugal, le Br�sil et des pays d�Am�rique Centrale, les USA, la Belgique, les Pays-Bas, la Grande Bretagne, la Suisse, l�Autriche et Andorre.

Manifestement, la plaque comm�morative que nous pr�parons pour le 75 av. des Champs-Elys�es ne risque pas de ravir tous ses locataires.� Compl�tons-la.�

Ici, le 15 d�cembre 1991,�a eu lieu la signature du contrat de location � la SGCA du modeste b�timent qu�ont �difi� les Feliciaggi � Annemasse (659 m2), comme gage du s�rieux de leurs intentions.� Notons qu�� l�heure de la signature du bail, la SGCA est contr�l�e int�gralement par les hommes-liges de Feliciaggi, ainsi que par les Feliciaggi eux-m�mes, et ce depuis trois jours.� Le pr�sident du conseil d�administration, Robert Azoulay, en d�tient 30% � travers sa soci�t� Conseil, strat�gie et d�veloppement.�

L�amiti� entre Azoulay, son fr�re Jacques, et les Feliciaggi a tr�s peu nuit � la rentabilit� des affaires des premiers.� Jouissant d�un chiffre d�affaires de 220 millions d�euros, leur soci�t� Katop� International de Rungis, avec ses filiales en C�te d�Ivoire, au S�n�gal et en Afrique du Sud, domine l�importation des fruits exotiques en France.� A travers le groupe Pargest, ils sont aussi actifs dans l�h�tellerie ��tr�s �conomique, z�ro et une �toile��.

Il se peut que la fin de l�histoire d�Annemasse ait eu lieu elle aussi chez les Rougier.� La cession, le 31 mars 1995, � Jean-Claude Aaron de 51% de la SGCA s�est produite ��� Paris�� (document n�3) bien que le si�ge de la SCI de l�Arve se trouvait � cette date en Haute-Savoie.� Sign�, en effet, juste avant l��lection de Jacques Chirac � la pr�sidence de la R�publique, le contrat comportait une ��condition r�solutoire�� :

La pr�sente cession [�] est conclue sous la condition [�] que [�] le Minist�re de l�int�rieur n�ait pas r�voqu� dans un d�lai de TROIS (3) mois [�] l�autorisation d�exploiter les jeux de hasard [�] d�livr�e � la [SGCA] [�] par arr�t� de Monsieur le Ministre de l�int�rieur du 21 Mars 1994.

*

Acte I�: Libreville, printemps 1988.� La pantalonnade Sogaben.� Acte II�: Annemasse, automne 1988.� Le retournement de la SCI de l�Arve.� Acte III�: Courbevoie, �t� 1989.� L�entr�e en sc�ne, � la t�te d�Elf, de Lo�k Le Floch-Prigent.�

C�est sous le r�gne de Le Floch, rappelons-le, qu�avec l�aide de Sirven et Leandri, Pasqua arrive � asseoir, tel un parasite, un petit r�seau p�trolier personnel au sein de ceux, plut�t chiraquiens, sous la tutelle de Tarallo. Toussaint Luciani a un pied plant� solidement dans chaque camp.

Le 29 novembre 1990, date historique.� Rougier Gabon rach�te une soci�t� dont il est d�j� depuis quelques temps actionnaire.� Elle s�appelle la Soci�t� gabonaise de� forage (GAFOR). (document n�4)

Cette transaction, qui rapporte une prime de fusion de 304�316�630 FCFA, t�moigne d�une certaine proximit� de la famille foresti�re et du milieu p�trolier.� D�autant plus que la GAFOR �tait une filiale d�Elf Gabon.

Nous nous trouvons dans l�impossibilit� d��claircir la logique de cette OPA du point de vue forestier.� Pour toute information sur sa rationalit� du point de vue p�trolier, voir, �ventuellement, Serge Gstalder, ancien administrateur de la GAFOR aujourd�hui en fin de carri�re.� Apr�s 30 ans � Elf recherche et d�veloppement (forage et d�veloppement marins), il est actuellement animateur du cabinet conseil M�dia p�trole.� En 1997, avec George Ch�teau (30 ans chez Elf) et Jacques Marie (27 ans chez Shell), il lance ��Planet Petroleum��.� Impossible de confondre avec celui d�Hollywood, ce � concept innovant de formation multidisciplinaire�� est propos� aux petits comme aux grands ��pour int�grer et mettre en pratique techniques et strat�gies de l�Exploration-Production p�troli�res��.�

Autre actionnaire de la GAFOR, avec l�Etat gabonais�: le g�ant du sondage minier FORACO.� Bas� � Marseille, il est r�put� pour ses aventures r�centes au Tchad, au Nord Soudan, en Libye, au Togo, en Mauritanie, ou encore sur la fronti�re lib�rienne de la C�te d�Ivoire.� Sa ��cellule Afrique�� ne bosse que pour des exploitants d�une sensibilit� accrue en mati�re de d�veloppement durable�: De Beers, Randgold, Occidental Gold, Ashanti Goldfields.

Elle est moins connue pour avoir creus� 200 sondages dans la for�t gabonaise autour de Mabouni� en 1992 et 1993, en qu�te de niobium.� Ces travaux n�auraient pas �t� sans int�r�t pour Elf.� D�couvert en 1986, quand Rougier est encore simple actionnaire de la GAFOR, le filon donne naissance en 1992 � la Soci�t� mini�re du Moyen-Ogoou� (SOMIMO) dont Elf-Gabon d�tient 23%.� On notera que le niobium est utilis� principalement dans la production des alliages pour aciers � tr�s haute r�sistance, ceux qu�on trouve dans les avions, les fus�es, les pipelines, et surtout le nucl�aire.

D�ficients que nous sommes en connaissances sylvicoles assez profondes pour expliquer le rachat de la GAFOR, nous nous limiterons � un bref rappel du contexte historique dans lequel il est intervenu.� Entre le 15 et le 20 janvier 1990 une gr�ve des �tudiants de l�Universit� Omar Bongo d�g�n�re en pillage urbain.� Le si�ge de Rougier � Libreville est parmi les premi�res cibles � �tre saccag�es.� Le 23 mars, en France, Rougier cr�� la Soci�t� de participations africaines (SPAF), d�posant son capital social � la discr�te Banque industrielle et commerciale du Marais (aujourd�hui Banque Vernes Artesia).�

Pour le palais du bord de mer, le printemps 1990 est fort d�sagr�able.� Le 23 mai, des �meutes �clatent un peu partout, apr�s la mort suspecte de l�opposant Joseph Rendjamb� � Port-Gentil.� Dix expatri�s sont pris en otage � dont sept Fran�ais travaillant pour Elf-Gabon, ainsi que le consul de France du coin.� Des �l�ments du 2�me REP et du 2�me REI sont d�p�ch�s de Calvi et de N�mes.� Les otages sont rel�ch�s.� Un couvre-feu est instaur�.� 1 800 �trangers sont �vacu�s.� Le 9 juillet, Pasqua rend visite � Bongo.� Le 10 juillet, Le Floch-Prigent rend visite � Bongo.� Le 21 et 28 octobre se tiennent des �lections pr�sidentielles, � la gabonaise.� Le 27 novembre est form� un gouvernement d�unit� nationale, du m�me style.� Le 29 novembre Rougier Gabon rach�te la GAFOR.

Sur les Champs-Elys�es, on f�te un joyeux No�l.� Le 27 d�cembre les Rougier d�posent les statuts d�une minuscule soci�t� en nom collectif.� La bien-nomm�e ��Euro-Gabon Services�� (EGS) s�installe � Aubervilliers.� Sa g�rante, Nathalie Auguin, est jeune, c’est-�-dire 25 ans, et quelqu�un de s�r � c’est-�-dire la fille de Jacques Rougier.� Dot�e d�un capital de 25�000 FF, EGS se consacre � ��La r�alisation d�affaires commerciales de toutes natures permettant de r�pondre aux besoins des soci�t�s �trang�res, en mati�res, mat�riel, ing�nierie, personnel et services��.� Voil� qui a au moins le m�rite de ne pas �tre clair.� A l�heure de son tr�pas, sept ans plus tard, EGS dispose d�un actif net de 106�253 FF.

*

Et ayant entendu dire, ou plus probablement lu quelque part, du temps o� je croyais avoir int�r�t � m�instruire, ou � me divertir, ou � m�abrutir, ou � tuer le temps, qu�en croyant aller tout droit devant soi, dans la for�t, on ne fait en r�alit� que tourner en rond, je faisais de mon mieux pour tourner en rond, esp�rant aller ainsi droit devant moi.

Samuel Beckett, Molloy

Retour au point de d�part de notre promenade�: devant la belle fa�ade de la Soci�t� d��tudes pour le d�veloppement (SED).� C�est derri�re la porte de la SED, on se le rappelle, qu�en 2001 sont d�couverts, p�le-m�le, tampons consulaires gabonais, condamn�s corses, et une forte odeur de Grasse.�

Pendant plus de sept ans cette porte, nous l�avons dit, �tait la porte des Rougier.� Oeuvre � part enti�re de l�amiti� niortaise, la SED voit le jour le 28 janvier 1985, quelques semaines seulement apr�s l�OPA de Luciani sur le CIAT.� Le 14 mai 1992, son si�ge est officiellement transf�r� du 75 av. des Champs-Elys�es au 34 rue des Bourdonnais, dans le premier arrondissement.� Mais elle dispose d�j� de locaux plus luxueux au 26 rue de la Tr�moille, qui deviendra sa derni�re adresse ��l�gale�� le 20 juillet 2000.� Et elle n�oublie nullement son pied � terre du c�t� du Fouquet�s.

C�est une excellente chose de savoir ce que c��tait la SED � la plaque tournante parisienne des valises corses � destination des ��d�cideurs africains��.� Mais savoir ce qu�elle faisait semblant d��tre n�est pas pour autant sans int�r�t.� La couverture a fait de gros efforts.� A commencer par le nom qu�elle se donne.

La ��Soci�t� d��tudes pour le d�veloppement���: �a ne vous dit pas quelque chose�?� No�l Pantalacci n�a pas d� chercher loin.� Durant toutes les ann�es 80 il travaille au Congo pour le plus grand cabinet-conseil fran�ais de la Fran�afrique, la SEDES/CEGOS.� La CEGOS on conna�t.� La SEDES moins.� C��tait la ��Soci�t� d��tudes pour le d�veloppement �conomique et social��.

Joyeuse mais tr�s endett�e bande de consultants des pr�sidences africaines, la SEDES/CEGOS devient la Soci�t� fran�aise de conseil (SFC) en 1990.� Elle fera faillite quatre ans plus tard, en d�pit des meilleurs efforts de ses administrateurs � dont la CCCE (l�ancienne CFD), le minist�re de la Coop�ration, et la Caisse des d�p�ts d�veloppement/C3D (actionnaire majoritaire de la SEDES depuis sa cr�ation en 1958).� Ses cr�ances les plus encombrantes sont de facture gabonaise�: au pays des Bongo, plus d�une dizaine de consultants bossaient dur sur une large gamme d��l�phants blancs.� En tout, les dettes de la SFC d�passaient de 40 millions de FF son capital.

Le vice-pr�sident de la SFC �tait Yves Cannac, pr�sident de la CEGOS (1985-99) et ancien secr�taire g�n�ral adjoint de l�Elys�e sous Giscard (1974-78).� Sur le tard, il a su se montrer aimable envers la Chiraquie.� Nomm� membre du Conseil �conomique et social par Chirac en septembre 1999 � au titre de ��personnalit� qualifi�e�� � l�ancien patron de No�l Pantalacci est aujourd�hui membre du comit� �thique de la Fondation pour l�innovation politique de J�r�me Monod.

Le pr�sident du directoire de la SFC �tait Fran�ois Colas, jusqu�alors directeur de Proparco.� Proparco qui devient administrateur de Rougier Gabon en juin 1993, au moment o� il finance, pour 5 millions de FF, une prouesse sobrement intitul�e ��Projet exploitation foresti�re Rougier Gabon��.� A l�assembl�e g�n�rale de Rougier du 24 septembre 1993, le montant des jetons de pr�sence allou�s au conseil d�administration �largi pour les deux exercices suivants est fix� � 42 millions de FCFA.

Avec soin, les mafieux de la SED avaient calqu� l�objet social de leur entreprise sur celui de la SEDES.� La SED s�est vou�e ��:

-R�alisation d��tudes �conomiques, sociales et administratives et techniques,

-Conseils et prestations de services pour la direction, l�organisation, la gestion, le d�veloppement des administrations et des entreprises,

-Coop�ration technique internationale pour la r�alisation de projets de d�veloppement,

-La r�alisation de toutes op�rations de n�goce.

Ce go�t un rien arriviste pour le trompe-l�oeil s�est montr� payant.� Le Centre international pour la recherche agronomique et le d�veloppement (CIRAD) a appr�ci�.� Si la SFC, elle, b�n�ficiait du concours du CIRAD au grand jour, la SED en faisait autant, de mani�re moins publique.� Passant en revue les nombreuses personnes morales qui pullulent autour de la SED � ��d�pendant de la bande et plus ou moins actives en fonction des besoins�� � l�utile rapport Matignon s�interrompt pour annoncer, l�air de rien�:

S.E.D. serait en affaires avec le CIRAD. [�] La S.E.D. doit l�utiliser pour des audits et autres. [document n�5]

Autres�quoi?� Dans Pillards, nous avons signal� le copinage, aux frais du contribuable fran�ais, entre le CIRAD et le plus d�velopp� des paravents d�Elf en mati�re de d�veloppement durable�: Agricongo.� Mont�e en 1986 par Tarallo et les Feliciaggi, avec un peu d�aide de feu Claude Erignac, cette bo�te a touch� 230 millions FCFA de la CFD en octobre 1992 pour mener � bien un projet de culture du tabac pour la SIAT, filiale de Bollor�.� Le fait qu�Agricongo comptait parmi ses cadres un certain No�l Pantalacci explique sans doute pourquoi le mot ��Agricongo�� est toujours visible en 2004, pour le visiteur curieux, au 34 rue des Bourdonnais, sur la bo�te aux lettres de la d�funte SED.[3]

Reste � savoir pourquoi le si�ge de la SED a �t� transf�r� � cette adresse en mai 1992.� Comme on l�a vu, deux mois plus tard la SCI Pantalacci b�n�ficie du d�tournement de 618�000 FF d�aide publique agricole.� Et en octobre 1992 Agricongo re�oit la manne de la CFD.�

Il se peut que les h�tes forestiers de la SED aient commenc� a voler de leurs propres ailes.� En janvier 1992 en effet, Francis Rougier cr�e la Compagnie pour la coop�ration et le d�veloppement (CCD).� Curieux nom pour une soci�t� consacr�e � ��l�activit� de marchands de biens, agent immobilier, notamment toutes op�rations d�achat de vente de tous biens et droits immobiliers, toutes op�rations de gestion et d�administration��.� Son conseil d�administration comprenait l�ancien collabo Henri Berliet et un couple fran�ais ayant une domiciliation fiscale � Londres.� La CCD fait faillite en 2000.

*

Premi�re cible des incantations du pr�tre exorciste, un gros arbre situ� juste � c�t� de la maison du chef de ��kong��. [�] A l�int�rieur de cet arbre, des boutiques, des restaurants, des bars, des bo�tes de nuit. L�arbre contenait tout cela depuis 50 ans.

��Un groupe de sorciers appr�hend�s et �crou�s � la prison de Mbalmayo��, Cameroon Tribune, 23/01/03

L�effort de la SED pour �tre pris au s�rieux, par exemple par son comptable, ne se voit nulle part mieux que dans ses bilans et comptes de r�sultat.� Ceux-ci nous donnent une id�e du minimum absolu d�argent dont ses patrons croyaient prudent de pouvoir justifier l�existence.

Entre 1991 et 1998, le chiffre d�affaires d�clar� de la SED se situait entre 2,39 millions de FF (1997) et 12,52 millions de FF (1991).� Le d�m�nagement de chez Rougier en 1992 (juste apr�s la cr�ation du PMU camerounais par l�ancien agent du SDECE Jean-Pierre Tosi et Michel Tomi) semble avoir �t� catastrophique pour sa sant� financi�re officielle.� Apr�s avoir enregistr��des b�n�fices flirtant avec un million de FF en 1991 et 1992, elle perd 2,23 millions de FF en 1993. (document n�6)

Regardons 1993 de plus pr�s.� Le d�tail du bilan actif fait �tat d�un ��Aai divers Congo�� de 171�188 FF�; d�un ��mat[�riel] de bureau Congo���de 68�149 FF�; ainsi que d�un ��mobilier villa�� congolais de�186�981 FF.

Du c�t� des charges d�exploitation�sont comptabilis�es :

Locat[ion] bureaux Bourdonnais�: 480�000 FF [960�000 FF en 1994]

Location bureaux Congo�: 120�000 FF�

Location bureaux Tr�moille�: 471�200 FF

Tr�s scrupuleusement, y sont inscrits, au centime pr�s�:

Cadeaux cl[ien]ts Fr[ance]�: 5�010, 25 FF

Pourboires et dons�: 40�550 FF�

Apparaissent ainsi les frais de voyages, y compris celui ou ceux de Pierre Pasqua, fictif(s) ou r�el(s):

Voyage d�placement Congo�: 210�248,65 FF

Missions prospection�: 82�964, 35 FF�[121�068 FF en 1994�; 150�355 FF�en 1998]

La facture t�l�phonique annuelle des experts de la SED �tait lourde�: 372�808 FF en 1993, tous bureaux confondus.� Ces bons vivants donnaient une ��Recept[ion] France Bourdonnais�� au moins une fois par an, l�ardoise de celle de 1993 atteignant 19�658 FF. (document n�7)

Des produits d�exploitation cette ann�e-l�, on avait en effet de quoi se f�liciter.� Sous l��criture ��Prest[ation] Olympic [palace]���les ��prestations�� pour le g�te personnel de la famille Sassou, g�r� par un ancien colonel libanais, ont �t� comptabilis�es pour 360�000 FF.� Apparaissent aussi�:

Prestation African Fishin[g]�: 1�300�000 FF [960�000 FF en 1994]

Prestat[ion] alc�: 360�000 FF [460�000 FF en 1994]

Gest[ion]/coord[ination] institut�: 1�080�000 FF [0 en 1994]

Prestations sepaz�: 100�000 FF [en 1994]

Commissions France�: 4�062,35 FF [3�022,25 FF�en 1994]

Pour ce qui est du vrai fonds de commerce de la SED � ses services ��vendus�� � la loterie congolaise (Cogelo), � la Gabonaise de jeux et au PMU camerounais � le comptable communique, de fa�on fragmentaire, les chiffres suivants (document n�8)�:

Pour la Cogelo�: 660�000 FF en 1994�; 2�516�000 FF en 1995�; 1�920�000 FF en 1996.

Pour la Gabonaise de jeux�: 1�400�000 FF en 1994�; 500�000 FF en 1995

Pour le PMUC: 250�000�FF en 1994

Des chiffres bien ronds.� S�ils correspondent bien ou mal � ceux qu�utilisaient jadis des comptables sur le terrain, il est trop tard pour le savoir.� Sans doute ces personnels ont-ils chang�s depuis que le si�ge de la PMUG, par exemple, et celui de feue la FIBA-Gabon se trouvaient � la m�me adresse.

En France, l�actif ��circulant�� de la SED �tait log� sur trois comptes diff�rents de la FIBA. (document n�9)� On voudrait bien croire qu�en 1993 il n�y en avait pas beaucoup�:

F.i.b.a.�: 1�418�381,82 FF

Fiba SED Agrico[ngo]�: 241�573,52 FF

Fiba Tr�moille�: 43�755,55 FF

Mais, selon les comptes de la SED, il n�y avait pas beaucoup de salaires non plus.� No�l Pantalacci n�en aurait touch� aucun�; son fils Antoine, qui lui succ�de en 1996, se serait toujours content� de 1�000 FF par mois.�

En fin de compte, le seul chiffre de la SED qui impressionne vraiment par son importance est�: 475�866,00 FF�� celui, en 1996, des ��p�nalit�s amendes fiscales��. (document n�10)

D�but 1997, Eva Joly re�oit les premiers t�moignages anonymes selon lesquels des sommes vers�es par Elf transitent par la SED.� Le 28 f�vrier 1997 elle envoie D�d� la Sardine au trou, en attendant que ses souvenirs d�une commission v�n�zu�lienne pay�e en 1992 (20 millions de dollars) d�cantent un peu.� Lib�r�, il se rappelle que l�interm�diaire d�Elf pour le Venezuela �tait l�ancien berger corse Mathieu Valentini, le responsable des assurances du groupe devenu sous Le Floch gestionnaire-cl� des caisses noires.� La part du bakchich sud-am�ricain cens�e revenir � Valentini, mort d�une crise cardiaque en 1991, aurait �t� vers�e � Samuel Dossou, le Monsieur p�trole de Bongo.

En 1996, les comptes de la SED font �tat d�une ��mission Venezuela�� co�tant 14�571 FF. (document n�11)

Un grand amateur du Gabon, ce Valentini.� En 2000, son fils et successeur St�phane (trois ans avec sursis, 500�000 euros d�amende) expliquait aux juges que les activit�s du d�funt permettaient � son employeur de ��disposer de tr�s importants moyens financiers hors bilan��, moyens revers�s aux dictateurs comme Bongo sous des intitul�s ��qui ne correspondaient pas � la r�alit� des op�rations��.� Invit� � �tre plus clair tout en �vitant les noms propres, il parlait des projets dont l�ensemble ressemblait � s�y m�prendre au p�rim�tre de la Provision pour investissements diversifi�s d�Elf-Gabon.� Un p�rim�tre auquel la Gabonaise de forage appartenait depuis au moins 1979.� Les Rougier la rach�tent deux mois avant la mort de Valentini.

Bien entendu, ce Mathieu Valentini connaissait la Corsafrique toute enti�re.� En 1999, � la barre, Fatima Bela�d, l�ancienne �pouse de Le Floch, s�est rappel� d�

un dialogue qu�elle aurait surpris entre l�ancien pr�sident d�Elf et son bras droit, Alfred Sirven, qu�elle situe au cours de l��t� 1990. La sc�ne se serait d�roul�e au domicile parisien de Mathieu Valentini, personnage pittoresque aux mani�res peu orthodoxes [�]. Au cours de l��change dont elle dit avoir �t� le t�moin, M. Sirven aurait inform� M. Le Floch-Prigent d�un ��contrat�� commandit� par un autre dirigeant d�Elf contre un homme dont elle n�a pu pr�ciser l�identit� � ��un nom corse, avec des i��, a-t-elle seulement indiqu�. M. Sirven s�inqui�tait, a-t-elle assur�, de ce que M. Valentini lui-m�me avait �t� choisi pour ex�cuter ce ��contrat��. Le PDG d�Elf aurait tranch�

pour ainsi dire

en disant qu�il allait intervenir aupr�s du commanditaire� [Le Monde, 14/12/99]

*

A cette date [�] les Villeroy ont d�j� quitt� et vendu leur h�tel de la rue des Bourdonnais. Il tombe dans les mains de deux familles de modeste extraction [�] qui, � compter de 1671, y installent la Poste aux lettres. [�] P�riodiquement, [elles] paient au roi une forte somme, moyennant laquelle [elles] peuvent g�rer ce service public comme une entreprise priv�e. [�] C�est l� que fonctionnait le singulier syst�me appel� Cabinet noir. Rue des D�chargeurs, certaines lettres �taient rep�r�es gr�ce � leurs sceaux. Par un passage int�rieur qui existe toujours, on les portait rue des Bourdonnais, on d�collait les sceaux � la vapeur, et un des fermiers de la Poste les examinait. Les plus int�ressantes �taient remises � Louis XV, qui s�en d�lectait, puis on les recollait et on les remettait dans le circuit.

��L�h�tel des mar�chaux de Villeroy�: Histoire mouvement�e d�une vieille demeure��

En juillet 2000, quelques semaines apr�s la liquidation amiable de la FIBA, la SED arrive, officiellement, � sa derni�re demeure.� Personne n�a pris la peine d�effacer ses traces � l�avant derni�re.� Nous avons d�j� fait �tat des renseignements que porte son ancienne bo�te aux lettres au 34 rue des Bourdonnais�: le mariage Agricongo � SED y est affich� sans complexes.� Si ces deux entreprises sont bien mortes, celles qui partageaient leurs locaux sont, elles, toujours en vie.

A vrai dire il y a de l�espace, et pas seulement pour les coquilles vides.� L�h�tel des mar�chaux de Villeroy constitue (avec son voisin, le 9 rue des D�chargeurs) la plus vaste structure parisienne du XVII�me� encore occup�e par des particuliers.� Inscrit � l�Inventaire suppl�mentaire des Monuments historiques il est l�abri des SCI d�Antoine Pantalacci (SCI Bd Foch, Gersim) ainsi que de celle d�une ancienne employ�e de la SED, Marianne Pereira da Cruz (SCI San Miguel).

Il y a plus curieux chez l�ancienne SED.� Comme CIAT chez les Rougier, ACF Consultants / AC Formation est une loyale locataire.� Comme CIAT, elle est actuellement en petite forme.� Comme CIAT, elle tient bon.

La branche dans laquelle exerce ACF est le coaching des cadres, la fourniture de bilans de comp�tence, la formation.� Dirig�e par une ancienne de Thomson-CSF tr�s au fait de la Polyn�sie fran�aise, assist�e par un ancien de la CEGOS muni d�un DEA en psychologie, cette PME propose ses services, selon sa litt�rature promotionnelle, ��au sein du cadre l�gal��, ce qui est rassurant.��

Pour les directeurs de ressources humaines, les locataires de la SED vont :

Accompagner tous les changements individuels et collectifs (restructurations…)

Prendre en charge tout ou partie de [leurs] recrutements

Jouer le r�le de m�diateur face aux syndicats

Il faut que quelqu�un s�en occupe, apr�s tout.� Pour la direction commerciale,�marketing ��et/ou patron d�un service��, l�ACF va assurer�:

Management interculturel

Formation comportementale

Sponsoring et m�c�nat = montage de dossiers, recherche de sponsors

Ses r�f�rences sont excellentes.� La meilleure d�entre elles�: le Conseil g�n�ral des Hauts-de-Seine.� Parions qu�� l��poque o� elle bossait pour Pasqua, ACF n��tait pas au bord de la faillite.�

Parmi ses autres clients�: la Caisse des d�p�ts, Air France, la RATP, le Centre Georges Pompidou, et la Com�die, justement, fran�aise.� En passant par Alstom, l�H�tel Georges V, le Cr�dit agricole, la F�d�ration nationale des assurances marocaines, et la Triade � le groupe agro-alimentaire bien entendu.�

Animateurs depuis peu d�une ��Association pour une �thique et une clarification du coaching��, les locataires de Pantalacci et Luciani se vantent de leurs r�sultats aupr�s des commerciaux de l�Agence France Presse, des ��chefs de village�� du club M�diterran�e, et des cadres de la Banque Socredo � Tahiti.� En 2000, ces derniers ont fait la une� � Papeete.� Leur institution, dont les deux actionnaires sont la Polyn�sie fran�aise et l�AFD, aurait accord� des pr�ts, ind�ment, � Gaston Flosse.�

D�cid�ment, ACF a l�air d�exister.� Tout en partageant � peu pr�s le m�me objet qu�elle, la soci�t� Induction para�t moins bien ancr�e dans le r�el.� Elle est pondue en octobre 1986 par l�ancien OAS puis fasciste Christian Alba, qui est en l�occurrence le beau-fr�re de Toussaint Luciani, �galement actionnaire.� Nous esp�rons nous �tre suffisamment effar�s de cet Alba, administrateur du CIAT, dans Les Pillards de la for�t.� En 1993, il est remplac� � la t�te d�Induction par un certain S�raphin Yaschwill, qui comme son pr�d�cesseur exercera ses fonctions � titre b�n�vole.� Mais distinguer ce que fait Yaschwill pour de l�argent de ce qu�il fait par pur bonheur est compliqu� par le fait qu�il est membre d�une secte : le p�rilleux ��parti humaniste��.

Li� aux mouvements d�extr�me droite en Argentine et au Br�sil, ce ��parti�� est issu du Mouvement humaniste cr�� en 1969 par Mario Rodriguez Cobos � ��Silo�� pour les illumin�s � fondateur du ��Silo�sme��.[4]� Les m�chantes langues susurrent que les fonds r�colt�s par ces Humanistes se retrouvent parfois dans les coffres de partis politiques non sectaires.� Ce qui est s�r c�est qu�en France le parti aime de temps en temps se pr�senter aux �lections.� Aux municipales 2001, par exemple, S�raphin Yaschwill se signale sur la liste ��L�humain d�abord�� dans le tr�s tol�rant 11�me arrondissement de Paris.

Cette bande aurait une pr�dilection pour les bonnes �uvres en Afrique.� Un membre parle de l’achat de moustiquaires pour le village de Diamagu�ne au S�n�gal.� Une rescap�e, moins pr�cise, se souvient d�une soir�e barbecue ��au profit du Burkina Faso��.� Elle se rappelle surtout de la tr�s grande difficult� � discerner le haut de l�organigramme.� Le mantra silo�ste ��Paix, force et joie�� �met un petit parfum de Kraft durch Freude.

Il serait int�ressant d�apprendre quelles soci�t�s ont b�n�fici� des conseils d�Induction.� Des abc�s Humanistes sont parfois d�couverts l� o� on les attend le moins.� Il y a quelques ann�es, Charlie Hebdo en a crev� un au sein de McDo-France.� Le fournisseur exclusif de cette cha�ne, L.R. Services, s��tait tourn� vers une bo�te de formation, Spirale Consultants.

Le changement du comportement du personnel de l’entreprise est [�] consid�r� [�] comme un objectif strat�gique. [�] La ��FORMATION�� commence le dimanche soir. Emmen�s en bus vers un lieu d’h�bergement tenu secret, o� ils resteront isol�s sans t�l�phone ni courrier, les salari�s de L.R. Services doivent, quatre jours durant, se plier aux ordres les plus saugrenus des deux ��formateurs��. Faire leur ��autocritique�� [�]. Manger avec la main gauche s’ils sont droitiers, et inversement. Ou encore pousser la chansonnette au r�veil. Les personnes refusant de se plier � cette formation [�] seront mises dans une situation telle qu’elles seront dans l’obligation de quitter l’entreprise. [29/07/98]

Un des formateurs, ancien militaire argentin, �tait Jos� Lara, proph�te du Silo�sme.�

*

Le spectacle �tait beau et la course truqu�e.

Nicolas Bouvier, L�Usage du monde

En avril 2000, quand, contre toute attente, Induction fait faillite, l�heure est grave pour le petit monde corsafricain.� Tout autour de la SED, les entreprises pasqua�ennes ferment l�une apr�s l�autre.� Certes, au 14 rue Cl�ment Marot, la Soci�t� centrale de commerce et de liaison (Socolia) de Pasqua fils reste viable� et d�cide de d�m�nager en septembre.� Mais au 16 rue Cl�ment Marot, il ne subsiste que de beaux souvenirs�pour la v�n�rable Indice SA de Jean-Jacques Guillet : des sondages bidons mont�s avec Dominique Vescovali en 1981 pour le candidat Chirac.� En juin 2000, sur les traces de deux versements (9,4 millions de FF) � Indice en provenance du compte suisse ��Antigua�� de D�d� la Sardine, les juges se rendent au domicile des Guillet.� Indice �tait l�actionnaire principal du Quotidien du maire, canard des Hauts-de-Seine.

Toujours au num�ro 16, Communication et participations ferme boutique.� Cr��e en 1986 deux mois avant Induction, elle �tait g�r�e par William Abitbol et l��pouse de Guillet, Fran�oise L�ry.� La bo�te �tait actionnaire de l�agence publicitaire d�Abitbol, Marianne, log�e � la m�me adresse, qui elle aussi met la clef sous le paillasson pendant la grande lessive de 2000.�

Prestataire des pubs pour le Conseil g�n�ral des Hauts-de-Seine, Marianne n�a pas trop bien su g�rer sa propre com lorsqu�il fut r�v�l� que son administrateur, l�ancienne �pouse d�Abitbol, avait touch� un salaire fictif Elf de 20�000 FF par mois.� Chez Marianne, B�n�dicte de Kerprigent travaillait � pour de vrai � avec un certain Olivier Noc, en charge des sondages � l�Express, et avec un certain Philippe Calleux, qui assurera par la suite les relations publiques de Buffalo Grill.

23 avril 2002.� Au bout de la nuit�: les lueurs de l�aube.� Si ce n�est une nuit encore plus profonde.

Impossible en effet de rater ce jour-l� l�arriv�e au 16 rue Cl�ment Marot de GlobalSantaFe Africa Inc.� Une firm de Houston et des �les Ca�mans.� Mais que diable sont-ils venus faire ici ces cow-boys, sp�cialistes des plateformes p�troli�res dont les cantilevered jackups �toilent l�offshore angolais, �quato-guin�en, nig�rian, gabonais, et camerounais ?�

Comme a dit le sage Tevye dans Un violon sur le toit�: Je vais vous dire�: je ne sais pas.� En tant qu�industrie ca�manaise,

La Soci�t� n�est pas constitu�e avec des objets particuliers et elle a tout pouvoir pour mener toute activit� qui n�est pas interdite par la Loi sur les soci�t�s [�] telle qu�elle pourra �tre p�riodiquement amend�e, ou par toute autre loi des �les Ca�mans.

Mais une r�solution certifi�e du 19 ao�t 2002 est plus claire�:

L�objet de cette succursale sera d�assurer la coordination des activit�s relatives � la pr�paration d�appels d�offres concernant des prestations de forage � ex�cuter par des soci�t�s affili�es en dehors de France.

D�sign�e par le d�partement de la Justice am�ricain comme ��partie potentiellement responsable�� d�un site toxique � Santa Fe Springs en Californie, GlobalSantaFe s�appr�tait en 2003 � devoir d�bourser 800�000 dollars pour le nettoyer.�

A part M. Christophe Jean Raimbault, jeune g�rant des locaux pasqua�ens, un des seuls administrateurs non texan de cette soci�t� s�appelle Stephen Solarz.� Comme plus d�un ancien repr�sentant d�mocrate de New York, ce co-fondateur de l�International Crisis Group a toujours pass� pour quelque chose d�un gauchiste.� Il a longtemps �t� pr�sident de la sous-commission des affaires africaines de la Chambre des repr�sentants.

A l��vidence, sa soci�t� fore et �ponge aujourd�hui en plein Paris.� On s�attend, avec impatience, � ce que son site soit officiellement d�clar� tr�s toxique.

Arnaud Labrousse, novembre 2004

[1] Rebaptis�e Banque fran�aise de l�Orient, la banque de la maison Pasqua est encore mise en action pour de grandioses versements entre 1995 et 1998 au profit de son association France-Afrique-Orient.

[2] Le 21 d�cembre 1987, Luciani d�pose les statuts de sa propre Soci�t� civile immobili�re.� La SCI Beaujon n�7 se trouve toujours en 2004 � l�adresse de la d�l�gation g�n�rale des Infrastructures commerciales de la Chambre de commerce et d�industrie de Paris.� Rien � voir, bien s�r, avec le monde des jeux.

[3] Pendant de longues, glorieuses ann�es les jumelles l�gitimes de la SED s�accrochaient fort aux pouvoirs publics, fran�ais et autres.� La SFC qui r�dige pour le minist�re de la Coop�ration un br�lot comme Administrations, �tats et soci�t�s africaines, livre, en d�cembre 1990, un audit du secteur p�che en Mauritanie.� Sa conclusion�:

Si l�Etat veut cr�er une richesse nationale, il doit surtout privil�gier [�] la sous-fili�re glacier installations � terre (installation de stockage, de cong�lation et de transformation).

Papa-m�a-dit l�avait compris.� D�d� la Sardine aussi.� Idem pour l�astucieux Gabonais Guy Nzouba Ndama.� Ministre de l�Education, il cr�� la Soci�t� gabono-mauritanienne de p�che en 1987, pour devenir conseiller de Bongo en 1990.� Aujourd�hui pr�sident de l�Assembl�e nationale, il est d�tenteur depuis mars 1992 d�un permis forestier de 13�400 ha dans son Ogoou� Lolo natal.

Les conseils de la SEDES/CEGOS faisaient parfois preuve de pr�dilections corses.� A une �poque, r�volue bien entendu, o� le gouvernement gabonais ne s�interdisait pas le m�lange de genres.� En 1988 par exemple, la Soci�t� des transports de Libreville (Sotravil), liquid�e l�ann�e pr�c�dente, est l�objet d��tudes�de l�ancienne SFC.�

  1. Georges Rawiri, premier vice-Premier ministre et ministre des Transports, des eaux, des for�ts et de la communication sociale�a donn� certaines pr�cisions [�].� Dans le domaine des transports urbains [�] l�Etat souhaitait laisser intervenir � sa place le secteur priv� […]. Trois soci�t�s �trang�res s�int�ressent � la reprise des activit�s de la Sotravil�: Pegaso (Espagne), RVI (France) et une entreprise corse. [�]

Tout de m�me�!� La Corse, ce n�est pas la province rebelle�de la France?�

Des �tudes sont en cours, d�autre part, dans le domaine des eaux et for�ts pour trouver, selon M. Rawiri, des solutions aux difficult�s du secteur [�]. [March�s tropicaux, 27/05/88]

[4]

��Bonjour, quel est ton nom ? Moi, je m’appelle Marie-Ange et toi ?��. Quand le Mouvement attaque, �a commence tr�s fort. En quelques semaines, une foule d’enqu�teurs � fort accent espagnol se sont abattus sur la capitale [fran�aise]. Deux questions pour les passants coop�rants: ��Que penses-tu du monde ?��, ��as-tu l’impression de faire ou d’avoir fait ce que tu veux de ta vie ?��. Et si l’interlocuteur semble un peu d�sabus� ou r�volt� contre ��le syst�me, source de violence et d’oppression��, l’enqu�teur per�oit ��le signal�� de ce qu’il appelle ��la sensibilit頻. ��Et si on prenait un caf� ensemble ? Le Mouvement, c’est des personnes normales avec les m�mes intentions : humaniser la Terre. C’est possible et c’est simple��. [Lib�ration, 10/08/90]

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Une réflexion sur “#Gabon #Togo Saga de la #Mafia #Corse en #Afrique De #Pasqua à #Bongo, de #Perez à #Tomi, de #Toussaint à Rougier

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